couple en mode séduction dans un parc

Sommes-nous trop humains dans le jeu de séduction ?

Dans le monde animal, les femelles n’hésitent pas à prendre les devants sexuellement, alors que le monde humain regorge toujours autant de préjugés quand il s’agit de séduction. Une femme qui drague ouvertement un homme, qui dit qu’elle aime le sexe et exprime ardemment son désir fait peur aux hommes. Une femme “trop” sexuée a une image castratrice plutôt qu’érotique. En parallèle, les hommes osent de moins en moins faire la cour de manière directe, par crainte de paraître rudes et dominateurs. Au final, ne serions-nous pas devenus trop humains et plus assez animaux ?

Les femmes aiment le sexe, mais ne souhaitent pas être punies pour cela

Je lisais récemment un article passionnant du New York Mag intitulé “When women pursue sex, even men don’t get it” (comprenez en Français : Quand les femmes recherchent du sexe, même les hommes ne pigent pas”). Cet article reprend les conclusions de Danier Bergner dans son livre “What Do Women Want?: Adventures in the Science of Female Desire”. Dans cet article,  il est mentionné une étude qui a été faite sur des rats en laboratoire. Celle-ci a démontré que les femelles rats usent de subterfuges pour faire durer leur plaisir durant l’acte sexuel, allant jusqu’à fuir volontairement le mâle au milieu de l’action pour  retarder la fin de l’acte (on a peut-être des choses à apprendre des femelles rats) ! Elles sont même très souvent actives dans leur recherche et leur demande du plaisir. Bergner explique que dans le passé, les scientifiques se sont uniquement focalisés sur ce que les femelles rats faisaient durant le sexe, mais non  sur les moyens qu’elles mettaient en oeuvre pour obtenir ce sexe. Or en tant que femme, nous savons toutes que parfois, la séduction est un long chemin du combattant.

Selon Bergner, si les femmes initient rarement l’acte sexuel et se refusent parfois à apprécier leur propre plaisir, c’est du fait d’une construction sociale. Eurêka ! Mais bon, j’ai envie de dire à Mr Bergner qu’il n’y avait pas besoin d’aller étudier les femelles rats pour obtenir cette réponse. Il aurait suffi de prendre un panel de femmes et de leur poser la question. M’enfin…
Les hommes et les femmes ont eu le cerveau martelé par cette idée que les femmes n’aiment pas vraiment le plaisir charnel et qu’elles le subissent. C’est vrai que si on se souvient des histoires qu’on nous a lu petites, nous sommes toutes des princesses et on attend juste passivement le baiser du Prince Charmant qui viendra réveiller nos ardeurs totalement éteintes avant lui. Et dire qu’on a grandi avec ce discours, ça me donne envie de pleurer quand j’y repense. Aucune séduction n’a lieu, la princesse a les yeux fermés, et le prince dégaine directement son baiser, pour la réveiller dans un gémissement de plaisir. Il est évident que si nous étions plus réalistes et honnêtes, les contes de fées ressembleraient plus à cet épisode de la série brésilienne Porta Dos Fundos (bon c’est en portugais brésilien, mais des sous-titres en anglais sont disponibles sur la vidéo) :

(Si vous ne parlez pas anglais ou n’avez pas le courage de regarder, sachez que toute l’ironie de l’épisode se trouve dans le fait que la princesse prétend être passive. En fait, elle est dans un rapport de séduction et joue l’endormie, pour que tous les prétendants viennent s’occuper d’elle…et la fassent gémir chanter à la fin 😉

Suite à son étude de la biologie et de la sexualité des femelles, Bergner en a conclu que contrairement aux croyances culturelles qui persistent dans nos sociétés, les femmes ne sont pas excitées par la stabilité et l’intimité émotionnelle. Il va même jusqu’à affirmer que la monogamie sape la libido des femmes sur le long-terme ! Et là, c’est tout un monde moral façonné dans les esprits depuis des siècles qui s’écroule, n’est-ce pas ? Eh bien oui, globalement les femmes aiment le sexe, simplement elles n’aiment pas sentir qu’elles vont être punies socialement pour cela. Un chercheur de l’Université du Michigan affirmait en 2011 que “les différences de genre [sur le plan sexuel] sont minimes quand les femmes sentent qu’elles ne seront pas stigmatisées du fait de leur attitude”.

Séduction hommes/femmes : de plus en plus bloqués sexuellement ?

Bergner rapporte par ailleurs quelque chose dont les hommes n’ont pas assez conscience selon moi : les femmes sont excitées par le désir de leur partenaire envers elles ! Attention à ne pas mal interpréter le sujet. Il ne s’agit pas de penser que les femmes sont constamment excitées dès qu’on leur porte de l’attention, et que chaque femme va forcément dire oui à un acte sexuel si Monsieur le réclame. Absolument pas. Il faut comprendre par là que les femmes aiment autant le sexe que les hommes, mais elles veulent du sexe avec des hommes qui les désirent ardemment ! Bergner rajoute que ce besoin d’être follement désirées ajouté à des siècles de demande de “sagesse” pour la gent féminine a véhiculé l’image totalement fausse de femmes passives sexuellement.

Mais finalement, cette passivité apparente gêne-t-elle tant que ça les hommes ? Il semblerait que non, car beaucoup d’hommes hétéros se sentiraient castrés et perdraient leur sentiment d’excitation face à une femme qui assume trop ses envies sexuelles et son besoin d’être désirée. Voyez donc le malheur dans lequel nous nous trouvons en tant que femme ! Cela signifie donc que plus on exprime ce que l’on veut dans un jeu de séduction et moins nous allons l’obtenir ! La croyance populaire veut que les hommes soient des machines à baiser et que les nanas aient le défaut de ne pas assez se lâcher au lit. Or, si une femme célibataire exprime trop son désir sexuel, les mecs ont plus de chance de fuir que de rester… il n’y a pas comme un bug dans la matrice là ?

Femme qui séduit un homme

Eh bien, l’erreur vient en fait de constructions sociales encore et toujours. Ben ouais, comme dans les contes de fées, on nous a toujours dit que c’est à l’homme d’être le chasseur sachant chasser, et la femme, la proie passive qui attend sagement en cueillant des fleurs dans la forêt. Forcément, les hommes sont troublés si une femme brise ce schéma de séduction, alors qu’eux-mêmes sont victimes de ce préjugé séculaire. Je vous parlais déjà des clichés de la virilité masculine dont pâtissent les hommes dans l’article Sexualité masculine, virilité et clichés. Il est admis que les femelles veulent aussi du sexe pour le plaisir dans le règne animal, mais chez les humains lorsqu’une femme admet cela, elle va être catégorisée comme “facile”, “salope”, “nymphomane” ou encore pire “désespérée”. Laissez-moi rire, ou pleurer ! Cela me fait d’ailleurs penser à cette fois où j’ai testé la drague sur Tinder.  J’ai remarqué que les femmes attendent plus souvent que tu leur envoies un message en premier VS les hommes qui ont plus tendance à courtiser directement après “le match” !

Et attendez, la galère n’est pas finie pour la femme moderne. Si vous rajoutez en plus une carrière à cette pêcheresse, les complications augmentent. En effet, une femme avec une carrière professionnelle épanouie et imposante intimide certains hommes. Ils trouvent également qu’une femme qui initie le rendez-vous est de suite moins attirante et semble agressive. Par ailleurs, quand une femme a plus de désir sexuel que son homme, celui-ci va avoir tendance à se sentir rabaissé plutôt que flatté. La femme de son côté va penser qu’elle a un problème et culpabiliser. Visiblement, ils en ont fait des dégâts les siècles passés de patriarcat dominant ! Le paradoxe dans tout cela, comme le pointe l’écrivaine Chiara Atik c’est que de nos jours, de plus en plus d’hommes ont des difficultés à être aussi directs avec les femmes que les générations précédentes. Ils veulent du sexe mais ne veulent plus être vus comme trop dominateurs. Est-ce que comme le chantent superbement Jo Wedin & Jean Felzine “Les hommes ne sont plus des hommes” ?

En résumé : les hommes ont peur des femmes entreprenantes, mais ils ont aussi de plus en plus peur d’entreprendre. Les femmes ont envie d’entreprendre, mais elles ne le font pas sinon les hommes les trouvent moins attirantes et donc les fuient. Les hommes veulent paraître moins dominateurs, mais les femmes veulent que les hommes leur montre un désir ardent. Résultat des courses : le serpend se mord la queue, plus personne ne sait qui devrait prendre les devants et cela crée des situations de blocage. 

Les humains se prennent décidément trop la tête. On devrait un peu plus se rappeler de notre nature animale et ne pas avoir honte d’assumer que sexe rime avec plaisir et qu’il n’y a rien de mal à cela. Homme ou femme, jetons les règles et préjugés de la séduction aux placards et osons nous rapprocher les uns des autres jusqu’à l’indécence ! Tant que le désir réciproque est présent, pourquoi se bloquer ?

Sources : http://nymag.com/thecut/2013/06/when-women-pursue-sex-even-men-dont-get-it.html

2 réflexions sur “Sommes-nous trop humains dans le jeu de séduction ?

  1. Article intéressant car très actuel et exprimant tous les paradoxes de notre société. En effet les siècles ont fait des dégâts et c’est bien dommage.
    Personnellement cela ne me dérange pas que la femme soit entreprenante et exprime ses désirs (ouvertement ou pas). C’est même naturel et agréable. En tant qu’homme il est bon aussi d’être “chassé” (mais jamais agressivement, dans un sens comme dans l’autre). Et l’homme a aussi besoin de se sentir désiré. D’où l’intérêt aussi que la femme exprime ses envies et prenne l’initiative. Car cela signifie qu’on intéresse et que ce n’est pas que dans un sens de manière passive. Les relations fonctionnent (mieux) dans les deux sens, donc là c’est pareil. L’autre souci est que à force d’assumer davantage et d’avoir plus de pouvoir (de travailler, de “choisir” et être entreprenante), l’évolution de la femme peut aussi se retourner contre l’homme. En effet, un homme, même entreprenant, peut avoir peur de se heurter au rejet. Et cela peut blesser, même un homme (eh oui, nous sommes sensibles aussi, au delà de la fausse fierté de se prendre un râteau, ce qui arrive). Donc paradoxes et serpent qui se mord la queue en effet. Cela entraîne des incompréhensions alors qu’avec plus d’ouverture et moyen a de communication nous devrions davantage nous comprendre. Et finalement c’est l’inverse qui se produit, à croire qu’on s’éloigne les uns des autres, voire on s’oppose et entre en conflit (comme une sorte de “vengeance”, certaines femmes décidant de se comporter comme des hommes afin de retourner la monnaie de leur pièce). En résumé, y a encore du boulot dans nos relations et l’équilibre, le juste milieu est encore à atteindre.

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