CULtureOù sortir ?

My Body My Rules, mon malaise

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L’avant-première du projet My Body My Rules a eu lieu le 30 janvier au MK2 Quai De Seine. Je pensais assister à une exaltation de la beauté des corps féminins dans leur diversité, à une ode à la sororité qui me donnerait envie d’embrasser le corps plein de vie des autres femmes quelles qu’elles soient. Non, je suis plutôt sortie de la salle avec la sensation que mon corps n’était qu’une prison pour l’âme et un réceptacle à violence. Énorme déception.

Stupeur et incompréhension

“Je ne veux pas être qu’un esprit, une conscience enfermée dans un corps”, sont les premiers mots exprimés dans le film à travers un écran d’ordinateur. No est handicapée et danse nue, Rebecca est noire, forte et assumée, Marianne est une domina travailleuse du sexe… 10 portraits de femmes se succèdent et jamais ne tombent dans un cliché évident. Les personnalités, les corps, les atmosphères choisies sont tous très différents, à l’image de chacune de nous et de l’humanité, cette évidence même que tendent à masquer les publicités et le cinéma grand public. Ce point est éminemment positif. De la même façon que le choix de montrer les corps tels qu’ils sont, sans retouches, avec des poils. L’image est crue, naturelle, à tendance pornographique, si bien qu’on a réellement l’impression d’assister de près à ce qui se passe sur l’écran. Ca commençait donc bien pourtant.

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Image du film My Body My Rules

Cependant, il ne me faudra pas plus de quelques minutes pour que le malaise m’envahisse. Un malaise et un ennui qui ne cesseront de grimper crescendo tout au long du film, jusqu’au désir irrépressible de déglutir. En tant que grande fan de Black Mirror, je conçois que le sentiment de gêne, de malaise absolu puisse faire partie du plaisir cinématographique. Le problème c’est que contrairement à la démarche d’un Black Mirror,  My Body My Rules ne semble ni vouloir nous divertir, ni nous faire réfléchir. Je me souviens d’une spectatrice à la fin de la représentation interrogeant l’équipe du film sur le sens de ce projet, admettant qu’elle restait plus que sceptique face à ce qu’elle venait de voir. Réponse de la monteuse : “Je ne pense pas que ce soit un film qui nécessite d’être compris”. Merci pour l’éclairage. En effet, on n’a rien compris.

Pourquoi tant de violence ?

Mettre en scène le désir qui dévore ? Pour la réalisatrice Emilie Jouvet, c’est l’occasion de montrer une femme posant des morceaux de viande crus sur le corps nu d’une autre et se mettant à les dévorer avec un plaisir cannibale. La scène est longue, trop longue. Les bruits de succion combinés aux images filent la nausée. Et si pour filer la métaphore de l’accouchement, on montrait une scène interminable de femme nue qui tire une corde sans fin de sa chatte ? Je n’ai même pas envie de parler des nombreuses scènes où les corps crachent sur d’autres corps, les tirent, les mordent, les griffent, leur font glisser des tampons ensanglantés sur le corps… On comprend parfois l’idée, mais on est plus souvent dégoûté par des images qui inspirent plus la détresse et la violence face au corps qu’un réel amour de soi. Le sujet le plus intéressant et le moins violent est la scène de domination-shibari (le shibari, c’est l’art d’entraver une personne avec des cordes en utilisant des figures géométriques pré-définies), qui interroge sur le rapport à son propre corps face à la vieillesse, ainsi que sur le rôle de la soumission sexuelle comme moyen de se libérer de ses angoisses. Les fessées érotiques rudes qui claquent à l’écran durant cet instant, semblent douces et poétiques face à l’ensemble indigeste du film.

Sur le site de la réalisatrice Emilie Jouvet, celle-ci indique que “l’objectif est de donner la parole en images aux personnes dont le corps ou la sexualité est vu comme hors-normes, invisible ou tabou. Pour cela, dix personnes révèlent en image le rapport magique, secret, cruel, sensuel, puissant qu’elles entretiennent vis à vis de leur propre corps.” Je ne peux m’empêcher de me souvenir de mes voisines de ciné se cachant derrière leurs écharpes pour ne plus voir l’écran, de certains murmures d’effroi, de moi-même en train de pousser des “Mon Dieu, c’est quoi cette scène atroce ?” toutes les cinq minutes…  Derrière une façade de vouloir défendre les corps de chacune hors des stéréotypes, nous nous retrouvons devant une performance qui semble chercher uniquement à nous mettre extrêmement mal à l’aise. La question qui taraude du début à la fin de la séance est pourquoi ? Pourquoi m’impose-t-on cela ? Question qui reste sans réponse du début à la fin. D’aucuns penseront que je suis passée totalement à côté de My Body My Rules, j’a l’impression que c’est My Body My Rules qui passe totalement à côté de son message.

LadyShagass
Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C’était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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