Des jeunes femmes nues. Elles racontent leurs émois, leurs sensations ressenties lors d’une première fois avec un homme. C’est ainsi que nous entrons dans l’univers d’Arthur Vernon et Denys Maury.Invitée à l’avant-première du documentaire « Les filles d’Eve et du Serpent » j’y découvre un portrait décadent et décomplexé d’une sexualité féminine qui s’exprime sans pudeur.

Entre documentaire et télé-réalité, nous voici en train de suivre les difficultés de la vie en commun de jeunes actrices en tournée.  Entre crêpage de chignons, colères excessives, abandons et larmes, nous pénétrons en coulisses et au cœur même de la complexité de se dévoiler ainsi aux autres, au propre comme au figuré.

VIOLENCE D’UNE LIBÉRALISATION SEXUELLE 

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Le message principal prôné est la libéralisation d’une vision de la sexualité féminine dénaturée par des siècles d’étouffement. Pourtant, j’eus parfois la sensation que celle-ci se trouvait involontairement stigmatisée, une fois de plus. En effet, pourquoi des femmes qui assument leurs désirs, leur sexualité, devraient forcément le faire d’une manière si provocatrice et si indélicate ? On hurle, on s’attrape, on déchire des vêtements, on se masturbe ouvertement sur scène avec frénésie et provocation. Pourquoi ? Pourquoi tant de violence ? Arthur Vernon se définit comme un féministe pro-sexe, je me définis ainsi également, et pourtant je me sens comme violée par ma propre vision du féminisme. Quel dommage ! Cette sorte de fureur affichée est-elle là pour exprimer qu’un désir opprimé par la société ne peut ensuite qu’exploser avec violence au visage de la société ?

Alors bien sûr, je me base ici sur mon ressenti face aux extraits de la pièce présents dans le documentaire, n’ayant pas vu les représentations sur scène. La poésie y est sûrement plus prégnante, la charge émotive plus forte. Cependant, plus que l’image de la femme libre, simplement décomplexée, j’eus l’étrange sensation d’assister à une image modernisée de « la femme-sorcière ». Celle dont l’exubérance fait peur, l’hystérique, la folle. Malheureusement, ce qui est dénoncé en fond se retrouve valorisé par la forme de l’objet. Bien que le ton du documentaire se veuille léger, avec beaucoup d’humour et une voix off sarcastique qui n’est pas sans rappeler « La Voix » de Secret Story, une tension forte reste perceptible. On y voit des spectateurs choqués quitter le théâtre en plein milieu de la pièce, des actrices se démoraliser, s’engueuler et une d’entre elles, Anne-Fleur, finit par abandonner la troupe en plein milieu du festival d’Avignon, les laissant dans l’embarras le plus total.

EVE, LÈVE-TOI ET ASSUME-LE ! 

J’ai trouvé intéressant cependant d’entendre plusieurs voix étrangères à la troupe s’exprimer sur leur rapport à la sexualité féminine: Brigitte Lahaie ou encore Françoise Simpère qui nous offre un témoignage très intéressant sur la vie de polyamoureuse. Je mets également un très gros plus à la conclusion du reportage, qui permet en quelque sorte de dédramatiser tout ce qui a été montré précédemment. Une belle fin, qui indique au spectateur qu’une femme libre, qui a une sexualité dévergondée ou tout du moins n’enferme pas ses envies au nom d’une prétendue bienséance, n’est pas pour autant une bacchante marginale. Elle reste une femme en quête d’amour, qui peut avoir des envies aussi consensuelles que les autres et se complaire dans certaines normes sociétales.

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J’apprécie l’initiative d’Arthur Vernon et son envie de voir la sexualité féminine libérée des carcans d’une morale judéo-chrétienne qui pèse sur la femme depuis des siècles. Cependant, il y a quelque chose d’inévitablement très masculin dans le regard de la caméra de Denys Maury. Cela manque de subtilité, d’empathie, de finesse. Le désir féminin qui se révèle n’est pas forcément exubérant, violent, constamment dans une nudité constante revendiquée. Le fond m’a plu, car en accord avec mes propres convictions, cependant la forme du documentaire me laisse perplexe. La pièce « Rêveries d’une jeune fille amoureuse » et le documentaire sont tout de même une pierre de plus posée sur l’édifice de la libération de la sexualité féminine. Ne reste plus que les femmes s’approprient elles-mêmes ce discours, sans haine, ni violence ou exagération. Juste naturellement, car il n’y a rien de plus légitime et naturel que d’aller au devant de ses désirs et de les accepter tels qu’ils sont.

Découvrez ci-dessous la bande-annonce des filles d’Eve et du Serpent, qui sort en salles le 29 octobre et en DVD le 2 décembre :

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.