Aotearotica. Derrière ce nom étrange se cache l’unique journal érotique de Nouvelle-Zélande. Jeu de mots entre Aotearoa (nom officiel de la Nouvelle-Zélande en langue maorie) et erotica, ce journal entend bien bousculer les mentalités. Le travail d’auteur(e)s et artistes en provenance du monde entier est sélectionné et regroupé dans ce journal, pour célébrer la sexualité sous toutes ses formes. Interview de la créatrice Laura Borrowdale.

Comment t’es venue l’idée d’un journal érotique collaboratif ? 

J’écrivais sur le sexe et me suis rendue compte que je n’avais nul endroit où publier. Ce que j’écrivais était trop littéraire pour internet et trop explicite pour les journaux littéraires. Je me suis dit que d’autres personnes devaient être dans la même situation, alors j’ai décidé de résoudre cela en créant mon propre espace de publication.

Comment sélectionnes-tu les œuvres artistiques et les textes publiés dans le journal ?

Je choisis ce que j’aime. Il n’y a pas vraiment de règles, mais ce que je vais retenir est ce qui m’excite, intellectuellement ou physiquement. C’est important pour moi qu’il y ait un équilibre entre les expériences homosexuelles et hétérosexuelles. Je veux que la communauté LGBTQ soit représentée, qu’il y ait un bon mélange entre l’art, les récits et la poésie. Je pense que combiner tout cela permet une expérience agréable, qui donne envie de partager !

dessin érotique aotearotica

Tu reçois des contributions en provenance du monde entier. Remarques-tu des différences culturelles dans l’approche du sexe ?

Un ami m’a fait la remarque que tous les écrits des Kiwis (NDLR : C’est le surnom donné aux habitants de la Nouvelle-Zélande) semblent mettre en scène la plage et l’océan. J’imagine que cela n’est pas surprenant pour une minuscule île-nation comme la Nouvelle-Zélande. Je pense que les écrits que je reçois des Néo-Zélandais sont beaucoup moins explicites que les écrits et illustrations venant de l’étranger. Je pense que dans notre culture nous ne parlons pas assez de sexe, et c’est peut-être cela qui se reflète. Les travaux les plus passionnants viennent de l’Espagne et de l’Amérique du Sud. C’est vraiment quelque chose les cultures latines !

A propos des Kiwis, comment décrirais-tu plus précisément leur rapport à la sexualité ? Qu’aimerais-tu qu’Aotearotica change à ce propos ?

Je pense que les Kiwis sont réticents et manquent de confiance pour aborder le sexe et la sexualité ouvertement. Je veux dire par là que beaucoup d’entre eux ne sont pas vraiment à l’aise avec leur propre sexualité. Une des raisons pour lesquelles j’ai commencé Aotearotica est que je trouve cela très important d’en parler. C’est un moyen de lutter contre la culture du viol dans laquelle nous pouvons tomber involontairement. J’étais vraiment contente d’être invitée pour un podcast de Radio New Zealand appelé Bang!, sur le sexe et la sexualité en Nouvelle-Zélande. Cela a fait un petit buzz, car nous ne sommes pas habitués à cela.

Quand je vivais à Wellington l’année dernière, j’ai pu assister au spectacle Naked Girls Reading. C’était incroyable ! Des femmes à poil qui lisent des textes érotiques et féministes sur scène, un Drag King comme maître de cérémonie… je doute que cela puisse se jouer en France. Penses-tu que ce genre de spectacle montre un dépassement des barrières sexuelles dans la société néo-zélandaise ?

Je trouve cela marrant que les Kiwis renvoient une image de personnes timides sexuellement, car ils ont aussi ce côté très ouverts et tolérants. Je pense que les Néo-Zélandais sont majoritairement contents de découvrir des personnes telles qu’elles sont.

Portrait de Laura Borrowdale
Portrait de Laura Borrowdale

Aotearotica est un journal papier payant, qui expose des œuvres esthétiques et sophistiquées. Est-ce une façon de lutter contre la domination du porno gratuit en ligne, sur le fond comme la forme ?

Absolument. C’est pourquoi il n’existe qu’en version imprimée. Je ne voulais pas être mise dans le même sac que la pornographie bas-de-gamme qu’on peut trouver sur Internet. Je voulais faire quelque chose qu’on puisse laisser fièrement sur la table. J’ai des enfants et je veux qu’ils deviennent des adultes qui ont une sexualité qui leur plaît, et non pas une sexualité qu’ils s’imaginent devoir avoir parce qu’ils l’ont vu dans les films pornos. Je voulais qu’Aotearotica montre un modèle différent de sexualité, qui soit sain et inclusif, qui montre les émotions des personnes durant le sexe et pas seulement les parties de leur corps. Je voulais offrir une alternative qui reste sexy.

Plusieurs personnes me font part de leurs difficultés à assumer leur sexualité. Tu tentes de mettre en avant autant de sexualités, de genres, de mixités différentes que possible. Penses-tu que l’érotisme peut aider les personnes à embrasser leur être et leurs désirs ?

Je pense que l’érotisme peut aider à normaliser les sexualités des personnes. Une fois qu’elles voient que d’autres personnes leur ressemblent, ou que ce qu’elles font fait simplement partie du spectre de la sexualité, cela devient plus facile à accepter. Si on trouve une communauté, cela offre du soutien, et j’espère qu’Aotearotica permet cela aussi.

Quand tu imagines des personnes avec Aotearotica entre les mains, qu’aimerais-tu qu’ils fassent en premier : réfléchir ou se masturber ?

J’espère qu’ils font les deux en même temps ! Je pense que le cerveau est autant un organe sexuel qu’une autre partie du corps. J’espère qu’ils ne lisent pas seulement Aotearotica dans leur coin, mais qu’ils peuvent aussi le lire avec leur partenaire, explorer, discuter et l’apprécier ensemble.

Vous souhaitez vous procurer Aotearotica ?
Laura Borrowdale offre trois exemplaires aux lecteurs de Desculottées, où que vous soyez dans le monde !
Pour tenter d’être tiré au sort, il suffit d’inscrire votre email à ce lien.
Valable jusqu’au 30 août.

Découvrez également l’univers Aotearotica sur le site web, ainsi que sur Instagram et Facebook !

Interview traduite de l’anglais. Lire la version anglaise ici.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.