Celine Messine et sa bougie de soumise

Au coeur d’une relation SM (1/2) : Céline Messine, la soumise

“50 Nuances de Grey” est sur toutes les lèvres, peut-être même qu’il alimente certains de vos fantasmes. Mais qu’est-ce vraiment une relation SM ? J’ai interviewé un couple sadomasochiste pour en savoir plus. Aujourd’hui, portrait de Céline Messine.

Céline Messine est une jeune femme libertine et soumise à son Maître depuis 11 ans. Elle assume totalement ses expériences sexuelles et son mode de vie, qu’elle partage avec des milliers de lecteurs sur son blog “Mlle Blog” . Interview.

Bonjour Céline, quelle est ta vision d’une relation sado-masochiste parfaite ?  

Parfaite ? Heureusement qu’une relation ne peut pas être parfaite, il n’y aurait plus rien à conquérir. En ce qui me concerne, je parlerais d’une relation BDSM réussie et pour moi, c’est avant tout quand le plaisir est partagé des deux côtés, que la soumise s’épanouit dans la confiance et que son maître en est fier, il est fier d’elle et par ricochet fier de lui-même, de son propre « travail » sur elle, de leur évolution commune.

A tes yeux, quelles sont les qualités requises pour être une “bonne” soumise ?

Selon moi, pour être une bonne soumise aux yeux de son maître, et je souligne bien aux yeux de son maître, les qualités requises sont avant tout l’envie de se dépasser, de s’offrir en toute confiance pour mieux se libérer. Être capable d’abandon, d’absolu, donc de confiance. La docilité semble indispensable, et bien que nous ayons tendance à voir cela comme une faiblesse, je pense qu’elle peut aussi être une grande force d’esprit. Il n’est pas facile d’être une « bonne » soumise, il faut un certain degré d’acceptation.

Penses-tu qu’on soit soumise “naturellement” ou qu’on le devienne ?

Même si beaucoup de choses s’apprennent et s’éduquent lorsque nous sommes novices, je pense qu’au fond de soi, nous nous savons déjà soumise même si cela peut sembler vraiment flou, lointain ou que nous l’ayons mis de côté. Je ne crois pas que quelqu’un qui n’ait aucune attirance pour la soumission ait un jour un revirement de situation. À moins que jusque-là, cette personne se soit mentie à elle-même et que plus tard elle accepte de regarder ses vérités en face.

Qu’est-ce qui t’excite le plus, la soumission physique ou la soumission psychologique ?

A vrai dire, j’ai du mal à imaginer la soumission physique sans son aspect cérébral. Pour moi l’un ne va pas sans l’autre. Par exemple, je ressens souvent le besoin d’être corrigée par Mon Maître par pur plaisir masochiste, mais s’il n’y avait pas une influence cérébrale accrue lors de ces séances, je ne suis pas certaine que je ressentirais cette envie, ni que j’y prendrais un réel plaisir. La connexion cérébrale que j’ai avec Mon Maître lors de ces séances est primordiale.

La douleur est-elle nécessaire dans une relation SM ?

Cela fait partie de la définition même du mot SM, d’une relation SM c’est-à-dire Sadomasochiste où la douleur est au centre de la relation. Il faut séparer dans le BDSM les relations D/s (domination/soumission) des relations SM (Sadomasochistes). Il n’est pas rare que des gens ne s’adonnent qu’aux relations D/s sans avoir de relations SM. L’inverse peut exister aussi. Les mots sont parfois aujourd’hui utilisés à mauvais escient. Le sadomasochisme transporte fatalement la notion de douleur. La domination/soumission est une autre voie qui peut accompagner la relation SM.

Céline Messine, soumise à genoux
Céline Messine à quatre pattes.

 

Depuis combien de temps es-tu soumise à ton Maître ?

Je suis soumise à Mon Maître depuis 11 ans maintenant. J’étais alors très jeune et ne regrette absolument pas d’avoir pu découvrir mes désirs profonds si tôt. Je suis même très heureuse de ne pas avoir eu à me chercher pendant des années à ce niveau comme bon nombre de gens. J’étais une adolescente hypersexuée en demande perpétuelle, car éternellement insatisfaite. Trouver cette voie, ma voie, m’a permis de canaliser mes envies, de les accepter, de m’accepter. Je suis une jeune femme épanouie et je sais à quel point cela peut être rare.

Comment as-tu su que c’était LUI ?

Comme dans une relation plus classique, il y a des choses qui ne s’expliquent pas et qui font partie de l’alchimie entre deux personnes. Dans une relation Maître/soumise, c’est, je crois, le temps qui est le meilleur révélateur. Ce temps nécessaire pour que s’installe la confiance en son Maître et qui permet de plus en plus le don de soi et cela ne se fait pas en un jour.

Bien entendu, je reste une fille qui pourrais te dire que j’ai fondu littéralement pour ses beaux yeux et son charisme dès le départ, mais je crois qu’avant tout c’était sa façon de me parler, sereinement, calmement et de m’éduquer pas à pas, de m’aider à me dépasser et à me comprendre surtout. Sa sensibilité et son esprit m’ont conduit à cerner l’évidence. Je sais que les années aujourd’hui démontrent d’elles-mêmes que nous sommes bien en symbiose. Je suis Sa Soumise et je comprends bien aujourd’hui l’importance que le pronom possessif représente, je ne pourrais pas être la soumise de n’importe qui.

Comment as-tu découvert que la soumission t’excitait ?

Adolescente, je faisais mes expériences et j’en faisais beaucoup, trop. Au-delà des risques que cela pouvait engendrer, j’étais surtout totalement insatisfaite. Je courais derrière quelque chose mais j’étais incapable de définir quoi. La littérature érotique m’a accompagnée pendant ces années là. Je suis tombée sur des récits de littérature BDSM, en me surprenant à fantasmer seule dans mon lit de scènes de soumission. Être maîtrisée, dirigée, m’enivrait et m’excitait énormément. Du roman à la réalité il n’y avait qu’un pas que j’ai franchi de façon totalement naturelle.

On parle souvent de “contrat” établi dans les relations SM, estimes-tu qu’il soit nécessaire de signer un contrat pour déterminer les limites ?

Honnêtement je n’ai jamais eu de contrat écrit avec Mon Maître, cela ne m’a jamais paru nécessaire car j’avais choisi d’avoir une totale confiance dès le départ. En cela, je n’ai jamais eu à énoncer de limites. Je n’en voulais pour ainsi dire aucune, c’est ce qui m’a toujours paru le plus beau dans ma soumission, ce don absolu que je lui offre. Je dirais qu’un contrat peut être nécessaire pour certaines novices si cela les rassure mais franchement, ce n’est pas parce qu’une limite est rédigée que celle-ci sera fatalement respectée. Quelle valeur porte réellement ce contrat ? Le problème est avant tout qu’il y a malheureusement tellement de prédateurs mal intentionnés qui se servent de la carte « maître » et du folklore BDSM pour abuser des femmes désireuses de soumission. Je rajouterais que ce contrat n’a bien évidemment aucune valeur légale et heureusement, et que pour moi, pour nous, cela fait partie d’un folklore peut être un peu éculé de nos jours. Le plus beau et juste contrat dans ces rapports, c’est la confiance et pour qu’elle soit effective, il faut du temps.

Certaines personnes sont dites “switch” (capables d’être dominantes et soumises). Penses-tu que nous ayons tous une partie dominante et une partie soumise en nous ?

Je pourrais parler de mon propre cas pendant des heures mais je ne suis pas compétente pour ce genre d’analyse. En tout cas, je crois en effet que j’ai toujours eu ma part de Domina en moi, c’est même certain. Je sais que je serai soumise uniquement à Mon Maître et peut être que si je ne l’avais jamais rencontré, je n’aurais même jamais découvert la soumise en moi. Cela aurait été bien dommage car cela m’apporte un équilibre important dans ma vie.

Cependant j’ai aussi un regard différent sur les dominants qui parfois se soumettent. À vrai dire, à mes yeux, ils perdent totalement leur crédibilité de dominant.

J’imagine qu’il faudrait faire du cas par cas pour ce genre de situation, qu’une réponse est peut être valable pour une personne et pas pour l’autre. Le mieux reste de suivre ses désirs. Je pense aussi et surtout qu’il y a une grande différence entre ceux qui « jouent » au BDSM et qui sont la plus grande partie des gens de ce milieu et ceux qui « vivent » BDSM, qui sont plus rares. Le « switching » des dominants me paraît peu crédible pour les gens qui « vivent » BDSM. À mon sens, il  y a aussi une différence entre les hommes et les femmes à ce niveau, ou du moins c’est la représentation que j’en ai.

Comme tu le sais, “50 nuances de Grey” est de sortie au cinéma. Le SM va revenir au coeur du discours médiatique. Quel est ton avis sur l’image du SM véhiculée par “50 nuances de Grey” ?

Il y aurait tellement de choses à développer à ce sujet. D’un côté je trouve cela bien que l’on puisse parler du BDSM plus simplement, que l’on ne jette pas la pierre si facilement aux pratiquants. De l’autre côté, je ne considère absolument pas que “50 nuances de Grey” représente un tant soit peu la réalité du BDSM et c’est bien le problème majeur : la confusion que cela génère. Cela donne l’impression que le BDSM est accessible à tous ! Populariser et vulgariser le SM est pour moi une arme à double tranchant et n’est pas une bonne chose.

Tout d’abord, cela va démultiplier le nombre de prédateurs qui se disent maîtres dans le seul but d’abuser des femmes un peu fragiles, qui elles rechercheraient une romance. Je pense que beaucoup de femmes vont se leurrer devant un romantisme exagéré et répandu dans ce roman, qui par définition n’est pas une réalité mais une fiction.

Enfin, les pratiques sadomasochistes comme elles se pratiquent dans la réalité, ne correspondent absolument pas à ce qui est narré dans cette histoire : Non, une petite fessée de temps à autre le samedi soir pour pimenter sa vie de couple n’est pas du SM !

Je ne dis pas qu’il n’y a rien de romantique dans une relation de type SM, au contraire, mais cela n’a rien d’un scénario à l’eau de rose aussi cliché. Je reste très surprise du succès de cette trilogie. J’ai du mal à me mettre à la place des personnes qui l’ont appréciée et à en comprendre les raisons.

Trouves-tu que cette forme de désacralisation du SM permette de donner une image moins “déviante” à cette sexualité ?

Pour moi le BDSM n’a rien de déviant. Cette désacralisation porte un nom aujourd’hui qui pour moi est un non-sens complet, à savoir le « SM soft ». C’est un peu comme à l’époque du « porno chic ». Le porno n’a jamais rien eu de « chic » mais pour le rendre acceptable à tous, on lui a collé cette dénomination de « chic ». De la même façon, le SM n’a par définition rien de « soft ». Le SM est la recherche du plaisir à travers la maîtrise de la douleur, qu’elle soit donnée ou qu’elle soit reçue. La douleur, avoir mal, c’est rarement « soft ». Le SM est une expression sexuelle et cérébrale à la marge et je pense qu’elle doit le rester et qu’elle le restera, car ce n’est vraiment pas accessible à tout un chacun. Là encore, je fais la différence entre ceux qui “jouent” et ceux qui “vivent” le BDSM.

Céline Messine, humiliation à genoux
Céline Messine, en attente de son Maître.

Tu tiens le blog “mlle-blog.com“, dans lequel tu racontes ta vie de soumise SM. Pour quelles raisons avoir décidé de partager ton mode de vie avec les autres ?

Pour commencer, le blog a été très “thérapeutique” pour moi. Cela m’a permis d’assumer totalement ma soumission. J’avais besoin de montrer aussi combien une femme soumise peut être épanouie dans sa soumission et n’a pas besoin d’avoir honte de sa condition. Je voulais également partager mes expériences avec des novices ou des personnes curieuses qui ne s’acceptent pas et qui en souffrent. Il n’est pas aisé d’exprimer ses ressentis, encore moins de les vivre et je crois que mes lecteurs apprécient ma façon authentique de  partager mes expériences réelles. A la différence d’un roman de fiction, mon blog relate une réalité.

Soumise un jour… soumise toujours ?

Sa Soumise, oui, aussi longtemps qu’il me le permettra. S’il venait à disparaître physiquement de ma vie pour quelque raison que ce soit, cela continuerait également. Personne ne prendrait sa place, c’est une évidence.

Si tu avais un conseil à donner aux Desculottées qui fantasment sur la soumission mais n’osent pas franchir le pas ?

Je leur conseillerais de se poser les bonnes questions : désirent-elles un vrai mode de vie sous l’œil protecteur d’un guide ou désirent-elles tout simplement des pratiques occasionnelles pour pimenter leur sexualité ?

Ensuite, je parlerais surtout aux femmes soumises et leur dirais d’être patientes, car aujourd’hui pour trouver leur Maître, elles vont avoir besoin de beaucoup de patience pour différencier un vrai Maître d’un manipulateur. De surcroît sur Internet où les rapports sont faussés par l’anonymat, par la force du fantasme. Or, nous parlons de réalité. La méfiance est donc de mise.

Pour terminer, je leur dirais qu’elles doivent dépasser leurs craintes ou la honte qui leur empêche de faire un premier pas dans ce monde, car une fois entre de bonnes mains, cela est vraiment épanouissant. Même si nous sommes capables de mettre de côté nos envies, elles finissent toujours par ressurgir et nous frustrer, ce qui est destructeur à long terme.

Je remercie chaleureusement Céline Messine de m’avoir accordé cette interview. Pour lire aussi l’interview de son Maître, cliquez là !

8 réflexions sur “Au coeur d’une relation SM (1/2) : Céline Messine, la soumise

  1. Une très belle interview, sincère et franche, que j’ai lu avec grand plaisir.
    50 Nuances de Grey n’a pas fait de bien au SM tant il a compromis les codes du milieu. Heureusement que de véritables pratiquant(e)s, comme Céline Messine, redonnent ses lettres de noblesse au SM. Un univers très cérébral, bien loin de la bluette pour midinettes qu’a voulu nous vendre l’auteur du livre à succès.

  2. Un titre plus correcte pour ce roman à succès aurait du être 50 shame of Grey !

    Mais heureusement, pour les adeptes du BDSM, les choses sont bien claires.
    J’apprécie tout particulièrement, la distinction qui est faite entre D/s et SM.

    Certaine personnes trouvent du plaisir dans des formes très variées de douleur, alors que d’autres, pas du tout.

    Dans toutes relations de quelqu’ordre que ce soit, il y a un dominant et un dominé.
    Que la relation soit commerciale (vendeur / client), professionnelle (patron /employé) , amoureuse ou conjugale (homme/ femme) ou même parentale.
    Mais dans la relation clairement établie D/s, il existe des règles, des formes et des usages qui lui donne un caractère plus élaboré.
    Il n’y a pas que le plaisir ou la recherche du plaisir, il y aussi le don de soi et le dépassement de soi.

    Votre vision des choses est parfaite, Mademoiselle. Votre Maître peut être fier de vous !

  3. Merci, pour cet article fort intéressant.
    Pour tous ceux d’entre nous qui ne connaissent le BDSM qu’au travers de jeux, il est fascinant de lire le témoignage de quelqu’un qui le vit au jour le jour.
    Je trouve extrêmement intéressant le distinguo fait par Céline entre prédateur et maître, et aimerais en savoir davantage à ce sujet…
    Eh oui, les cinquante nuances ne sont pas BDSM, ni même porno ou, encore moins, érotique !
    Je me permets de renvoyer à mon billet à ce sujet, dans lequel je compare deux scènes du livre avec deux, similaires, que j’ai écrit.
    Érotiquement votre,
    Essbé
    http://essbe-ecrivain.blogspot.fr/2015/02/cinquante-nuances-dalice.html

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