BD écrite et illustrée par Marie Spénale, librement inspirée de l’œuvre de Johanna Spyri. Oui, nous parlons bien de Heidi, la petite fille des montagnes. Or, il se trouve qu’elle a bien grandi. C’est à travers un rapide voyage initiatique vers les délices des découvertes adolescentes, teinté de la symbolique de la perte d’innocence, que nous entraîne Marie Spénale dans Heidi au printemps. Le trait est ingénu, le sujet beaucoup moins.

De l’ennui à l’expérimentation

Il faut bien l’avouer : courir dans les prés parmi les chèvres, avec la Bible pour toute lecture, ça va deux secondes. Surtout quand l’amie Clara, qui a bien grandi elle aussi, s’amuse comme une folle dans la ville à danser au bal toute la nuit. À y regarder de plus près, Peter le berger n’est pas mal foutu non plus ! C’est donc l’histoire d’Heidi qui, abreuvée de lait et d’ennui, part à la découverte de son corps… et de celui des autres.

heidi au printemps

Heidi au printemps m’a replongée dans mes questionnements et mes découvertes adolescentes. Un corps en plein changement, une sensation inconnue au creux des reins, et un intérêt soudain pour le sexe opposé (dans mon cas en tout cas). Je me souviens de ces longues heures devant la glace, à redécouvrir ce corps qui a pris des formes et qui semble me procurer de toutes nouvelles émotions. J’étais tout d’un coup émoustillée par des scènes de film. Je gardais des photos de magazines que j’entourais d’un cœur au feutre rouge. Je fantasmais en secret. Un peu comme Heidi qui reçoit une Bible illustrée de son grand-père, dont elle fait un usage bien peu catholique (qui n’a pas rêvé de mettre une bonne fessée à Jésus lié sur sa croix ?).

On redécouvre dans ces pages ce moment à la fois innocent et maladroit, le soupçon de honte qui nous traverse quand on se touche pour la première fois, vite remplacé par les délices de cette toute nouvelle expérience. Je me souviens de ma main qui, comme celle d’Heidi, a instinctivement trouvé le bon endroit, le bon geste. La nature est bien faite. Le cerveau par contre, et les a priori sociaux, peuvent nous jouer des tours…

L’angoisse et l’acceptation de grandir

Je sortais alors avec mon tout premier copain, et je me souviendrai toujours du regard et de cette phrase de ma mère, assise sur mon lit : il ne faut pas que tu ais peur de grandir. Simple, bref, tranchant. Pour être honnête, je ne m’attendais vraiment pas à ça. Tout comme le grand-père d’Heidi, ma mère a toujours été très présente et protectrice. Et tout comme Heidi, j’imaginais ma mère comme ce cauchemar castrateur qui ne me laisserait jamais partir du cocon. Peut-être qu’en fait, à la réflexion, c’est ce que j’espérais, paradoxalement. Grandir, et survivre à une avalanche de premières fois, ça peut être angoissant. Surtout que pour le coup, bien au contraire d’Heidi, je n’étais pas du genre entreprenant. Si vous voyez ce que je veux dire.

Alors quand dans Heidi au printemps, la blanche chevrette Blanchette se fait dévorer par l’ours noir, on a tous compris que l’innocence a été mise au bûcher. Pourtant, point de tristesse, point de regrets : Heidi prend sa vie en main et va toujours plus de l’avant. Je trouve que c’est un beau message, important, le même que celui de ma mère il y a des années. Il ne faut pas avoir peur de grandir. Chacun à son rythme, chacun selon ses propres goûts et modalités. Et puis peut-être que ce ne sera pas bien. La première fois c’est souvent raté. Mais c’est pas grave : on ne prend pas tout à fait les mêmes, et on recommence.

Heidi au printemps est disponible aux éditions Delcourt, sur Amazon, et probablement dans les très bonnes librairies. Le dessin peut sembler enfantin, mais ne vous y méprenez pas : le contenu est bien explicite. Bonne lecture !

Heidi au printemps

Un doigt de sarcasme, une pincée d'humour, et surtout, beaucoup de cul(ot). Vous l'aurez deviné, mon créneau ce n'est pas la cuisine.