L’orgasme n’est-il pas le plus beau chant humain ? Pour l’atteindre, il faut parfois savoir composer avec brio, jouer avec les mécaniques du coeur et du corps. Laissez-moi vous parler du roman Partition pour un orgasme de Julie Derussy, hymne au désir foudroyant.

“Le triangle du désir, la volonté de posséder ce que l’autre convoite”*

Elie est une jeune femme au tempérament de feu. Elle aime les plans cul, baise dès que son corps lui en dit et assume totalement sa bisexualité. Philibert est passionné de romans médiévaux, marié et amoureux de sa femme depuis toujours. Leur rencontre va perturber la symphonie de leurs vies respectives. Tout au long du roman, l’ombre dramatique et sublime de Tristan et Iseut accompagne le récit de ces deux amants. Nous sommes dans un univers hors du temps, comme l’est toujours le désir naissant. Celui qui survient par hasard, qui fouette le coeur et auquel on se soumet inévitablement. Partition pour un orgasme nous rappelle que le corps ne suit pas de règles, qu’écouter sa mélodie, c’est accepter les dissonances surprenantes de notre vie. Le désir pour une autre personne peut surgir à un coin de rue, chez la boulangère, et nous envoûter jusqu’à modifier le regard que nous portons sur notre propre vie.

“J’embaume la chatte en folie”*

Elie est la femme libre de son désir par excellence. Elle est hypersexuelle et ne veut pas se prendre la tête avec les formalités. Elle va là où ses phéromones la guident. On veut la traiter de salope ? Dans ce cas, elle assume, elle en est une et elle aime ça. J’ai aimé le personnage d’Elie, car j’aime les personnages complexes dans leur liberté. On pense au départ lire en Elie comme dans un livre ouvert, avant de réaliser au fur et à mesure que sa liberté affichée cache en partie un besoin de se protéger de l’autre. De protéger son coeur tout en s’offrant sans limite les plaisirs du corps.

“Parfois l’orgueil pèse plus que le désir”*

Parfois, le désir est si terrifiant, qu’on est tentés de le fuir. Il nous envahit corps et âme et on étouffe autant de lui qu’on en jouit. Faut-il plonger en apnée ou sortir à tout prix la tête de cette eau tourbillonnante ? La faiblesse qu’on découvre de soi peut faire reculer la personne la plus aimante du désir.

Dans Partition pour un orgasme, les prises de paroles alternent constamment d’un chapitre à l’autre du roman. D’Elie à Philibert, le lecteur se sent vraiment au coeur de cette relation naissante. C’est uniquement lorsque l’orgueil et le désir se confrontent que les voix décident de se mêler. Difficile de s’attacher à et d’attacher à soi un esprit libre. Il n’y a personne de plus control freak  qu’un esprit libre, paradoxalement. Elie s’attache contre son gré, tandis que Philibert se laisse emporter. Chacun avance à son rythme dans cette relation, mais personne ne mène la danse. Le seul chef de cet orchestre émotionnel, c’est le coeur, comme dans toute passion.

Partition pour un orgasme se lit facilement, c’est frais et coquin, cool pour une lecture d’été à se dorer la pilule sur la plage. Bémol à ma lecture, j’ai trouvé le personnage de Philibert finalement plutôt ennuyeux. Assez plat, toujours constant même lorsqu’il donne de nouvelles impulsions à sa vie. Il est caricaturé comme l’intello un peu chiant-chiant, coincé dans son univers moyennâgeux, et au final, il en devient réellement ennuyeux. Du début à la fin, j’ai eu la sensation d’être face à un personnage vide d’intérêt au final, faussement intriguant. L’aspect intéressant tout de même là-dessus, c’est qu’il s’illumine lorsque nous le voyons avec les yeux d’Elie. Le montrer de manière si banale est peut-être un moyen de souligner qu’en amour on est jamais aussi intéressants que dans le regard qu’autrui porte sur nous ? J’ai envie de croire que là se trouve la raison de l’ennui fatal qu’il m’a communiqué. Je dois admettre également être restée pas mal sur ma faim à la fin du roman. Je trouve qu’on est coupé un peu trop vite dans son élan. Vous savez, quand on a cette pensée au moment d’arrêter la lecture : “Quoiiiiii, ça se termine comme ça ?”. Mais peut-être s’agit-il de nous rappeler qu’en amour, rien n’est jamais définitif.  Je n’en dis pas plus.

Si vous souhaitez plonger dans Partition pour un orgasme, aux Editions La Musardine, vous pouvez le télécharger ici.

J’en profite pour remercier Julie Derussy pour ce Service Presse, qui m’a permis également de lire Les yeux bandés.

Vous pouvez suivre Julie Derussy sur son site : http://www.juliederussy.com/ et son compte Twitter.

*Citations extraites de Partition pour un orgasme

Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C'était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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J’ai lu une Partition pour un orgasme

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