la bisexualité est-elle un tabou ?

Bisexualité, des préjugés qui résistent

La représentation de la bisexualité est largement dominée par une imagerie féminine. Que ce soit dans les films pornographiques, dans la publicité ou dans les discussions en société, il est généralement admis que la bisexualité est avant tout l’apanage des femmes. Est-ce vraiment le cas ?

Banalisation et  valorisation de la bisexualité féminine

Une étude récente de l’IFOP pour le site Référence Sexe s’interrogeait sur l’attirance sexuelle entre femmes. Parmi les résultats de l’étude, il est indiqué que 18% des femmes ont déjà été attirées par une autre femme et qu’1 femme sur 10 a déjà eu une expérience sexuelle avec une femme.  Si 66% des hommes accepteraient de faire un plan à trois hommes-femmes-femmes (HFF), les femmes elles sont 16%. Cette dernière donnée me permet d’introduire mon questionnement principal qui rend à mes yeux cette étude fortement intéressante. Dans nos sociétés occidentales, la bisexualité féminine apparaît comme étant quelque chose d’inné chez les femmes. Si on est une nana cool et chaude, on est forcément capable de se taper une autre nana, parce que c’est marrant et qu’entre nanas c’est pas grand chose après tout un petit bisou ou léchage de minou. Visiblement, ça reste majoritairement un fantasme d’hommes avant d’être un désir féminin.
En revanche, côté mecs, c’est une autre paire de manches généralement. De la même façon que le petit garçon dans le film “Les Trois Frères” aimait crier “j’suis pas une salope !”, demandez à un mec s’il a déjà eu une attirance bisexuelle, il y a de fortes chances qu’il réponde “j’suis pas un pédé !”, alors qu’il s’attend à ce qu’une femme dans le même cas lui réponde “oui bien sûr, j’ai toujours eu envie de lécher la chatte de ma meilleure amie, d’ailleurs si tu veux je le fais devant toi”. Pourtant, on a jamais entendu dire que des nanas jouaient à “chat-chatte”, alors que le jeu “chat-bite” est un classique de jeu entre mecs supposés parfaitement hétérosexuels. Moi j’sais pas, mais je me dis qu’il y a comme un bug dans la matrice hein ! Supposons qu’il soit vrai que les femmes ont malgré tout plus tendance à être open à avoir une relation sensuelle avec une personne du même sexe que les hommes, cela n’est-il pas d’abord du à des représentations sociétales qui conditionnent et influencent notre imaginaire érotique ?

bisexualité féminine de sarah michelle gellar dans Sexe Intentions
Qui ne se souvient pas de ce baiser saphique du film “Sexe Intentions” ?

On se souvient tous du baiser saphique de Sarah Michelle Gellar dans le film Sexe Intentions ou encore du baiser entre Madonna et Britney Spears aux Grammy Awards. On peut également citer la pub Schweppes qui suggère une attirance latente entre Pénélope Cruz et une jeune blonde, le film Love qui met en scène un plan à trois HFF comme coeur du début de l’intrigue ou la chanson I kissed a Girl de Katy Perry. Et je ne parle même pas des films pornos où il est quasi impossible de ne pas voir une femme en lécher une autre a minima. Les femmes sont toujours à l’honneur quand il s’agit de mettre en scène les attirances du même sexe. Cela rend-il le public féminin plus enclin à se poser la question de sa propre bisexualité potentielle et peut-être même à influencer notre rapport à la séduction ? A titre d’exemple, d’après l’IFOP, le “girls kissing” déjà pratiqué par 45% des femmes de moins de 25 ans (VS 21% en moyenne chez l’ensemble des femmes). est une pratique effectuée surtout pour attirer les mecs.* L’étude indique par ailleurs que “seulement” 4% de femmes se définissent comme bisexuelles ou lesbiennes bien que les femmes semblent de plus en plus oser avoir des pratiques saphiques. La bisexualité féminine serait peut-être donc plus souvent de la bi-curiosité, influencée potentiellement par les fantasmes masculins sur les femmes et l’envie de les séduire.

Le tabou de la bisexualité masculine 

A l’inverse, quid de la bisexualité masculine ? Une aura de mystère subsiste autour de ce sujet, pourtant il serait intéressant d’en savoir plus sur les hommes également. Je n’ai pas de référence de scènes cinématographiques ou publicitaires qui me viennent à l’esprit pour aborder ce sujet. Signe déjà que mon imaginaire bisexuel est bien plus inspiré et habitué par des représentations féminines. On peut bien sûr en trouver dans le porno, mais cela demande de taper des requêtes plus précises que pour trouver une scène similaire avec les femmes, qui se trouve dans quasiment tout scénario porno en fait. On a limite l’impression que quand on est un homme, on est soit hétéro soit homo, mais jamais de la vie bi, c’est un truc sexy pour nanas et c’est tout. Dans l’article Sexualité masculine, virilité et clichés, j’abordais le fait que la sexualité masculine reste encore beaucoup dans la caricature permanente, avec cette idée que l’homme est un chef de guerre sexuel dont l’arme de virilité est le pénis. Ce regard sur soi que portent les hommes en fait des êtres avec un ego assez fort qui ont souvent peur de ne pas être à la hauteur, notamment sexuellement. On appelle les hommes “le sexe fort” et cette expression en dit beaucoup. Etre bisexuel ne relève pas de la norme de l’homme fort hétérosexuel, c’est être une sorte de vilain petit canard. C’est assumer qu’on puisse trouver attirante une bite, avoir envie d’une bite, et cela voudrait dire être…une tapette ou une fiotte dans le langage homophobe et biphobe usuel. Ce serait ne plus être reconnu par ses pairs masculins, qui même dans notre monde actuel plus tolérant sur les différentes sexualités, continuent de voir l’attirance homme-homme comme étant quelque chose de potentiellement honteux. Pourtant, les hommes aussi sont bi à n’en point douter, car il n’y a aucune raison que cela soit seulement une qualité d’ordre exclusivement féminin.

bisexualité masculine

Dans le livre “Bisexualité, le dernier tabou” de Rommel Mendés-Leité, il est même décrit 8 types de bisexualité masculine :
1) le bisexuel circonstanciel (ou bisexuel de base) : est celui qui affirme faire l’amour avec des hommes et des femmes selon les circonstances, les situations et les occasions.
2) le bisexuel d’une seule femme : est un homme marié ou vivant en concubinage hétérosexuel, mais qui ne reconnait en tout et pout tout qu’une seule aventure féminine (souvent la mère de se enfants), et dit n’éprouver aucune attirance pour les autres femmes.
3) le bisexuel a tendance homosexuelle : est un homme célibataire qui a de nombreux partenaire masculins et éprouve de moins en moins d’attirance pour les femmes
4) le bisexuel fortement sexualisé : explique son désir pour les deux sexes par une sexualité débridée qui l’amène à saisir la moindre occasion
5) le bisexuel expérimental : associe la bisexualité à une forme de liberté ou plutôt à un moyen de refuser un enfermement conformiste dans une sexualité figée
6) le bisexuel a tendance hétérosexuelle : est un homme célibataire qui, attiré par la conquète des femmes trés feminines, recherche dans ses aventures masculines une certaine androgynie
7) le bisexuel souffrant : souvent célibataire, se sent mal à l’aise du fait de son incapacité à faire un choix entre ses partenaires en termes de genre
8 ) enfin, le bisexuel transitionnel : est un homme qui a vécu une période bisexuelle, ressentie comme une transition entre l’hétéro et l’homosexualité ou vice versa.**
Sur ce blog, je mentionne régulièrement des clichés ayant principalement attrait à la sexualité féminine et tente de lever des tabous, cependant la sexualité masculine n’est pas du tout en reste. Il serait bon également que la sexualité masculine soit moins emprunte d’orgueil et plus portée sur l’écoute et le respect du désir masculin profond de chaque homme. Je pense qu’autant que les femmes, les hommes subissent des clichés et conditionnements dont il est difficile de sortir, et en terme de bisexualité, il est évident qu’il reste encore des lignes à bouger.

La bisexualité, une sexualité comme une autre ? 

logo de la bisexualité

SOS Homophobie,  Act Up-Paris, Bi’Cause et le MAG Jeunes LGBT ont fait une enquête nationale sur la bisexualité en 2015, dans le but de donner une meilleure visibilité aux personnes bisexuelles. Sur plus de 6 000 personnes interrogées, il en ressort que les lesbiennes sont celles qui connaissent le plus de personnes bisexuelles (83%), contre 69% chez les gays et 65% chez les hétérosexuels. Cet écart s’expliquerait notamment par le manque de visibilité dans les médias et la perception négative qu’ont les gays envers les bisexuels qu’ils considèrent comme des indécis, des refoulés, des instables… Oui, bien qu’on parle de communauté LGBT (Lesbiennes-Gays-Bi-Trans), les Bi ont une image relativement négative parmi les homosexuels. D’ailleurs cette enquête montre que les gays présentent le plus faible pourcentage définissant la bisexualité comme “une orientation sexuelle” et le plus fort pourcentage la définissant comme “un passage”. On remarque également que les personnes interrogées considèrent qu’il est difficile de faire confiance à une personne bi. Du fait qu’ils soient attirés par les deux sexes, cela crée une méfiance à l’égard de leur appétit sexuel supposé trop important et de leur capacité à être fidèles. L’étude conclut que ce type de stéréotypes génère de la biphobie et de la discrimination envers les bisexuels. Visiblement, le chemin reste long pour que la société propose une vision plus respectueuse et réaliste de la bisexualité, hors des schémas saphistes caricaturaux de type pornographique.

Et vous, pensez-vous que la bisexualité soit encore un sujet tabou ? N’hésitez pas à donner votre avis en commentaires !

*http://www.grazia.fr/article/l-infographie-du-jour-une-francaise-sur-dix-a-deja-eu-une-experience-sexuelle-av-84320
** http://www.bisexualite.info/forum/viewtopic.php?t=4601

3 réflexions sur “Bisexualité, des préjugés qui résistent

  1. J’ai pour ma part trouvé intéressant de constater, en rencontrant un homme qui assumait sa bisexualité, que je n’y avais même jamais pensé. Si la perspective de deux hommes s’embrassant ou faisant l’amour ne m’a jamais gênée ni dégouté, je n’avais tout simplement jamais envisagé que cela puisse faire partie de ma vie. Probablement parce que la bisexualité masculine est effectivement totalement absente du porno mainstream, alors que la bisexualité féminine est omniprésente dans le porno ou dans la société. Si une femme peut raconter à l’heure de l’apéro qu’elle aime parfois coucher avec une autre femme (les hommes la regarderont d’un oeil pétillant et les filles glousseront), un homme qui affirme qu’il aime bien sucer des bites provoquera un silence gêné. J’ai toujours apprécié le côté ouvert voire revendicatif de mon ex sur le sujet. Et ça a, qui plus est, déclenché un nouvel espace de fantasme chez moi 😉 Mais on m’a déjà regardé d’un oeil interloqué, voire dégouté, quand je disais que mon mec était bi. Et ça te gêne pas ?! Non, au contraire 😉
    Sur ce, merci d’avoir abordé un sujet qui ne l’est pas (du tout) assez…

  2. Selon un stagiaire : “Deux femmes ensembles? C’est coooool…” “Ha non deux mecs c’est dégueulasse…”

    He oui…. Il y a du chemin à faire avec des stéréotypes pareils…

    Merci pour cet article très bien écris et qui ouvre le champs des réflexions. Comme d’habitude!

    Bonne soirée !
    GuiM

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