Lectures culottées

Découvrir “Les curiosités érotiques et BDSM” de Florence Jacquet

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C’est dans un univers tout à fait personnel que nous plonge Florence Jacquet, lorsque l’on entame la lecture de son recueil graphico-littéraire, Les Curiosités érotiques et BDSM de Florence. Elle y expose ses dessins à l’encre de Chine et accompagne le lecteur dans les méandres de ses réflexions qui, elles, sont diverses dans la forme. Le fond, lui, suit une ligne directrice claire : faire découvrir au lecteur l’univers symbolique du BDSM en lui offrant quelques pistes de culture générale à suivre, mais surtout, à travers sa propre expérience de Dominante chevronnée. Elle s’essaye à y décrire les infinies possibilités sensuelles qu’offre ce monde des plaisirs de l’imagination : définitions, créations, remarques, partage d’expériences et conseils – elle se fait la voix des pratiques dites « déviantes », auxquelles elle s’applique à rendre leur noblesse.

Florence orgasme

Orgasmes luxuriants © Florence Jacquet

Sans dessus-dessous… sans dessins déçue

Ma position de rédactrice m’amène, cependant, à faire preuve d’honnêteté : en tant que lectrice, je n’ai pas été conquise. Le style manque de relief, la syntaxe est imparfaite, les réflexions dites philosophiques que l’on y trouve relèvent parfois du lieu-commun (« on a qu’une vie ») – bref, je n’ai pas trouvé le fond à la hauteur de « l’exceptionnel » et de la « philosophie » suggérés par la description du recueil en première page. Si je n’ai pas été séduite par la plume de Florence Jacquet, le charme du recueil réside, lui, dans l’intention de son écriture et de sa mise en forme – intention qui met les valeurs du partage et de l’ouverture d’esprit au premier plan. La démarche est originale, presque gourmande, et c’est le déroulement créatif de sa pensée (sous la forme de listes, de dessins, de définitions…) qui fait germer, malgré tout, l’envie et l’intérêt chez le lecteur (sa curiosité, en fait, et ça tombe plutôt bien).

En revanche, on souligne que Cocteau disait du dessin qu’il est aussi une forme d’écriture – et alors là, oui, je peux dire que j’ai aimé cette écriture-ci.

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Arts Appliqués à Poitiers, Florence Jacquet est une artiste à multiples facettes et ses créations visuelles en sont non seulement le berceau, mais sont aussi positivement accueillies sur la scène artistique internationale. J’ai aimé son coup de pinceau, plein d’humour. Les visages, quand ils sont mis en avant, sont très expressifs, les mouvements sont suggérés de manière aussi fine que grotesque, et tous ses dessins dégagent une énergie forte, un dynamisme sexuel qui fait spontanément travailler l’imagination de celui qui les reçoit.

Certains reprennent les codes de la bande-dessinée (bulles, onomatopées…), d’autres surfent sur l’absurde, mais de façon générale ils suintent de poésie et recèlent d’énigmes non résolues. Quand elle dessine les corps, on a envie de les observer avec attention, d’imaginer la scène, de parfaire l’âme du modèle en lui inventant une histoire. Pour ma part, ça m’a mis l’eau à la bouche. Je ne suis pas critique d’art, mais j’ajoute, au passage, avoir eu un coup de cœur pour les peintures et dessins qui concluent le recueil.

FJ cybern

Femme serpent, « la Gorgone cybernétique » © Florence Jacquet

Pourquoi s’intéresser à son travail ?

Florence Jacquet, à travers la mise en scène d’expériences personnelles BDSM, de sa propre personnalité et fantasmagorie, transmet un message universel de tolérance, sur fond de féminisme, et fait preuve d’une ouverture d’esprit sensuelle notable qu’il fait bon partager. Elle donne une vision du sexe et, plus spécifiquement, du BDSM loin des nuances grises de certains best-sellers. Son œuvre, à son image, est teintée de distinction et s’émancipe, avec joie et élégance, d’un conformisme normé incompatible avec son mode de vie. Je recommande, à celles et ceux qui voudraient mieux cerner et comprendre la poésie, trop souvent ignorée, qu’abritent ces univers, de le parcourir. Quant à celles et ceux qui ont déjà trempé leurs pieds (et/ou bien plus) dans la langoureuse rivière Kinky et qui apprécient s’y plonger, aussi, par toute forme d’expression artistique, Les Curiosités érotiques et BDSM de Florence sont un bon moyen d’assouvir ces envies. Sans oublier qu’il permet aussi de découvrir l’univers charmant d’une collègue de baignade.

Lady Whip
Toute déviance est relative.

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