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Sexualité masculine, virilité et clichés

sexualite masculine

La société contemporaine adore montrer la sexualité d’un point de vue masculin dans les médias, pourtant on se rend compte que la sexualité masculine est traitée encore moins sérieusement que la sexualité féminine. Les hommes ne pensent-ils vraiment qu’à ça ? Et si ce n’était qu’un mythe dont les hommes seraient les premières victimes ? 

Durant mes vacances d’été, je suis tombée sur un podcast intéressant de France Inter intitulé La sexualité masculine n’est-elle qu’une histoire de robinet ? Cette émission est très intéressante, car elle aborde le sujet du plaisir masculin et des représentations qu’en fait la société d’une manière qu’on aborde rarement. Je vous propose ci-dessous une réflexion basée sur des points mis en lumière durant l’émission.

Le pénis, cette arme de guerre 

“A priori, la sexualité masculine apparaît comme conquérante. Animale, pénétrante, guerrière… La faute à un organe sexuel assimilé à une arme de guerre : le pénis en érection.” Cette citation tirée de l’émission m’a marqué, car je me suis rendue compte que je n’avais en fait jamais pensé à cette analogie entre pénis et arme de guerre. Je ne m’étais jamais dit que la bite était une sorte de fusil de chasse prêt à tirer sur sa proie dès qu’il l’aura visé. Mais en fait, oui c’est vrai que c’est sûrement de cette manière que beaucoup d’hommes voient leur attribut. Le pénis en érection se lève, pointe et se montre, contrairement à la femme dont les marques d’excitation sont plus discrètes, ce qui lui donne une image plus conquérante. Par conséquent, la femme apparaît toujours comme une proie et l’homme comme un prédateur dans l’imagerie, qu’elle soit cinématographique, littéraire ou publicitaire.

De plus, la sexualité masculine est d’abord mise en avant comme étant une sexualité axée sur la pénétration de l’autre. C’est donc d’abord l’homme qui est censé prendre les manettes avec son sexe pour diriger l’acte sexuel. Ce qu’on ne dit jamais sur cette représentation communément établie, c’est qu’elle met une grosse pression sur les hommes pour avoir l’érection parfaite, pour tenir la route. “L’érection est une vérification, c’est-à-dire que c’est quelque chose qui confirme l’homme dans sa virilité, dans son désir”. Parce que l’homme se construit avec l’idée qu’il est un chef de guerre sexuel, il est aussi victime d’une hantise constante : celle de ne pas être à la hauteur. Hantise qui se manifeste le plus souvent par le complexe relativement stupide de la taille. Comme si la plus grosse bite était le signe de la plus grande puissance et d’un plus grand plaisir pour la femme. C’est vrai qu’on aime sentir quelque chose quand on baise, on ne dira pas le contraire, mais bon un pénis trop gros peut être vraiment a pain in the ass (ce qui signifie littéralement, une douleur dans le cul, merci la langue anglaise).

Sexualité masculine et caricature du “womanizer”

Un cliché bien connu de tous est l’idée que les hommes ne pensent qu’à ça et que ceci est normal, car ce sont des hommes. Les hommes seraient donc des bêtes avec une libido incontrôlable et qu’il faudrait satisfaire hic et nunc quand ils le réclament. Vous imaginez bien le mal qu’une telle vision de la sexualité masculine a pu engendrer dans le monde. Comment peut-on imaginer qu’un tel préjugé ne crée pas de rapport de violence entre hommes et femmes ? Si cela est un attribut naturel de l’homme de ne pouvoir maîtriser ses pulsions sexuelles, il a donc tous les droits de réclamer du sexe quand bon lui semble et il n’y a aucune raison qu’il tolère un refus. Avec une telle conception de la sexualité masculine, on en vient à des situations où un viol sur deux est d’abord conjugal ! Mais on en vient aussi à des situations où les femmes se rendent complices de cette supercherie absolue en instaurant une logique de récompense/punition sexuelle : Chouchou a été trop mimi avec moi  aujourd’hui, alors ce soir je lui fais une petite gâterie/ je le déteste pour ce qu’il m’a fait aujourd’hui, alors qu’il aille se faire voir, privé de sexe pendant une semaine. Pourquoi pense-t-on que c’est naturel d’offrir ou priver de sexe les hommes, comme on refuserait ou accepterait de donner des bonbons à un enfant en fonction de son attitude ?

Ce qui est marrant quand on regarde les séries abordant la sexualité masculine, c’est qu’elles révèlent que cette vision animale du sexe peut faire naître des complexes chez les hommes ou en tout cas les rendre malheureux. Prenant par exemple le Dr Troy dans Nip Tuck ou Hank Moody dans Californication. Ces deux personnages deviennent des caricatures pathétiques de la supposée sexualité incontrôlable des hommes. Ils endossent le rôle du womanizer (coureur de jupons en anglais), mais n’arrivent pas à lui mettre des limites. Ils deviennent victimes de leur propre incapacité à sortir du schéma d’homme puissant, viril et chasseur qu’ils s’imaginent être le seul viable. Si ces personnages offrent un premier début de réflexion sur les travers de la sexualité masculine, on est encore loin de l’intelligence et de la subtilité d’un Sex & The City. Le sexe version hommes reste encore pas mal dans la caricature permanente. Eventuellement, un personnage plus subtil bien que stéréotypé, serait Don Draper de la série Mad Men, qui vient rappeler un autre attribut souvent mis en avant quand il s’agit de sexe chez les hommes : la propension à être constamment dans le mensonge. Don Draper ment, trompe et ne supporte pas l’idée qu’une femme puisse prendre le dessus sur lui. Dans la vie ou au lit, c’est l’homme qui doit contrôler, sinon il n’est plus un homme. C’est d’abord lui qui éveille le désir chez la femme et non l’inverse.

Puissance féminine et baisse de désir 

A cause de cette croyance que l’homme est un animal naturellement plus actif sexuellement que la femme, certains hommes seraient troublés de réaliser que ce n’est pas si vrai. Les spécialistes s’accordent à dire qu’une pathologie en recrudescence dans la sexologie actuellement est la baisse du désir, en particulier chez les hommes. Avec les femmes qui assument de plus en plus leur désir, osent affirmer leurs envies sexuelles et ne se gênent pas d’utiliser un petit sextoy de temps en temps, les hommes se sentiraient finalement perdus. Se dire que la femme n’est en fait pas uniquement un réceptacle et l’homme un pénétreur casse les repères habituels. Si l’image de la femme-putain qu’on saute quand nos pulsions nous le réclament se délite, si elle aussi a son mot à dire et peut m’utiliser comme un réceptacle de son désir, suis-je encore un vrai homme ? Il semblerait que cette interrogation crée un ralentissement de la libido chez certains hommes, alors qu’il n’y a pas de quoi avoir si peur voyons ! Les rapports sexuels hommes/femmes tendent juste vers un équilibre des rapports, ce qui est le coeur même d’une sexualité réussie et épanouie. Quand on fait l’amour, on est deux. Deux à le vouloir, deux à le vivre, deux à jouir de l’instant. Cette parité remet-elle vraiment en cause la sexualité masculine ? Fort probablement, mais je pense que ceci est très sûrement pour le meilleur, autant pour les femmes que pour les hommes eux-mêmes.

Ecouter le podcast “La sexualité masculine n’est-elle qu’une histoire de robinet ?” 

Et vous, pensez-vous que la sexualité masculine est victime de clichés ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaires.

2 commentaires

  1. J’avoue ne pas sentir peser sur moi ni les clichés, ni les injonctions qui pèseraient sur les hommes et leur sexualité. Je me sens libre dans ma sexualité, et épanoui – tout en ayant conscience de n’être sans doute pas dans une sexualité « médiane » (je ne sais pas comment l’exprimer sans paraître vantard).

    Par ailleurs, excellente émission que « Ça va pas la tête ». J’ai écouté de A à Z le podcast des deux saisons 😉

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