Les hommes ont tout le temps envie de baiser et les femmes ont toujours mal au crâne ou leurs règles ? Voici encore un mythe qu’il est temps de briser, car oui cela arrive qu’une femme ait un désir sexuel plus important que son compagnon. Entre constructions culturelles intégrées et ménagement de l’ego de l’autre, cela n’est pas toujours simple à vivre pour la femme et pour  le couple. 

J’ai plus envie de sexe : ma libido est-elle folle ? 

Tout au long de mes 26 années de vie, j’ai l’impression d’avoir toujours entendu cette chanson qui dit que “les femmes ne veulent jamais faire l’amour”. Les hommes ont supposément une libido incontrôlable que leurs femmes n’arrivent à satisfaire que partiellement, quand elles veulent bien accepter de remplir leur devoir conjugal, ce qui est plus que rare. Voici l’imagerie sexuelle de couple qui prédomine assez souvent. En revanche, on n’entend difficilement – voire jamais – parler de la situation inverse ! Car oui, la situation inverse existe bien. Certaines femmes ont un désir sexuel bien supérieur à celui de leur homme. Et pas uniquement dans des “moments-type”, comme la période des règles par exemple. Ca arrive qu’une femme ait très envie de sexe, tout le temps. Sasha fait partie des femmes dans cette situation et a accepté de me faire part de son expérience de femme hypersexuée. En couple depuis 10 ans, son homme est celui qui lui a appris à faire tomber ses tabous, ses hontes, à aimer son corps et à aimer se faire plaisir. A se sentir libre sexuellement. Et dès lors… “C’est là que tout à basculé ! C’est là que le sexe est devenu une obsession. Le sexe et non la recherche d’orgasme. J’y pense tout le temps. Je fantasme, me demandant qu’est-ce que nous pourrions essayer de nouveau pour tester les réactions de mon corps et que l’orgasme soit encore plus fort, pour lui comme pour moi.” 

Couple dans un lit et désir sexuel différent

Parce que cela n’est pas conventionnel pour une femme d’avoir plus de désir sexuel que son homme, Sasha a l’impression que quelque chose ne tourne pas rond chez elle. La société n’a jamais donné une image positive des femmes demandeuses de sexe, usant de terminologies péjoratives à souhait pour les nommer, de nymphomanes à grosse salopes, difficile de ne pas se sentir demeurée si notre envie sexuelle est forte. “Je culpabilise beaucoup, me demandant comment, en ayant autant de chance d’être si bien baisée, je peux encore avoir comme ça tout le temps envie. Pourquoi je n’arrive pas à m’en détacher, pourquoi je n’arrive pas à me contenter et me satisfaire de tous les orgasmes qu’il m’offre déjà. Je m’en veux beaucoup et je ne le vis pas toujours bien. Parfois, je me sens complètement folle, bonne à enfermer. Insatiable, jamais rassasiée d’orgasme, masochiste, avec des fantasmes très hors normes… Je n’arrive pas toujours à assumer d’être comme ça. Je ne me sens pas normale et même si je vis pleinement ma sexualité sans la moindre barrière, je continue encore à me demander pourquoi je suis si demandeuse, si tordue et si perverse.”

Femme hypersexuée = homme rabaissé ?

Comme je l’indiquais dans mon article sur notre complexe des poils “A vos poils, prêts, partez”, tout ce qui relève de l’instinct animal chez la femme a toujours été quelque chose à étouffer. Une femme bestiale, cela effraie, cela inquiète la virilité de l’homme. D’ailleurs, quand on a un désir sexuel plus fort que son homme, c’est également un des aspects difficile à gérer dans le couple : le regard de l’homme. On pourrait croire qu’un homme qui a une femme qui veut toujours baiser se sent le roi du monde. La vérité, c’est qu’il peut se sentir atteint dans sa virilité s’il a la sensation de ne jamais pouvoir satisfaire assez sa partenaire.“Il se sent parfois impuissant devant tant de désir. Il ne se sent pas toujours à la hauteur. Il a peur qu’on en arrive à un stade ou il n’arriverait plus du tout à me satisfaire. Il est également parfois découragé. Au début ce n’était pas le cas, mais après 10 ans, il arrive parfois que quand je débarque dans la chambre en portes-jarretelles et corset, il ait un air découragé, dépité.” 
Non seulement, il peut avoir l’impression d’être diminué, mais aussi d’être considéré comme un simple objet sexuel, là pour répondre aux pulsions sexuelles de sa femme. Dans une société où l’homme “doit” aimer le sexe plus que sa femme, a l’image du queutard insatiable, cela peut être un choc pour l’amour-propre de celui-ci. Est-ce qu’il serait moins homme parce qu’il a moins de désir sexuel que sa femme ? “Ca fait du mal à son amour propre aussi. Parce que j’aime tellement le sexe qu’il ne sait pas si je viens à lui parce que j’ai besoin d’une bite ou si c’est de lui que j’ai envie. Je m’applique à lui montrer que je l’aime, que c’est lui que je désire, que c’est ce qu’il me fait que j’aime et que je veux, que c’est parce que c’est lui que j’ai autant envie. Mais il a toujours un doute. Il se sent parfois rabaissé, mis au rand d’objet sexuel qui doit être à ma disposition pour mon plaisir.”
Conflit de couple dans le lit et désir sexuel
Depuis toujours l’homme a l’image du chasseur,  c’est lui qui doit décider d’attaquer sa proie et non l’inverse. Alors, quand la proie devient chasseuse et le chasseur, la proie, c’est une perte de repères qui peut le bouleverser.
“Je réclame tout le temps, dès que les enfants sont au lit, je me fais belle et je suis prête pour lui. Les conséquences négatives sont les suivantes : il trouve que tout est trop facile, il n’y a pas vraiment de challenge. Je ne lui donne pas l’occasion de me séduire, de me draguer. Je ne lui laisse pas le temps d’avoir vraiment envie de moi, de ressentir un manque de moi.”

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Vivre son couple à libido variable

Une telle situation génère donc un sentiment de culpabilité chez les deux partenaires, ce qui peut donner naissance à des conflits dans le couple.  Bien sûr, cela est délicat car quand il s’agit de sexualité, cela n’apporterait rien de se forcer à être plus ou moins que ce qu’on est, à part des frustrations. Même si quand on aime, on est forcément tenté d’essayer de renier ou étouffer un peu sa nature pour essayer de retrouver une harmonie, de ne pas blesser l’autre. “J’essaie de me soigner, de passer des soirées tranquilles devant la TV. Mais même ça, je n’en suis pas capable. Mes mains se baladent sans même que je m’en rende compte. Alors je m’enferme derrière mon écran, me baladant entre Facebook et des sites BDSM, ou alors je lis, pour enfermer mes désirs dans ma bulle et ne pas le déranger, ne pas l’embêter. Mais ma bulle de désirs gonfle, ma frustration avec… la culpabilité suivant de près…” 

Couple en conflit et désir sexuel

Ce qui est compliqué, c’est que le couple est décalé dans ses attentes sexuelles, au niveau du rythme souhaité pour  explorer sa sexualité.“Il ne veut pas brûler les étapes. Il dit qu’il faut profiter de chaque nouvelle étape et attendre de commencer à s’en lasser avant de passer à l’étape suivante, alors que moi je veux courir avant même de savoir marcher.” On ne le répètera jamais assez, mais un bon début pour trouver des solutions est la communication. Discuter, faire part de ses désirs et frustrations est important. Je n’ai pas de solution miracle pour que le décalage diminue et que l’osmose sexuelle soit parfaite dans ce type de situations, mais je sais que parler dans son couple est un premier pas essentiel. Ensuite, peut-on trouver un terrain d’entente en explorant une nouvelle sexualité ensemble ? Sasha y a songé aussi et a tenté du côté d’une sexualité de type BDSM. Mais peut-être que d’autres types de sexualité peuvent être explorées également : le libertinage, le polyamour, le candaulisme peut-être ? Et d’autres encore… Et si le besoin s’en ressent, pourquoi pas consulter en couple un sexothérapeuthe éventuellement.
 “J’ai eu envie de me soumettre, de lui montrer que c’était moi qui était à sa disposition pour son plaisir. Depuis ça va un peu mieux, je ne demande plus, je me mets simplement à sa disposition pour qu’il m’utilise comme bon lui semble, à ses pieds pour son plaisir. Depuis, tout est encore plus fort et j’ai encore plus envie. “

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Le désir sexuel féminin, ce mystère inquiétant

Ce qui me marque dans le discours global de Sasha, c’est cette propension à se regarder elle-même comme une bête sauvage à mettre en cage, une impie. Elle parle de se soigner, se faire enfermer, affirme être tordue. Cela m’est arrivé moi-même d’employer ces propres termes pour parler de l’importance de mon appétit sexuel, qui m’est souvent apparu comme étant “hors norme”.  Mais pourquoi ? Nous les femmes, avons malheureusement si bien intégré  l’image que la société a renvoyé de nous. Et en disant ça, je ne pointe pas du doigt Sasha. Je parle de nous toutes qui avons peur d’assumer notre sexualité car c’est l’apanage des hommes, et de nous toutes qui l’assumons pleinement et nous sentons vulgaires, malades. Il est vrai que l’hypersexualité peut se révéler être un trouble mental, comme nous l’expliquait la sexothérapeute Nathalie Giraud dans mon article C’est quoi être hypersexuel ? Mais l’hypersexualité revête des formes particulières à ne pas confondre avec une libido très importante.  Le problème, c’est que nous avons tendance très vite à faire l’amalgame et à voir un trouble mental dans ce qui est juste une manifestation naturelle de notre désir en tant que femme. Ce dernier n’étant pas obligé de ressembler à celui que la société a créé. Au sujet du désir féminin, je vous inviter à (re)voir le très intéressant documentaire de Serge Moati “Mes questions sur le désir féminin”, qui aborde avec justesse les multiples formes qu’il revêt et dont on ose si peu parler.

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Vous avez aussi plus de désir sexuel que votre partenaire ? N’hésitez pas à laisser un commentaire.

Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C'était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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J’ai plus de désir sexuel que mon homme !

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