Je vous préviens, esprits prudes s’abstenir ! Le livre “Transports en commun” est un voyage dans des wagons de perversité qui ne laissent place à aucune limite morale ni tabou. Il faut avoir le cœur bien accroché, une bonne dose d’humour noir, et surtout ne pas avoir peur de plonger dans les abymes du sexe…

Je me sentis ivre du bonheur de lui appartenir, je pris goût à cette aliénation fébrile et me donnai dès lors sans limites, allant jusqu’à souhaiter être dépossédée de moi-même. Car il est des êtres qui savent vous donner une envie furieuse de les aimer et de jouir, intensément.”

Cet extrait de la première nouvelle de ce recueil est à mes yeux parfaitement représentative de l’ensemble de l’œuvre. Avec “Transports en commun”, Denise Miège et Leeloo Van Loo, les deux auteures, relèvent le défi de nous emporter dans le tourbillon de l’abandon sexuel absolu et font de la dépossession de soi un thème central de l’ouvrage. Et qu’est-ce que le sexe, sinon une offrande de soi à l’autre ?

L’image de la femme sauvage

Ce recueil écrit par des femmes est une ode à la puissance du sexe féminin. On pourrait croire en première lecture que les femmes n’y sont que des objets, humiliées et asservies. Mais non, ce sont les femmes qui ont le pouvoir dans chacun des récits. Tout d’abord, les voix qui prennent la parole sont toutes féminines, sauf dans une histoire intitulée “Le Viol” où le personnage principal est un homme. Mais cet homme n’a aucun pouvoir. Il se fait happer par des femmes, se laisse cornaquer par elles pour finir par se faire violer par elles. Glauque, je sais…

Les femmes y sont puissantes, maîtresses d’elles-mêmes, de leur désir, tout en s’abandonnant entièrement au sexe masculin. Nous sommes face au portrait de femmes qui s’assument, assument leurs désirs les plus sauvages, les plus inavouables avec la plus grande sincérité, candeur et surtout sans tabou. Plusieurs thèmes sont abordés : le désir de domination/soumission, l’extra-conjugalité, la sexualité des handicapés, l’attirance bisexuelle féminine, les hormones folles durant la grossesse, la perte de désir pour l’autre après une longue relation, le plaisir prostatique masculin… mais aussi des thèmes encore plus osés, voire dérangeants : l’inceste, le gangbang, le fantasme du gynécologue, le viol organisé. Quel que soit le thème principal d’un récit, le poumon de l’histoire est la force du désir qui s’écoute et jaillit de soi et devient parfois ingérable. Comme cette femme enceinte qui déplore que son mari n’ose plus la toucher à cause du bébé qu’elle porte et qui appelle à l’aide son amie : “J’ai une furieuse envie de me faire baiser, tu comprends ? Je veux qu’on me harponne et qu’on me lime, qu’on me défonce jusqu’à en hurler de plaisir !” C’a le mérite d’être clair…

Quand les tabous dérangent

Je dois admettre avoir à plusieurs reprises fait la grimace durant certains passages, avoir été très dérangée, voire dégoûtée par ce que je lisais… Il m’a été par moments difficile de rouvrir le bouquin. Ce qui est en fait bon signe, car cela veut dire que les éditions Tabou font bien leur travail ! En effet, les éditions Tabou aiment ce qui bouscule comme affirmé sur leur site. Créées en 2005, les éditions Tabou sont devenues une référence en matière  de sexualité, d’érotisme et de thématiques dérangeantes. Ne vous attendez pas à vous masturber frénétiquement chez Tabou, l’écriture y est engagée, volontairement troublante et politiquement incorrecte. En lisant ce livre, on est plus troublé qu’excité. Il s’agissait de ma première lecture d’un ouvrage Tabou, gagné un jour lors des Ecrits Polissons de Flore Cherry (anciennement appelés Apéros Littéraires Erotiques).  Même si certains passages m’ont dérangé, comme celui où le personnage principal se fait dévorer sexuellement (et littéralement !) ou encore la tentative de viol organisé du seul personnage principal masculin… je dois admettre que j’ai beaucoup aimé cette mise en avant du désir puissant et animal qui peut animer les femmes. Ce désir libéré de tout carcan de la société. Un désir sale et sublime à la fois. Un désir sans artifice et qui s’exprime ouvertement. Les femmes de “Transports en commun” sont des bacchantes à la conquête de leur féminité profonde : sauvage, animale, puissante, libre. Les hommes se plient à leurs désirs, se démènent pour les satisfaire, les combler. Elles se soumettent à leur organe avec délice, le réclament et l’utilisent à leur guise. Leur soumission n’a rien de rabaissant, au contraire c’est une soumission castratrice. En s’offrant sans ambages, elles (se) dominent.

En conclusion, ce n’est pas une lecture à mon goût et j’ai été parfois choquée par ce que je me retrouvais à lire. Néanmoins, il y a une qualité d’écriture indéniable. Je conseille donc le roman (et les éditions Tabou en général) à toutes celles qui aiment l’anti-conformisme, le sexe cru, et surtout les histoires profondément sombres, voire glauques.

Le site web des éditions Tabou : http://www.tabou-editions.com/

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.