Laura Hurt est artiste, féministe, pro-sexe et handicapée visuelle. Elle vient de sortir un nouvel album, dont le premier titre Noémie est un hymne à la liberté sexuelle des femmes. Son regard sur le monde est différent, et à travers ses yeux d’Hartiste (Handicapée/Artiste), Laura Hurt nous emporte dans son propre monde.

Tu décris ton nouvel album Post Contemporary Music comme étant une “ode pornographique néo-féministe libertine” : qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Le néo-Féminisme, c’est un féminisme pour la femme (et pas contre l’homme) dont le coeur est la liberté. Dans l’ensemble de mon travail artistique, j’essaie de mettre la femme en avant et en particulier sa liberté de conscience et de choix. Une femme libérée des dogmes aussi bien masculins qu’historiques. Dans l’aspect pornographique de mon travail, je revendique une liberté absolue de ton, je cherche à parler des tabous, de ce qui dérange. Les morceaux Pornographie, Wolfgang et bien sur Noémie en sont l’exemple. Derrière “ode pornographique”, il y a ma volonté de sortir des dogmes et des règles.  Post Contemporary Music est un album sans concession, décalé et jusqu-au-boutiste, avec une touche libertine. Pour moi, le néo-féminisme est synonyme de s’amuser et de prendre du plaisir. Le combat est majeur, mais on ne vit qu’une fois alors changeons les choses, battons-nous pour l’égalité sexuelle et éclatons-nous !

Dans ton nouveau morceau Noémie, le refrain n’est pas banal : “Je m’appelle Noémie et j’aime la bite !” Quel message essaies-tu de faire passer ? Mon hypothèse est que toutes les nanas hétéros sont des Noémie et qu’il n’y a rien de mal à exprimer ouvertement qu’on aime la bite. C’est cela ?

Noémie est une femme qui aime la bite en effet ! J’ai utilisé ce terme car la formule me fait rire, elle est grossière et potache. Noémie est libre, elle aime toutes les sexualités, elle aime s’amuser et prendre du plaisir. Oui, au fond, toutes les nanas hétéros sont des Noémie. La plupart se le cachent, mais toutes les femmes, quelles que  soient leurs sexualités, peuvent se retrouver dans ce message. Quand on baise, on baise… alors prenons du plaisir ! Noémie dit ce qu’elle aime et ça c’est important. Cette chanson est un hymne pour une sexualité libre et fun avec une seule règle : la réciprocité de l’envie, ne jamais se forcer et faire ce qu’on aime. Comme tu le dis si bien, il n’y a rien de mal à dire qu’on aime la bite, le sexe, les femmes, le cul, les trans, les bi… Tu as tout à fait raison dans ton analyse. Toutes les femmes devraient pouvoir dire ce qu’elles aiment sans passer pour des salopes. Mais bon, on sait toi et moi  que ce n’est pas évident et risqué. Alors j’ai voulu créer une chanson qui l’exprime ouvertement et explicitement.

Ton clip Noémie, ainsi que tes précédents clips ont tous un univers visuel très particulier. Cela reflète-t-il ta manière de voir le monde du fait de ton handicap ? Ou as-tu souhaité créer ce monde visuel pour exprimer une idée en particulier ?

En effet, mon handicap visuel joue un rôle dans mes clips. Je cherche souvent à montrer le monde tel que je le vois. En général, j’aime créer des choses bizarres visuellement afin de perturber, parfois de choquer, mais avant tout d’interpeller. Le monde n’est pas lisse et je cherche à mettre en évidence les aspects absurdes, choquants et dérangeants de notre monde. Avec le clip Noémie, l’idée est de créer une rupture avec la réalité. Noémie est un fantasme, d’une part masculin (même si en vérité, peu d’hommes apprécieraient que leur femme soit aussi libre), et d’autre part un fantasme de liberté de parole. C’est pourquoi j’ai voulu créer un univers en rupture avec le réel pour faire entendre le message plus clairement.

Tu as également un projet en cours appelé oXtiern, en référence à une pièce du Marquis de Sade. Pourquoi avoir placé Sade au coeur de ton projet ? 

Je suis une spécialiste universitaire du Marquis de Sade. Il y a dix ans, j’avais mis en scène une de ses pièces de théâtre. Je veux désormais voir plus grand et concevoir un projet féministe international ayant pour base cet écrit du Marquis de Sade. Avant tout le monde, Sade a montré qu’une femme pouvait être avec une femme, un homme avec un homme et que tous les genres, tous les sexes sont à respecter. Si l’envie est là et que le consentement est mutuel, peu importe qu’on soit à deux, trois ou bien plus. Le plaisir est le guide. Je souhaite poursuivre la logique de ce texte et aller encore plus loin, mettre en avant un féminisme nouveau et un féminisme de combat.

Quelle forme prendra le projet oXtiern ?

Le thème principal est le suivant : qu’est ce qu’être libre pour une femme aujourd’hui ? Mon objectif est de créer une pièce trans-disciplinaire, un film, une exposition, un album, un livre…et de fait, de réussir à parcourir le monde avec oXtiern. Chacune de vous peut participer ! Je centraliserai toutes les idées et créations, le but étant de partager nos talents et notre volonté commune, je pense, de faire avancer la cause féministe et radicale. Je lance à peine ce projet artistique, mais trois trailers sont déjà en ligne sur Youtube.

Si vous êtes intéressés par l’album Post Contemporary Music de Laura Hurt, il est exclusivement disponible sur Bandcamp. Il est en libre écoute et téléchargeable gratuitement. Pour en savoir plus sur Laura Hurt, vous pouvez vous rendre sur son site internet.

Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C'était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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Noémie : dans les yeux d’une “Hartiste” féministe

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