Féminisme

Harcèlement sexuel : un mur qui doit tomber

harcèlement sexuel

Il y a quelques semaines, l’émission On N’est Pas Couché faisait la une des médias en ligne pour son sujet sur le harcèlement sexuel qui avait mené à une altercation entre Christine Angot et Sandrine Rousseau. Désormais, nous voici face à la news d’un producteur américain accusé de viol et harcèlement sexuel, après des années de silence complice sur des faits visiblement connus de tous. Même pas besoin de reparler de l’affaire du Sofitel avec Dominique Strauss-Kahn, tout le monde s’en souvient très bien. Le problème du harcèlement sexuel se fait entendre à base de scoops, mais la réalité c’est qu’un énorme mur du déni doit tomber pour libérer toutes les personnes qui en sont victimes au quotidien et assainir les rapports hommes-femmes.

Le harcèlement sexuel : nous sommes tous.tes concerné.e.s 

#BalanceTonPorc est un hashtag lancé en réaction à l’affaire Harvey Weinstein, le producteur accusé de viol par trois femmes et de harcèlement sexuel par un certain nombres d’actrices. Depuis ce week-end, les femmes utilisent ce hashtag afin de partager et dénoncer les expériences de harcèlement sexuel dont elles ont déjà été victimes. Le hashtag fait fureur sur Twitter, si bien qu’il s’affiche en tendance principale du réseau social et les témoignages ne cessent de s’enchaîner à chaque seconde, comme le signe évident du nombre de harcèlements réguliers subis par les femmes. Certains hommes ont réagi à ce hashtag et décidé de  lancer dans un désir de vengeance le hashtag #BalanceTaTruie. Il est vrai que des hommes subissent également des situations de harcèlement et que le viol envers les hommes existe également et qu’il ne faut pas le nier. Cependant, ce hashtag-là pose un vrai problème pour plusieurs raisons. Tout d’abord, à lire les hashtags partagés, il n’a été mis en place que dans le seul but de décrédibiliser la parole des femmes, car une majorité des tweets ont tout bonnement l’air bidons. Ensuite, ceux qui ont décidé de démarrer ce hashtag se sentent visiblement agressés par #BalanceTonPorc et le prennent comme une attaque personnelle. Si c’est le cas, plutôt que de lancer un hashtag vengeur, ne serait-ce pas le moment pour eux de prendre deux minutes pour se remettre en cause et se demander pourquoi il se sentent visés ? Enfin, il y a plus classe comme attitude que de tenter de noyer le poisson en voulant rendre invisible une dénonciation.

Capture d’écran Twitter #BalanceTonPorc

Capture d’écran #BalanceTonPorc

Qu’il s’agisse de femmes qui profiteraient de #BalanceTonPorc pour englober l’ensemble des hommes dans le même sac ou d’hommes qui voudraient défendre “la fierté masculine” dans ce débat, l’heure ne doit pas être à ce type de scission de bas niveau, mais au rassemblement. Hommes et femmes sont concerné.es dans cette lutte contre le harcèlement sexuel. Il est choquant de voir que dans l’affaire Harvey Weinstein, le tout Hollywood était au courant, que tout le monde en allait de sa petite blague pour faire référence à ses abus sexuels. Si certaines femmes n’ont pas osé en parler, d’autres ont toujours parlé autour d’elles comme Florence Darel l’indique dans l’émission Quotidien de Yann Barthès. Les hommes témoins de ces exactions n’ont pas plus parlé pour les défendre, pour empêcher que cela ne se reproduise et n’ont visiblement jamais réagi tout court. Le silence de chacun d’entre nous face au harcèlement sexuel nous rend tous.tes complices.

Le problème de l’hypocrisie dans la question du harcèlement sexuel 

Florence Darel affirme être en colère sur un point dans l’histoire du scandale Weinstein : pourquoi est-il devenu la cible maintenant alors que pendant plus de dix ans, personne n’a jamais rien dit à ce sujet ? Pourquoi ne l’invite-t-on que maintenant pour en parler aux médias alors qu’elle a toujours indiqué qu’elle avait reçu des propositions indécentes de sa part ? En effet, ces questions méritent amplement d’être posées. L’actrice Ludivine Sagnier a de son côté indiqué que ses agents l’ont mise en garde par le passé de ne jamais monter dans sa chambre d’hôtel si jamais Harvey Weinstein lui proposait de monter. En somme, les abus répétés de cet homme étaient connus de tous et personne n’a jamais osé ouvrir sa gueule par crainte de perdre sa position. Aujourd’hui, alors qu’il a perdu de son influence, les langues se délient. Coïncidence ? Pourquoi à certains moments, la parole plaignante des femmes ne vaut rien et à d’autres on accepte de les écouter ? Pourquoi les hommes, témoins de ces situations, préfèrent mettre en garde les femmes tout au plus, plutôt que de dénoncer cet autre homme qui dénigre leur sexe ? Pourquoi des agents d’actrices continuent de les pousser à rencontrer dans des hôtels des mecs comme lui, considérant que la carrière est plus importante que la sécurité ? Pourquoi les médias taisent des infos puis les balancent à un autre moment ?

femme qui lèche une glace

Notre société valorise constamment le désir, montre les femmes dans un rôle de séductrices et de proie à l’excitation des hommes. Le cinéma est d’ailleurs un des principaux médias à véhiculer ce type d’images à travers ses actrices. En parallèle de cette promotion constante du physique des femmes, de sa sexualisation, les femmes dans la vraie vie se battent contre ces stigmatisations et stéréotypes. Par conséquent, il y a un gap profond entre ce qui est vendu aux hommes sur les écrans et dans la publicité et la réalité des femmes qu’ils rencontrent au quotidien. Dans un monde parfait, on devrait tous être capables de faire la part des choses, mais la vérité est moins évidente que cela. Du coup, les femmes se retrouvent prises en étau entre les attentes éloignées des réalités de certains hommes, et malgré tout leur envie de plaire sans pour autant être traitées comme des trophées qu’on doit amasser et qu’on utilise selon son bon vouloir. Les hommes de leur côté, doivent concilier avec l’image d’objet sexuel des femmes qu’on leur promeut toute la journée et la compréhension que celles rencontrées au quotidien n’en sont pas. Je tiens à souligner ici que je n’excuse aucune action d’harcèlement envers les femmes, d’autant que j’en ai été victime moi-même comme je le racontais ici. Cependant, il faut reconnaître que la société crée des discours ambivalents qui n’aident absolument pas à éradiquer ce type de comportements abusifs. C’est très bien d’en parler après coup dans des émissions télévisées, mais si cinq minutes après une publicité nous montre une nana qui lèche une glace comme si elle taillait une pipe, il y a double discours. Cela donne ensuite des femmes qui sont toujours mises en doute lorsqu’elles se plaignent d’une agression, plutôt que d’être écoutées. Il faut que cela cesse et qu’on arrête de nous vendre l’image de la femme fragile passive et en attente du Prince qui viendrait la violer réveiller dans son sommeil.

Montrer le visage du harcèlement sexuel 

Plusieurs initiatives de femmes et d’hommes se lancent pour dénoncer ce fléau du harcèlement et se faire entendre. J’aimerais vous partager ci-dessous une petite liste absolument non exhaustive d’actions mises en place qui m’ont marquées et que j’aime beaucoup :

Si vous souhaitez que je rajoute d’autres liens, n’hésitez pas à m’en faire part en commentaires et je les rajouterai. J’espère vraiment qu’à force d’en parler, de montrer ce qui se passe, nous finirons par ne plus avoir à nous plaindre de ce type d’attitudes, que ce soit dans la rue, en famille ou dans le monde professionnel. Je suis absolument contre liguer les hommes contre les femmes et pense qu’il ne s’agit aucunement de la solution. Rappelons-nous également que la drague n’a rien de mal en soi, mais rappelons-nous aussi comment nous draguer dans le respect, et surtout protégeons-nous les uns les autres contre les agressions. La route est longue, mais la voie se trace, alors ne lâchons rien.

3 commentaires

  1. “Même pas besoin de reparler de l’affaire du Hilton avec Dominique Strauss-Kahn, tout le monde s’en souvient très bien.” : Visiblement non, vu que c’était chez leur con-current, Sofitel ^^;
    On peut évidemment me rétorquer que je chipote sur un point de détail qui n’a rien à voir avec le fond du sujet, mais je trouve qu’on peut difficilement soutenir un débat d’idées si l’on ne fait pas preuve de rigueur intellectuelle sur les détails. En outre, si on souhaite être écouté(e) et surtout entendu(e) (ce qui est la requête des plaignantes concernant le harcèlement sexuel), il est essentiel, je pense, d’être scrupuleusement rigoureux/se sur la transmission des informations et leur véracité.
    Mais je découvre votre site à l’instant, je n’en ai lu que 5 lignes, mais ça me semble prometteur. Je manque de temps en ce moment, mais je l’ajoute dans mes favoris pour y revenir ultérieurement en détail.
    Bonne journée 😀

    1. Bonjour,

      Grand merci pour la remarque. En effet, j’ai clairement manqué de rigueur, trop sûre de mes souvenirs, visiblement erronés 🙂 Modification importante effectuée. J’espère que les autres articles du blog vous satisferont ! N’hésitez pas à les challenger comme vous venez de le faire, la critique constructive permet de se remettre en cause et de s’améliorer. 🙂 Belle journée !

      1. Rebonjour,

        Le but n’est pas de critiquer. Mais je suis sensible à la question du harcèlement. Bien avant les faits de l’actualité récente. Et c’est un sujet complexe. Vraiment. Qui impose des réponses adaptées aux différents cas qui se présentent. Et qui, pour obtenir la meilleure réponse possible, nécessitent que chacun exprime au mieux sa vérité (les faits objectifs + la façon dont ils ont été vécus et ressentis). De l’importance de la rigueur. Qui soulève un autre point : si au bout de 5 ans, votre mémoire vous fait défaut, quel véracité peut-on accorder à des souvenirs qui ont 20 ou 30 ans ? Certains témoignages appellent cette question-là : sans remettre en cause la position de fond des victimes (qui ont la conviction d’avoir été agressée par telle personne), peut-on encore juger clairement de faits qui sont pour nous de lointains souvenirs ? (comment être certains que certains faits n’ont pas été reconstruits par notre imaginaire ?) Et pour pousser la réflexion encore plus loin : n’y a-t-il pas une forme de masochisme à vouloir se remémorer, encore et encore, une situation traumatique 20 ou 30 ans après, alors que le cerveau humain est suffisamment efficace pour l’effacer de lui-même ?
        (j’arrête là, il faut vraiment que j’aille travailler ! ^^)
        Belle journée encore !

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