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Planète Kinbaku : premier documentaire sur l’art d’attacher

Planète Kinbaku

Le 22 juin dernier avait lieu la projection en avant-première du documentaire Planète Kinbaku, du nom de cette pratique érotique originaire du Japon, consistant à attacher et immobiliser une personne avec des cordes de chanvre ou de jute. Entre torture, érotisme et délires artistiques, ce documentaire nous révèle comment le kinbaku noue des liens entre les êtres à travers le monde.

Ce que j’ai aimé dans Planète Kinbaku

Planète Kinbaku est un documentaire très intéressant pour découvrir cette pratique plutôt sulfureuse. On y apprend notamment qu’à l’origine, le kinbaku, plus connu en Occident sous le nom de shibari, est à l’origine une pratique utilisée en temps de guerre par les samouraïs pour immobiliser les prisonniers sur les champs de bataille et une technique de torture.  Cela fait 300 ans seulement qu’elle a été détournée en pratique amoureuse et sexuelle. C’est tout de même fou l’imagination humaine !

J’ai apprécié le fait de suivre le réalisateur Nathanaël Friloux, dans ses péripéties à travers le monde (lui-même s’étant prêté au jeu d’être attaché), afin de découvrir les différents aspects prégnants du shibari dans différents pays comme la France, le Japon, l’Espagne ou encore la Grande-Bretagne. Chaque pays y apporte finalement sa sensibilité culturelle et fait sans cesse renaître de nouvelles formes d’expression au kinbaku, avec différentes écoles d’apprentissage, comme l’Ecole des Cordes à Paris.

Planète Kinbaku

Au delà d’une pratique associée à la sexualité BDSM, j’ai découvert que le kinbaku occidental a de fortes ambitions artistiques avant tout : les personnes attachées sont appelées des “modèles”, la photographie est constamment présente pour immortaliser le souvenir d’une séance d’attache, qui se veut toujours belle et esthétique visuellement. Certaines stars se plaisent même à se montrer ficelées.

planète kinbaku - shibari

C’est un documentaire qui se vit telle une exploration, et qui nous fait voyager de découvertes en découvertes, sans jamais nous ennuyer. Nulles leçons de morale ou propagande, le réalisateur semble chercher avant tout à faire connaître la discipline au grand public et tenter d’en faire comprendre l’intérêt sensuel et intime pour les pratiquants. C’est un pari réussi !

Ce que je n’ai pas aimé dans Planète Kinbaku

Ce qui m’a principalement gêné est la partie émergée de l’univers Kinbaku qui domine tout au long du documentaire, à travers les personnages choisis et leur façon de vivre la pratique. J’ai ressenti beaucoup d’ego chez différents personnages, comme si à travers cette pratique, la seule chose qui importait était de pouvoir faire le show. Quand il s’agit de l’intime, de créer des liens avec autrui, notamment quand les corps sont impliqués, j’ai tendance à penser qu’une forme d’humilité est nécessaire. Sûrement est-elle présente dans la pratique réelle, mais je la trouve difficilement perceptible dans le documentaire.

Seuls Calamity Steph et son compagnon Alex DirtyVonP, gérant de l’Ecole des Cordes, m’ont semblé avoir un rapport au shibari que j’ai trouvé plus profond et qui m’a donné envie de les rencontrer pour en savoir plus. J’ai notamment aimé le passage de la rencontre de Calamity Steph et Naka San au Japon, dont le nom a donné naissance à un style particulier dit “Naka”.

planète kinbaku calamity steph
J’ai par ailleurs été assez frustrée de ne pas avoir plus d’explications sur le passage du kinbaku comme arme de torture à activité à une activité à caractère sexuel. Comment s’est effectuée cette transition ?

planète kinbaku

À la fin du documentaire, j’ai réalisé également que je n’adhérais pas au tournant très artistique, visuel, trendy du shibari, bien que je reconnaisse la beauté de cette activité et son caractère photogénique. Cela semble néanmoins devenir la raison principale de pratiquer les cordes pour nombre de personnes, ce à quoi je ne m’attendais pas. J’espérais sûrement avoir plus de témoignages sur l’apport que cela a sur la sexualité, sur la connaissance de soi, sur la connexion entre douleur du corps et sentiment de bien-être intérieur. En somme, la création de tendances de type “yoga-shibari” ou “danse-shibari” m’ont semblé relever d’une forme de superficialité occidentale.

planete kinbaku

Dommage également de ne pas proposer un passage sur la question du consentement et des limites d’acceptation des modèles, car si cela peut paraître évident pour des pratiquants, la question se pose nécessairement pour des spectateurs qui découvrent l’activité.

Pourquoi il faut regarder Planète Kinbaku ?

C’est l’occasion de découvrir une activité sensuelle, sexuelle et esthétique qui s’inscrit de plus en plus dans une pop culture, mais reste encore assez inconnue. Eventuellement, de découvrir un nouveau fantasme, une nouvelle passion ou juste d’ouvrir les vannes de votre imagination. Dans tous les cas, vous ajouterez une nouvelle connaissance à votre culture générale et sexuelle.

Autre très bonne raison de regarder Planète Kinbaku : sa plateforme de diffusion Spicee, un site de reportages en ligne 100% digital et indépendant, qui fonctionne par abonnement. En plus, bande de petits chanceux, j’ai un code promo pour vous : avec le code CORDE ou CORDES (à votre guise), vous avez accès à tout le contenu de Spicee gratuitement et à Planète Kinbaku pour 1 euro pendant 3 mois . Profitez-en et regardez le documentaire en cliquant ici ou sur l’image ci-dessous !

planete kinbaku spicee

 

Spécial remerciement à Emma du blog Paris Derrière, grâce à qui j’ai pu assister à la projection en avant-première en présence de l’équipe du film et découvrir une séance de shibari en live !

LadyShagass
Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C’était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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