Lectures culottées

S’exciter en lisant Sexe Cité

Couverture de Sexe Cité de Stella Tanagra

“A tous les médias qui nous gavent du plaisir des bites : quand vous intéresserez-vous à mon coït ?”* Cet extrait du prologue de Sexe Cité de Stella Tanagra reflète à mes yeux le coeur de l’ouvrage : un cri littéraire poétique et sensuel pour donner voix au désir féminin, le vrai, le brut !

“La libido des filles est souvent mutilée comme si le sexe était affaire d’hommes”*

Sexe Cité se compose de dix nouvelles érotiques ou dix formes de rébellion contre la mutilation du désir féminin. Si la “doctrine phallique” domine notre monde, c’est bel et bien le pouvoir du vagin qui domine dans Sexe Cité. Le corps de la femme est un volcan dont le désir est toujours prêt à jaillir anarchiquement ! Sexe Cité, c’est l’appel à la femme sauvage en nous. A cette “femme qui court avec les loups” pour reprendre le titre d’un roman de Clarissa Pinkola Estés. Sexe Cité, c’est l’éveil sensuel et débordant de notre nature animale. C’est la chair qui s’offre dans le but unique de se faire consommer sans restes.

“Ma vie ne tient pas qu’à un fil mais qu’à une érection”*

Nous sommes toujours pris par surprise lors de la lecture de chacune des nouvelles. Le style d’écriture de Stella Tanagra est imprévisible et elle sait parfaitement déjouer nos attentes de lecture. C’est sans gêne qu’elle évoque divers aspect des sexualités : libertinage, sexualité des handicapés, fantasme obsédant du viol ou encore l’envie sexuelle compulsive d’une femme enceinte . La démesure des désirs qui peuvent nous assaillir est dépeinte avec une sincérité à vous en donner le vertige.

“D’amour de l’homme en obsession du sexe, j’ébauche ma débauche”*

dessin petit chaperon rouge et loupJ’ai apprécié certains récits plus que d’autres forcément. J’ai eu beaucoup de mal avec Une plastique de rêve ou encore Arcane Amant. En revanche, j’ai adoré les récits La sexualité est ailleurs, Sommeille en eux ce qui m’éveille à moi, ou encore Le refuge. Je pense pouvoir dire sans équivoque qu’ils interpellaient plus mon propre ressenti face à mes propres luttes et désirs. On est souvent plus touché par ce qui fait écho en soi évidemment. Il y a une vraie sensibilité dans la manière dont Stella décrit le besoin (vital ?) du regard désireux de l’autre, l’obsession de se faire dévorer par le loup.

“Mes carences à caractère phallique m’ont poussé à l’addiction”*

J’ai beaucoup apprécié la mise en avant des “pulsions tyranniques” du désir sexuel chez la femme. L’affirmation de cette bestialité supposée masculine, qui n’est en fait que la vraie bestialité étouffée chez certaines femmes. Stella Tanagra dénonce avec élégance les clichés que subit la représentation de la sexualité féminine. Elle nous rappelle qu“aucune norme ne s’ajuste à l’immensité de nos instincts”*. Elle dévoile également avec justesse les paradoxes qui émanent de la femme qui se décide à assumer pleinement son désir : tiraillement entre le désir d’être objetisée sexuellement et refus constant de ce même désir / figure de femme castratrice et à la fois soumise volontaire au phallus.

Gros coup de coeur par ailleurs pour l’épilogue et le prologue de l’oeuvre dont la prose est tout à fait agréable à lire. Au final, la leçon que je retiens de Sexe Cité est cette citation à scander telle une litanie matinale : “Jouissons avant que la fin du monde ait raison de nous !”* Si vous êtes d’accord avec cette maxime, le livre est fait pour vous !

Sexe Cité est publié aux éditions IS, pour le lire à votre tour, vous pouvez l’acheter à ce lien.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’auteure Stella Tanagra, vous pouvez la découvrir sur son blog stellatanagra.com.

*Citations extraites de Sexe Cité.

Tatiana
Nietzsche et Mme Bovary sont mes parents, Don Juan est mon premier amour. C’était mal barré. Les chiennes ne font pas les chattes.

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S’exciter en lisant Sexe Cité

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