Interviews sexyOù sortir ?

La Nuit Dèmonia : entretien avec les organisateurs

Nuit Dèmonia

La boutique Dèmonia organise sa traditionnelle soirée fétichiste, la plus grande de France, ce samedi 14 avril. Ils nous ont fait le plaisir de nous accueillir et Miguel, le responsable de la boutique, a pris le temps de répondre à nos questions. Au passage, on espère lever les doutes et rassurer les plus timides. 

On avait eu l’occasion de vous poser quelques questions il y a déjà deux ans. Mais pour rappel, peux-tu nous parler de la boutique ?

Alors Dèmonia c’est la plus grande boutique fétichiste en France, vraiment différente des autres boutiques pour adultes. On est plus sur du plaisir au sens large : il va y avoir du sextoy, de l’huile de massage, de la lingerie comme dans d’autres sexshops sauf que notre particularité c’est qu’on a un grand rayon de vêtements fétichistes (cuir, vinyle, latex, wetlook…). Des matières souvent associées aux pratiques BDSM (donc Bondage Discipline et Sado-Masochisme), qui sont des pratiques très riches et diversifiées qui ont plusieurs niveaux. Quand on s’intéresse à toutes les pratiques et qu’on essaye de proposer des objets pour tous types de jeux, ça prend beaucoup de place (rires). On est donc spécialisé là-dedans.

Vous organisez l’annuelle Nuit Dèmonia le 14 avril. Tu peux nous en dire plus ?

C’est une soirée promotionnelle qui a pour vocation de faire vivre le milieu fétichiste français. C’est un peu le même principe dans tous les pays, il y a de grands rassemblements autour des fétichistes de la matière. Elle rejoint également un petit peu le milieu du BDSM. Il y aura un donjon à la soirée, mis à disposition de ceux qui veulent jouer mais, proportionnellement, les gens viennent plus pour faire la fête, se looker, partager leurs passions et être totalement à l’aise dans des vêtements qu’ils aiment bien. Ça traduit aussi l’autorisation d’avoir la sexualité qu’on veut. La Nuit Dèmonia, c’est un peu des préliminaires. Ce n’est pas comme une soirée échangiste pendant laquelle il peut y avoir beaucoup de drague ou de sexe. Les gens ne sont pas vraiment là pour ça. En revanche, côtoyer des gens comme nous a un côté rassurant. 1500 personnes et plus viennent à la nuit Dèmonia. C’est l’occasion pour ce milieu de se montrer et d’affirmer son droit d’exister.

1500 personnes, c’est quand même considérable. Qu’est-ce qui explique que cette soirée soit aussi populaire ? Qu’est-ce qui fait sa force ?

L’avantage c’est qu’étant une boutique, c’est un moyen de communication. On ne cherche pas une rentabilité à la soirée, ce qui permet de louer des salles qui sont très belles et très chères – comme le Faust cette année, avec plusieurs ambiances qu’on fait varier. On essaye d’écouter les gens, de permettre à ceux qui veulent jouer d’avoir leur espace de jeu. Alors on ne peut pas contenter les envies de tout le monde mais il y a trois espaces à la soirée, trois ambiances, ce qui permet de plaire à plus de gens.

On est une boutique pour adultes, on ne peut pas communiquer dans la presse… C’est difficile. En créant un événement autour de ce qu’aiment les gens dans notre univers, ça permet le bouche à oreille. Les gens vont inviter leurs amis à la soirée, pas à la boutique.

Recommandes-tu la Nuit Dèmonia aux curieux qui souhaiteraient découvrir ce monde de plus près ?

Oui ! Mais « curieux » dans le bon sens du terme. Il y a un dress-code strict : porter au moins un vêtement fétichiste pour la partie basse de sa tenue (pantalon, short pour les hommes et jupe, robe, legging, pantalon pour les femmes). Il y a déjà cette contrainte qui freine certaines personnes qui pensent que c’est du déguisement. Même dans le milieu du BDSM, ceux qui sont souvent en costard par exemple ne sont pas toujours à l’aise avec ce dress-code. Tous les gens qui font du BDSM ne s’habillent pas en cuir et n’adhèrent pas forcément au côté festif du fétichisme. Au-delà de ça, c’est vraiment une soirée faite pour se sentir bien, sans jugement et être complètement soi-même. Qu’on fasse du 36 ou du 46.  Il faut juste être ouvert d’esprit et ne pas être dérangé par la sexualité des autres.

Rien de « choquant » en perspective ?

Non. A partir du moment où on aime ces pratiques-là, il n’y a pas de raison d’être choqué. Et puis comme je le disais, c’est festif avant tout. Après, ce n’est pas une soirée classique donc oui, si on regarde ce qu’il se passe dans les coins… On peut y voir des choses. Mais quand on fait la démarche de s’habiller, de passer à la boutique avant, c’est qu’on s’y est déjà plus ou moins préparé. Si on est dérangé par la sexualité des autres, c’est sûr qu’il ne faut pas venir.

Et qu’est-ce que tu dis aux plus timides ?

C’est vrai que l’accès à notre boutique est un peu différent des autres boutiques et qu’on ne se trouve pas là où se trouvent d’autres sexshops. On est implanté dans un quartier où il n’y a que nous. C’est une grande porte rouge, faut passer la porte, il n’y a pas de vitrine. Une fois que les gens rentrent, ils sont dans notre univers. Puis après, on est une équipe dynamique, souriante, on essaye d’être professionnels. Pour nous, tout ça est tout à fait naturel et ça met les gens à l’aise quand on décrit un sextoy comme un mec de chez Darty décrirait une machine à laver. Ça les rassure de voir que nous ne sommes pas du tout choqués par leurs pratiques et leurs envies. Ce travail se fait d’ailleurs plus à la boutique qu’à la soirée. Mais la soirée, c’est aussi l’occasion d’être entouré de gens comme nous et de se dire « la liberté sexuelle sans jugement, ça existe ».

Nuit dèmonia

Pourquoi le thème “Contes de fées” cette année ?

Parce qu’on est fou ! Chaque année on sort des thèmes qui n’ont rien à voir avec le SM, c’est pour faire chier tout le monde en fait (rires). Avec un nouveau thème chaque année, on veut montrer que la nuit Dèmonia n’est pas forcément une soirée « sérieuse ». Dans le milieu, il y a beaucoup de gens habillés en noir, très peu en couleurs et c’est l’occasion de montrer que c’est un monde qui peut être festif, coloré. C’est un thème qu’on avait en tête depuis un certain temps et on s’est dit « allez, cette année on le fait ».

Avant il n’y avait pas de thème, mais depuis qu’on en a mis, les gens font plus d’efforts dans le look et dans la créativité. Avec les thèmes, on a constaté d’année en année qu’il y a de plus en plus de gens qui se creusent vraiment la tête. Il y a des photographes pour immortaliser tout ça, d’ailleurs.

Est-ce qu’il y a un espace prévu pour se changer à l’intérieur ?

Oui. Mais attention, la queue est longue. Je conseille d’être déjà changé, sous un grand manteau. Mais vous verrez, il y a des tenues qui demandent vraiment à se changer sur place. Certains préparent leur tenue six mois à l’avance !

Est-ce que tu as remarqué des changements depuis que vous avez lancé l’événement ?

Ça évolue, oui. Je connais une Dominatrice qui est dans le milieu depuis très longtemps et qui n’était pas venue à la soirée depuis des années, qui m’a dit que c’était devenu plus populaire mais dans le bon sens du terme. C’est assez plaisant parce que c’est ce qu’on essaye de faire : le SM, il y a un certain temps, c’était un ghetto. Aujourd’hui, c’est toujours un peu mal vu on ne va pas se leurrer, mais par exemple, sur Facebook, il y a plein de gens qui vont indiquer qu’ils sont intéressés par la soirée alors qu’ils ne savent même pas ce que c’est. C’est quand ils voient le dress-code qu’ils réalisent (rires). Il y a de plus en plus de gens parce qu’on a bonne presse, de bons retours.

Donc oui, ça devient plus « populaire », mais c’est un mot à prendre avec des pincettes parce que d’une part, le dress-code n’est pas pour tout le monde, et d’autre part, la nuit Dèmonia reste une soirée sur le thème de la sexualité, ce qui reste tabou pour certains. C’est un petit peu plus festif qu’avant, on a plus de jeunes qui découvrent. Avant la moyenne d’âge était un peu plus élevée, mais maintenant tout ça se mélange très bien.

C’est que, quelque part, vous arrivez à diffuser votre message quand même ?

Il y a encore beaucoup de boulot, mais oui, c’est vrai. Il n’y a pas de pubs pour la boutique Dèmonia… Donc finalement, c’est sur une base de données client. De plus en plus jeune. Ce qui est intéressant avec le BDSM c’est que ça permet vraiment de développer les sens, d’avoir plus de plaisir, d’excitation. Quand on commence ces jeux-là, c’est assez rare qu’on s’arrête. Quand on commence à s’initier un peu à tout ça, on l’intègre assez rapidement à une sexualité classique. Sans forcément aller jusqu’au fouet, mais en passant par la contrainte, par exemple. Et même au niveau des sextoys, ce qui se fait aujourd’hui n’a rien à voir avec les sextoys qu’on trouvait dans le catalogue La Redoute il y a plusieurs années.

Comment tu ressens le fait que le milieu se « jeunifie » ?

C’est très bien. A 18 ans, il y a encore une découverte de la sexualité donc c’est moins nécessaire d’aller chercher dans les jeux puisque tout est déjà un petit peu nouveau. Le BDSM, ça permet de développer sa sexualité, d’aller au-delà de ce que l’on connaît déjà. Alors quand on a encore beaucoup à découvrir, ça ne sert pas à grand-chose de se tourner vers ces pratiques. Mais ça fait plaisir de voir des jeunes s’y intéresser et encore plus de voir des personnes âgées qui assument qu’ils ont encore une sexualité et qui viennent à la nuit Dèmonia. On se dit qu’on a envie d’être comme eux à leur âge. Ça fait partie du charme de la soirée que les populations soient mélangées.

Si tu remontes dans tes souvenirs depuis la création de l’événement, est-ce que tu as une anecdote marquante à raconter ?

La première nuit Dèmonia, aucun de mes amis ne voulait venir… On était que deux à oser, et à l’époque on appelait ça être courageux (rires). J’étais fournisseur pour la boutique, je vendais des t-shirts et la responsable m’a dit qu’il fallait que je vienne à la nuit Dèmonia. Je lui ai répondu que je n’avais rien pour m’habiller et elle m’a offert un pantalon. C’était un de mes plus gros clients et elle m’offrait un pantalon donc j’étais obligé d’y aller (rires). Je ne connaissais personne dans le milieu et personne ne voulait venir avec moi, à part Guillaume (responsable communication de Dèmonia).

Donc on y est allé tous les deux, on débarquait, et en plus on commençait direct par la grosse soirée – ce qui n’est pas plus mal parce que c’est vraiment spectaculaire. On va prendre un verre et puis, à côté de nous, il y avait une femme magnifique, toute habillée de latex. On était un peu en train de baver et, tout à coup, elle ouvre la bouche. Elle avait une voix d’homme (rires). Et là on s’est dit… C’est ça la nuit Dèmonia, il n’y a plus de repères, on ne sait pas ce qui peut s’y passer. C’était une super soirée et on est allé à toutes les suivantes. En général quand on en fait une, on y retourne.

Si tu devais donner trois mots pour caractériser la soirée, quels seraient-ils ?

Trois mots c’est très dur. Liberté. Respect. Et puis… Spectaculaire.

En résumé, pourquoi venir ?

Aller à la nuit Dèmonia, c’est découvrir une soirée spéciale, différente des autres. C’est se donner l’occasion de s’ouvrir à un milieu où les gens ont une grande ouverture d’esprit et un respect que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ça réconcilie avec la nature humaine, quoi. Et puis les boissons sont bonnes (rires).

Merci à l’équipe de la boutique de nous avoir si royalement accueillies et d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. 

Pour plus d’informations sur la nuit Dèmonia, c’est ici. Vous pouvez également consulter l’événement Facebook. La soirée se déroulera samedi 14 avril au FAUST à partir de 22h. 

RAPPEL – La règle minimale est d’avoir le bas de votre tenue (pantalon, jupe ou short) dans une de ces matières : Cuir (simili cuir) | Vinyle | Latex | Lycra laqué (Wetlook).

Soirée interdite aux mineurs.

Pour accéder à la boutique Dèmonia, ouverte de 11h30 à 19h30:
22 avenue Jean-Aicard,
75011 PARIS – ou sur leur site.

Lady Whip
Toute déviance est relative.

Un commentaire

  1. C’est génial de faire la promo de ce genre d’évènements. Magnifique même.
    Le BDSM, c’est basiquement l’érotisation de la violence, c’est l’expression des dynamiques patriarcales dans le domaine intime (sexuel). Des hommes dont le fantasme est de dominer des personnes qu’ils dominent déjà socialement ou de se faire dominer par celles qu’ils dominent, des femmes qui fantasment de dominer des dominants ou de se faire dominer (une fois de plus puisqu’elles sont opprimées dand tous les aspects de leur vie en tant que femmes).
    Franchement, c’est beau le féminisme, mais quand on s’en sert pour “libérer” les femmes en renforçant leurs chaînes, ça en devient absurde.
    Soyez un peu matérialistes, étudiez l’origine de cette érotisation de la violence, étudiez ses conséquences et implications (indivituelles comme sociales).

Répondre