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Slow sex, slow life : ralentir pour mieux baiser ?

faire l'amour sous le mode slow sex

Ralentir son mode de vie, trouver des moments à soi et moins se soucier de son smartphone. Serait-ce nécessaire pour pour mieux apprécier sa sexualité ? Le slow sex et le ralentissement général dans notre quotidien sont-ils la clé de la sexualité de demain ? 

Slow sex et slow life : déconnecter pour mieux se reconnecter

Cela fait huit mois que je suis en voyage et presque deux mois que je n’ai rien publié sur le blog. J’ai passé du temps en Indonésie, à Singapour, en Malaysie, en Thaïlande et en Nouvelle-Zélande. J’ai vu du pays comme on dit et chaque jour un peu plus, ces multiples découvertes quotidiennes ont fini par m’éloigner du blog. Quand je voulais écrire, je regardais cette page blanche et restais bloquée. Pas envie, pas d’inspiration, pas enchantée à l’idée d’être devant mon écran pendant quelques heures, plutôt que d’aller explorer à l’extérieur. Alors, j’ai choisi de vivre pleinement l’expérience et de me remettre à écrire quand je le sentirais de nouveau.

Ce long voyage touchant à sa fin, je commence à regarder en arrière et à évaluer ses effets sur moi et bien évidemment sur ma sexualité. Dernièrement, je regardais le documentaire Plus de temps, moins de stress (diffusé sur France 5 le 4 décembre 2016) co-réalisé par Emmanuelle Julien qui tient le blog Paris Derrière. Ce documentaire aborde le thème de frénésie habituelle des vies citadines d’aujourd’hui. Ultra-connectés, pressés, en course perpétuelle contre une montre qui semble toujours avancer trop vite. En regardant ce docu, j’ai réalisé que je reconnaissais une moi d’avant dans ce reportage et que je ne me sentais plus ainsi actuellement. Cette vie nomade des derniers mois m’a reconnecté avec moi-même, plus qu’avec mon smartphone et cela fait du bien. Je n’ai pas passé mon temps dans la nature à compter les moutons (quoique en Nouvelle-Zélande, ç’eût été possible !), ni erré constamment dans la jungle en me déconnectant de tout. J’ai continué d’utiliser Facebook, Instagram et même Twitter régulièrement (surtout que je me suis lancée dans l’écriture d’un blog voyage en même temps pour partager mon voyage avec mes amis et la famille), mais j’ai juste réduit leur utilisation. Ou devrais-je dire mon addiction. J’ai cessé de me sentir obligée d’être connectée en permanence. J’ai vécu plus de vie réelle et moins de vie virtuelle. Le documentaire nous informe qu’un français sur trois lit en pleine nuit les sms qu’il reçoit ! Je trouve ça dingue et en même temps je sais que ça m’est déjà arrivé. Ca m’a fait me poser la question de si j’avais déjà eu des attitudes improbables durant le sexe également. Ai-je déjà songé – sans forcément aller regarder – à une notification en faisant l’amour ? Ai-je déjà préféré regarder mon portable le matin au réveil, plutôt que de prendre le temps de câliner mon partenaire ? Ai-je déjà refusé des avances de mon partenaire parce que je préférais glander sur Facebook sur mon ordi plutôt que d’avoir un moment d’intimité ? Le pire c’est que je pense pouvoir répondre oui à chacune de ces questions et c’est carrément déprimant. Cela fait un bien fou de déconnecter des objets pour se reconnecter aux corps.

couple qui s'embrasse en mode slow sex

S’il y a une chose que j’ai retenu de mon long séjour, c’est que le rapport qu’on entretient avec le téléphone est devenu quasiment pathologique. C’est une drogue dont il faut apprendre à se désaliéner, car elle nous éloigne des autres plus qu’elle ne nous en rapproche en vérité. Bien sûr, on en a besoin pour garder contact, pour se divertir, pour le boulot. Mais ces raisons deviennent des excuses pour se fermer de nos émotions et de nos sensations corporelles. En mettant plus souvent mon téléphone de côté, en prenant le temps de regarder autour de moi, en allant vers les autres voyageurs et personnes rencontrées au quotidien, j’ai senti mon corps et mon esprit s’alléger. Vous connaissez tous cette maxime latine : Mens sana in corpore sano (trad : un esprit sain dans un corps sain). Et c’est exactement ce qu’il faut à mon sens pour maintenir un bon équilibre. Je réalise que ce n’est peut-être pas pour rien que j’ai découvert l’éjaculation féminine durant ce voyage. Des blocages psychologiques et physiques sont tombés. J’ai privilégié plus de longs moments d’étreinte et moins de quicky. Je ne sais pas si j’ai pratiqué le slow sex  qui est un peu le terme à la mode pour parler du ralentissement des rapports sexuels pour une meilleure jouissance. En tout cas, il semblerait que le fait d’avoir le temps, le fait de moins stresser et de prendre plus le temps de faire l’amour sans pression, en réapprenant à écouter chaque moment, chaque silence et sons émis, nous a permis d’atteindre de nouveaux plaisirs au fur et à mesure.  Dans mon article 3 raisons d’aimer le sexe en vacances, je mentionnais le fait que nous faisons l’amour avec plus de détente dans ces cas-là. Que dans le quotidien, cela peut arriver d’être trop préoccupé par d’autres sujets et d’avoir du mal à être dans le moment présent. C’est vrai que cela peut être plus simple en vacances, mais je pense qu’il faut arriver à se donner des moments de pause – et surtout de pause technologique – même hors vacances. J’ai été marquée par deux personnages dans le documentaire Plus de temps, moins de stress. Le premier, c’est cette femme qui a décidé de se lever plus tôt pour aller au travail à pied tous les matins plutôt que de se véhiculer, pour avoir un moment de paix à elle chaque matin, et prendre le temps. Elle est la preuve qu’il n’y a pas besoin de vacances pour se donner des moments de ralentissement dans la journée.

Demain, la sexualité des objets plutôt que la sexualité des corps ?

Le second personnage qui m’a marqué dans le documentaire, c’est cette femme qui mange avec une fourchette connectée pour réapprendre à manger lentement et à savourer les aliments. Quand elle mange trop vite, la fourchette vibre pour lui indiquer de ralentir. Cela m’a fait flipper. Je me suis demandée si on en viendrait à avoir besoin de tels objets pour mieux apprécier les sensations durant le sexe.

coque de téléphone sextoy izivibe
Photo de la coque de téléphone sextoy Izivibe

Je suis tombée dernièrement sur un article qui parlait d’ Izivibe, une coque de portable iPhone sous forme de sextoy connecté avec un phallus au sommet du téléphone. L’appli iPhone dédiée permet actuellement de contrôler les vibrations, de partager les données (WTF !) et de contrôler à distance le sextoy. Je ne serais pas étonnée que demain, une appli permette d’évaluer le niveau de concentration d’une personne ou lui indique quand accélérer ou décélérer la cadence pour prendre plus de plaisir. Glauque ! De plus, je trouve déjà l’Izivibe assez malsain comme objet, sur le rapport de l’homme au téléphone qu’il met en exergue. Utiliser cela, c’est en venir à baiser avec notre téléphone concrètement. Le symbole est fort. Entre Izivibe, les love dolls et le porno en réalité augmentée, nous tendons potentiellement vers une sexualité des objets plus importante. C’est peut-être le moment de ralentir son rythme, de lever la tête vers le ciel plutôt que de la baisser sur le téléphone, de respirer un bon coup et de refaire un avec son corps, pour éviter la tentation pernicieuse de tout déléguer aux objets. Pas forcément besoin d’aller voir des coachs sexuels spécial slow sex, pas besoin de taper sur Google “comment retrouver une sexualité plus lente”, juste s’écouter de nouveau, se laisser le temps de fantasmer, partager des moments d’intimité réelle avec son partenaire, car in fine la sexualité reste et restera une affaire de corps physiques.

2 commentaires

  1. Un bel article qui donne envie. Il suffit de voir dans les transports tous les gens la tête baissée sur leur téléphone ….. Effarant. L’amour c’est comme le temps, il faut que ça dure longtemps (Laurent Voulzy, Slow down !)

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