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La fessée érotique, un plaisir transgressif

Mr Claquements adule la fessée érotique et n’hésite pas à nous partager son expérience sur son blog. Dans cette interview, il nous décrit sans ambages son rapport à la fessée et nous rappelle à quel point la condition du plaisir est avant tout d’assumer ses désirs.

Ton site se donne pour but de célébrer la fessée érotique. Pourquoi avoir décidé de lancer ce site ?

Pour crier au monde que j’aime la fessée, que c’est beau, que c’est bon !

Il existe des milliers de sites qui parlent de la fessée. Cependant, la plupart des images qu’on y trouve sont assez vulgaires, grotesques, ou en tout cas beaucoup trop crues à mon goût. Cela tend à accréditer la croyance selon laquelle la fessée est quelque chose de violent, de repoussant, un truc de déséquilibré, voire de pédophile. Or la fessée érotique, aussi bien dans mon esprit que dans mon expérience, c’est tout le contraire : un fantasme très subtil, aux multiples facettes, quelque chose qui peut révéler les gens à eux-mêmes et qui, visuellement, peut être très beau. Je voulais exprimer tout ça à la fois par le texte et par l’image. La photographie en noir et blanc étant ma deuxième grande passion avec la fessée, j’ai naturellement marié les deux.

J’ai l’impression que la fessée érotique reste un fantasme assez tabou et vu comme transgressif. Qu’en penses-tu ? Quelles en seraient les raisons ?

C’est assez vrai. Le fantasme de fessée est bien enraciné dans la culture occidentale depuis des siècles. Dans les médias, on peut lire ces dernières années de plus en plus d’articles présentant la fessée comme une pratique érotique tout à fait normale, saine et inoffensive. Malgré tout, pour des raisons qui m’échappent un peu, ce fantasme reste assez inavouable. Beaucoup plus inavouable, curieusement, que le BDSM qui a un côté chic et qui jouit d’une espèce d’aura de mystère…

La fessée est le fantasme régressif par excellence, et c’est peut-être la raison pour laquelle on hésite tant à l’exposer au regard des autres. On peut redouter d’être jugé, ridiculisé, d’être victime d’un amalgame entre fantasme et réalité. Il faut un sacré courage pour admettre, par exemple, qu’on rêve de revivre ses corrections d’enfance sur les genoux d’un grand monsieur ou d’une grande dame! Si j’avoue mon fantasme de recevoir la fessée, va-ton croire que j’aime être rabaissé et humilié dans ma vie réelle? Si j’avoue mon fantasme de donner la fessée, vais-je passer pour un partisan de la violence domestique ou des châtiments corporels? Ce sont des questions qu’on se pose forcément avant de sauter à l’eau, et ça peut être dissuasif.

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Bref, même si la fessée est une pratique de plus en plus acceptée, il y a encore pas mal de tabous à briser, d’idées fausses à rectifier, de complexes à anéantir. C’est aussi le but de mon site : aider les gens qui aiment la fessée à s’assumer comme ils sont, sans honte ni culpabilité, et à vivre leur fantasme de façon saine et consensuelle. Oui la fessée est régressive, transgressive. Mais pratiquée entre adultes consentants, c’est un jeu inoffensif qui, même pour ceux qui n’ont pas ce désir enraciné en eux, peut s’avérer terriblement excitant.

Ton premier souvenir érotique lié à la fessée est une bande dessinée de Georges Lévis, Les petites filles modèles, que tu as lu dans ton enfance. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans cet ouvrage et a déclenché ton fantasme ?

Ce n’est pas cette BD qui a déclenché mon fantasme. Mon fantasme de fessée, je crois que je suis né avec! Mais jusqu’à ce que je découvre Les petites filles modèles de Georges Lévis, j’avais toujours pensé qu’être excité par la fessée était un truc anormal, ou en tout cas totalement inavouable, une maladie honteuse et bizarre que j’étais probablement le seul à avoir. Et puis voilà qu’à l’âge de treize ans, je déniche une BD dans une bibliothèque chez des amis de mes parents, je l’ouvre et patatras ! Je tombe sur une plantureuse Madame Fishini en train de donner la fessée aux orties à une ravissante Sophie toute nue, pour la punir d’avoir pratiqué des jeux torrides avec les garçons du voisinage!

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J’ai ressenti en moi l’équivalent d’un tremblement de terre. A partir de là, j’ai découvert que je n’étais pas le seul au monde à aimer la fessée, que c’était un fantasme suffisamment répandu pour être exprimé dans une bande dessinée en vente libre, que je pourrais un jour la pratiquer avec des gens partageant mon goût. Cette rencontre impromptue avec l’univers de Georges Lévis m’a marqué à vie. Nous parlons du début des années 1980. Internet n’existait pas et sans cet heureux hasard, je n’aurais peut-être jamais compris ni assumé mon fantasme.

Lorsqu’on pense fessée érotique, on pense généralement aux rapports de soumission/domination. Considères-tu qu’aimer la fessée signifie forcément qu’on pratique une sexualité BDSM ?

La fessée est souvent considérée comme une sous-catégorie du BDSM (Bondage/Discipline (BD), Domination/Soumission (DS), Sadisme/Masochisme (SM)). Il y a bien sûr un rapport à la douleur et un jeu psychologique dominant-dominé dans la fessée, mais ce fantasme se situe tout de même très à part du “vrai” univers BDSM, que tu as d’ailleurs déjà fort bien décrit dans ton blog. Et puis, “pratiquer une sexualité BDSM”, qu’est-ce que cela veut dire ? Et surtout quelle importance? Il y a autant de sexualités que d’individus sur cette planète. Pourquoi vouloir à tout prix ranger tout le monde dans des cases ?

Certaines personnes qui aiment la fessée sont attirées par d’autres pratiques du monde BDSM. D’autres sont des puristes de la fessée qui pour rien au monde ne veulent entendre parler de rapports maître-esclave ou de châtiments plus poussés. Certains n’aiment que les fessées douces comme des caresses; d’autres réclament des fessées très sévères, des corrections à la canne de rotin qui laissent des marques. Pour certains la fessée est une simple mise en appétit avant une partie de jambes en l’air ébouriffante, alors que pour d’autres – comme moi – la fessée est un plaisir tellement intense qu’il peut parfaitement se suffire à lui-même, sans autre forme de stimulation sexuelle. Certains peuvent ressentir pendant la fessée une excitation physique qui peut aller jusqu’à l’orgasme, alors que pour d’autres la jouissance est exclusivement cérébrale. Dans tout ça, qui est BDSM et qui ne l’est pas? Je n’en sais rien, mais quelle importance? L’essentiel n’est pas de se dire que l’on fait partie de telle ou telle catégorie, mais de faire ce qu’on aime et d’y prendre du plaisir!

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Dans ta vie sexuelle, es-tu plutôt du genre à donner ou à recevoir les fessées? 

Je suis ce qu’on appelle un « switch », c’est à dire quelqu’un qui aime à la fois donner et recevoir des fessées. Mon désir obéit à une espèce de mouvement de balancier : il y a des moments dans ma vie où je ne rêve que de fesser copieusement un joli postérieur féminin, et d’autres où je brûle de recevoir une bonne correction. Mon plaisir est de nature très différente selon que je me situe dans l’un ou l’autre rôle, et dans les deux cas très difficile à expliquer !

Ce que j’aime quand je donne la fessée ? Le plaisir de contempler devant moi des fesses offertes, d’avoir l’impression que ma partenaire se donne à moi en toute confiance, d’avoir le contrôle de la situation… Mais ce que j’adore par-dessus tout, c’est pratiquer ce jeu avec une personne que je connais bien, dont je sais parfaitement de quelle façon elle aime être fessée, et de voir petit à petit son plaisir monter. Finalement la fessée est un plaisir très altruiste! Il y a des fois où je regarde le visage de la personne que je suis en train de fesser, et où je vois une telle expression de plaisir et de relaxation que j’ai envie de m’arrêter pour l’embrasser. Mais je ne le fais pas : elle n’a pas envie de câlins, elle a envie que je continue à la fesser !

Ce que j’aime quand je reçois la fessée ? La sensation d’abandon, de régression, d’oubli de soi. Dans la fessée, toutes les conventions, toutes les apparences, tous les vernis tombent, on se retrouve à la merci de l’autre et à nu, dans une drôle de position. La fessée administrée par une personne de confiance, c’est incroyablement relaxant, comme si un poids disparaissait, ou comme si ton cerveau était déconnecté du monde réel. Pour ce qui est des sensations physiques, il faut savoir que le tout début d’une fessée n’est généralement pas très agréable. On a mal, ça brûle. Mais petit à petit, le corps réagit à la douleur en secrétant des endorphines et on se retrouve comme anesthésié. Bientôt, on ne sent presque plus la brûlure des claques, on en entend juste le bruit et on atteint un état mental proche de l’extase, une sorte de vertige des profondeurs…

Aimes-tu scénariser les moments fessées et  utiliser des accessoires ?

Je n’aime pas trop les scénarios. Le coup de la secrétaire punie par son patron ou de l’institutrice sévère, j’ai toujours trouvé ça barbant, ou en tout cas trop artificiel pour pouvoir y trouver du plaisir. Ce que j’aime, en revanche, c’est le cérémonial, l’idée de discipline, de punition, illustrée dans le magnifique proverbe « qui aime bien châtie bien ». J’aime que la fessée s’immisce dans le quotidien, qu’elle sanctionne une vraie faute commise dans la vie réelle. Un travail rendu en retard, une aile de voiture esquintée, une remarque insolente ou un pot de confiture brisé et mon esprit s’envole! A condition que ton partenaire soit sur la même longueur d’ondes, la fessée peut être une excellente façon de dédramatiser, en les érotisant, les petites tensions de la vie quotidienne. Mais attention : rien à voir avec la violence domestique! Je serais incapable de donner une fessée sous le coup de la colère. La fessée est quelque chose de beaucoup trop sexuel pour moi, un simple jeu érotique et en tout cas quelque chose que je ne peux relier qu’au désir, qu’à des sentiments positifs.

Quant aux accessoires, j’utilise de temps en temps le martinet, la ceinture, ou autres. Rien ne remplace une bonne fessée à la main dans la position classique OTK (« over the knee »), sur les genoux, mais la main d’un fesseur ou d’une fesseuse a parfois besoin de se reposer!

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Quels sont les ingrédients d’une séance de fessée réussie selon toi ?

A peu près les mêmes que pour une nuit d’amour réussie : avoir un partenaire de confiance, qui connaît parfaitement tes goûts et tes limites, et dont tu connais parfaitement les siens. Une atmosphère de respect mutuel et de plaisir partagé. Ce sont des clichés, mais c’est vrai.

Il y a autant de façons de donner la fessée que de faire l’amour mais, peut-être encore plus que dans le sexe « conventionnel », une partie de fessées peut-être complètement ruinée si ton partenaire fait quelque chose d’inattendu et que tu n’aimes pas : un geste déplacé, un mot que tu trouves dégradant ou humiliant, trop de brusquerie ou, au contraire, trop de douceur… Avant de se lancer ensemble dans la fessée, il est indispensable de beaucoup, beaucoup se parler. Et il ne faut pas espérer que tout sera parfait dès la première fois !

Pour finir, si tu devais donner un conseil aux lectrices et lecteurs qui fantasment sur la fessée érotique, mais n’osent pas assouvir ce désir ?

Venir me voir!

Blague à part, je pense que les fantasmes sont faits pour être assouvis même si le processus mental pour y parvenir peut prendre du temps. Trouver le bon partenaire est essentiel, mais ce n’est pas facile. Si tu es simplement tentée par une petite fessée comme préliminaire à l’amour, alors ton conjoint fera généralement l’affaire (s’il ou elle prend un air horrifié et refuse, ce sera le moment de t’interroger sur votre compatibilité sexuelle…). Si ton désir de fessée est plus profond, plus intense, que tu as l’impression que c’est l’élément central de ta sexualité, que ne pas le vivre te rend malheureux ou malheureuse mais que tu n’as personne sous la main pour te satisfaire, alors il n’y a qu’une solution : aller sur le net. Et c’est là que les difficultés commencent. Dans le monde de la fessée sur le web, comme dans la vie en général, il y a beaucoup de gens bien, mais aussi un certain nombre de taré(e)s et de prédateurs. A cet égard, crois-en mon humble expérience, les hommes ne sont pas nécessairement plus à l’abri que les femmes…

Depuis deux ans, il existe un club privé sur internet appelé Les Lunes pourpres (www.leslunespourpres.com) qui se propose de mettre en relation les amateurs de fessées. C’est gratuit, tenu par des gens bien (pas moi, je précise!) et il faut montrer patte blanche à l’entrée : passer un entretien personnel avec un des administrateurs qui s’assure que tu es bien celui ou celle que tu prétends être et t’engager à respecter un code de conduite. Il y a une stricte parité hommes-femmes, ce qui signifie que la liste d’attente est longue pour les messieurs. Je ne dis pas qu’il est impossible de faire de mauvaises rencontres sur Les Lunes pourpres, mais le cadre est déjà beaucoup plus “safe” que la jungle des sites et forums de rencontre sur le web…

Merci à Mr Claquements d’avoir accepté cette interview et de m’avoir autorisé à utiliser ses photos. Si vous souhaitez découvrir son univers, je vous invite à découvrir son blog Claquements.fr et à suivre son compte Twitter @Claquements.

Et vous, mes chères lectrices et lecteurs, que pensez-vous de la fessée érotique ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaires.

2 réflexions sur “La fessée érotique, un plaisir transgressif

  1. “Rien ne remplace une bonne fessée à la main”, “beaucoup plus inavouable, curieusement, que le BDSM”… Ca me rappelle la problématique de la masturbation moins pratiquée juste avec la main qu’avec un sextoy, tu en avais d’ailleurs très bien parlé cher Lady Shagass. Je veux dire par là que les pratiques les plus simples, n’impliquent pas d’acheter tout un attirail (sextoy, panoplie sm, fouets et autres colifichets…), elles ne font pas marcher le tiroir caisse, la société de consommation et sont donc étrangement plus marginales. Bravo pour cet article et merci 🙂

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