Cinéma

Fifty Shades of Grey : l’échec de démocratiser le BDSM

femme portant des menottes

[ALERT SPOILER] Depuis le 7 février, le troisième volet de la saga d’E.L James, Fifty Shades of Grey est proposé dans toutes les salles de cinéma de France. Intitulé Fifty Shades Freed, le film relate la suite et la fin des aventures d’Anastasia Steele et de Christian Grey.

Fifty Shades : Retour sur un succès mondial

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance d’avoir lu les romans dont les films sont tirés, ni de visionner ces derniers, voici le topo : Christian Grey, un jeune et richissime beau gosse tombe éperdument amoureux de son assistante, vierge et fraîchement sortie de sa campagne. Le coup de foudre est réciproque et tout roule, sauf que monsieur a un gout prononcé pour les pratiques « BDSM », amenant alors son lot de folies et de complications dans leur couple. Finalement, rien de très croustillant puisque, fidèle à la tradition américaine, l’opus se conclut par un mariage et deux marmots.

Loin de nous l’idée de vouloir vous dégoûter du film, ou d’en faire une critique amère. Fifty Shades Freed est un bon film du dimanche soir, très bien réalisé et avec une bande-originale toujours aussi agréable. Cette saga a connu un énorme succès pour avoir surfé sur la vague des romans érotiques pour adolescents et s’est toujours revendiquée comme proposant les premiers longs métrages BDSM pour grand public.

Fifty Shades ou le faux fantasme BDSM

C’est là où le bât blesse, car si les romans laissaient toute place à notre imagination, les films quant à eux, nous ont indigné : Fifty Shades n’est pas un film SM, c’est un film machiste, qui met en scène un beau mec certes, mais qui interdit à sa chérie de vivre sous couvert d’être un dominant et elle sa soumise.

Le film est une série d’événements misogynes qui nous ont fait mal au cœur et au corps. Les hostilités débutent au début du film lorsqu’Anastasia va boire deux Martini avec sa copine alors que « Mister » le lui avait interdit. Pour se venger, il l’ignore pendant 24 heures et la punit dans sa salle de jeux coquins. Vous me direz, cela se passe ainsi dans certaines relations BDSM, la domination se traduit aussi bien dans la vraie vie que dans la salle à coucher. Le souci du film c’est que Christian s’avère être aussi un dominant de bac à sable et se contente de mordiller le téton de sa belle avant de la pénétrer. Idem dans TOUTES les scènes du film. Nous sommes donc partagées entre indignation et envie de rire tellement tout ceci est ridicule.

fifty sades frees
Extrait du film Fifty Shades Freed

S’en suit une série d’événements de la même verve avec une première interdiction de conduire, de choisir ses collègues de travail et d’être surveillée par des gardes du corps. Bien que certains pourraient considérer que cela rentre encore dans les codes des pratiques BDSM, il semble tout de même que les interdictions de Christian entravent totalement la liberté de sa femme, quitte à ressembler à un bourreau ou à un intégriste. Les auteurs et réalisateurs ont mélangé tous les codes, n’ont pas mis en valeur le fait que le BDSM est avant tout une pratique respectueuse, où le partage, la communication et le consentements sont rois.

Ce film n’est absolument pas une ode ou une démocratisation des rites SM. Il est même dangereux de l’y assimiler puisqu’il brouille complétement les messages de ces pratiques. Le BDSM est plus animal mais aussi plus respectueux. Il n’y a pas de rapports de force malsains extérieurs au sexe qui rentrent en jeu pendant l’acte. Bref, si le BDSM devait ressembler à ce qu’il se passe dans Fifty Shades, ce serait bien ennuyeux !

Si vous souhaitez avoir un aperçu de ce qu’est une relation BDSM dans le réel, faites un tour sur cette interview sexy d’un dominant  et celle de sa soumise.

Juliette
Je suis wedding planner le jour et vous parle de sexe la nuit. Les relations humaines me fascinent autant que la peinture et la philosophie, Juliette pour vous servir !

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Fifty Shades of Grey : l’échec de démocratiser le BDSM

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