Parlons francul

Stop à l’image de la femme fragile

photo de femme portant des poids de fitness

Petite, je détestais porter des robes car elles m’empêchaient de me mouvoir aisément et de jouer au foot avec les garçons. J’étais très sensible, mais sûrement pas fragile. Evidemment, on m’a traité toute mon enfance de garçon manqué. Voilà où commence le problème initial. Dès la petite enfance, nous sommes conditionnées à jouer la femme fragile pour répondre à une injonction de société selon laquelle la femme est faible et l’homme est fort. Le pire, c’est qu’on finit par croire que c’est vrai.

Si j’étais un homme

Dernièrement, je regardais le film français Si j’étais un homme. C’est l’histoire d’une femme, récemment divorcée, mère de deux enfants et qui travaille dans le secteur BTP. Alors qu’elle est au fond du gouffre psychologiquement, elle se réveille un matin et découvre qu’elle a désormais un pénis à la place de sa vulve. Ce qui a le plus retenu mon attention dans ce film et m’a donné envie de rédiger cet article, ce sont les représentations homme/femme qui en ressortent.

Le personnage principal Jeanne se fait rejeter par son homme, n’a aucune confiance en elle et se fait entièrement mépriser et dominer par ses homologues masculins au travail. La vie semble totalement la dépasser la pauvre fille. La femme fragile par excellence ! Alléluia, passé l’effroi de se réveiller avec une bite entre les jambes, son nouveau phallus va vite lui faire pousser des ailes. D’abord, il faut qu’elle apprenne à maîtriser son “Pinpin” (oui, je vous assure, c’est comme cela qu’ils l’ont surnommé dans le film) et pour cela, passage obligé de la masturbation. Visiblement, les hommes ont un besoin frénétique et incontrôlable de se masturber d’ordre névrotique si on se fie au film. Les hommes aussi ont droit à leur lot de clichés dans ce film. En tout cas, une fois Pinpin apprivoisé, Jeanne prend confiance en elle, devient de plus en plus forte, gagne le respect à son boulot, a plus d’autorité auprès de ses enfants et assume désormais fièrement qui elle est. Merci le membre viril ! Merci la testostérone !

affiche du film si j'étais un homme

Qu’essaie-t-on de nous dire à travers ce film ? Les femmes doivent-elles nécessairement se comporter comme des hommes pour se faire respecter ? Les femmes sont le sexe faible et les hommes le sexe fort ? Etre une femme forte est forcément signe d’un caractère de type masculin ? Dans tous les cas, le parallèle effectué entre force mentale, assurance, gain de respect et masculinité est parfaitement évident. Le pire dans tout cela, c’est que derrière ce film se cache une réalisatrice. En prétendant vouloir casser des stéréotypes, elle ne fait que les enfoncer. Elle a visiblement bien intégré les représentations dans laquelle la société l’a bloqué. Heureusement que Game Of Thrones est là pour nous montrer des femmes reines, dominantes et mère de dragons. Encore que, ceci a lieu dans un monde féerico-imaginaire. A mes yeux, Si j’étais un homme reflète une construction sociale admise qui m’insupporte de plus en plus. J’aimerais comprendre pourquoi les femmes sont majoritairement représentées comme des personnages faibles, fragiles et en proie au doute de soi constant. Pourquoi si une femme ne rentre pas dans ce schéma, on affirme qu’elle agit “comme un mec” (ou qu’elle a une bite qui lui a poussé dans la nuit) ? Dire cela, c’est la priver de sa féminité et donc potentiellement la rendre aussi moins séduisante auprès d’une cible masculine hétérosexuelle. Vous voyez où je veux en venir ? Si une femme forte est un mec, alors un homme hétéro ne pourrait être séduit que par une femme ayant l’air faible, peu dangereuse, domptable. Je soupçonne la société d’attribuer aux femmes des vertus de fragilité dans le but de les rendre plus désirables aux yeux des hommes et surtout moins flippantes.

Etre une femme fragile ou être comme un homme ?

Avoir un fort caractère, rire à gorge déployée, le fait d’assumer pleinement sa sexualité sans s’en cacher, séduire ouvertement, font peur à plus d’un homme, et je sais de quoi je parle. Mais si c’est le cas, c’est bien qu’il y a aussi un autre cliché à déconstruire derrière cela : celui de l’homme super viril, qui n’aurait peur de rien et aurait une confiance en lui indestructible grâce à son puissant pénis. Comme je l’écrivais dans Sexualité masculine, virilité et clichés, l’homme se construit avec l’idée qu’il est un chef de guerre sexuel, ce qui génère en lui la hantise de ne pas être à la hauteur. Si la femme, qui détient ce vagin insatiable, se met à trop s’assumer, alors qu’on l’imagine et la fantasme fragile, il y a danger pour l’ego n’est-ce pas ? On remarque bien d’ailleurs que le fantasme de l’actrice porno reflète l’idéal égotique pour l’homme. Une femme qui adore le sexe, désire avidement le sexe masculin, mais se laisse totalement dominer par celui-ci. Elle n’a aucun désir propre, on ne s’inquiète pas spécialement de ses envies réelles, ni de son plaisir. Elle ne remet jamais en cause la puissance du mâle. Il suffit de la pilonner et elle jouit non-stop pendant des heures. Oui, bien sûr…

Un film comme Si j’étais un homme perpétue les préjugés et donc les craintes d’être différent de ces préjugés, que ce soit pour les hommes ou les femmes. Je m’appuie sur ce film, car son enchaînement de clichés est assez incroyable et que je l’ai vu récemment, mais la société entière nous véhicule cette image de femme fragile. Ç’a commencé dès la petite enfance avec les contes pour enfants, où la princesse est toujours coincée dans son donjon – ou autre symbole d’enfermement –  et nécessite sauvetage du prince charmant. Et quand ce n’est pas le cas, elle prouve sa force en se comportant “comme un homme”, à l’image de Mulan de Walt Disney. Désespérant.

Nous ne sommes pas toutes fortes, mais nous ne sommes sûrement pas toutes la femme fragile qui attend l’unique réconfort de l’homme. Je vilipende les femmes qui contribuent à perpétuer cette image, car nous sommes les premières à pouvoir la casser et la relativiser. Demain, peut-être que nous cesserons alors de dire qu’une femme a une sacrée paire de couilles quand elle a du courage, mais plutôt qu’elle a une sacrée vulve qui sait !

Un commentaire

  1. Bien d’accord avec toi. Mais il y a des princesses plutôt décoincées dans leur donjon, je veux parler des dominatrices. Et pour le coup, là, nous sommes dans l’image de la femme forte et très féminine.

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