J’aime l’aventure, les rencontres, les expériences. L’année dernière, j’ai décidé de partir pour un an en Australie, sans aucun plan professionnel, et sans connaître personne. Je me suis vite rendu compte qu’on m’avait vendu du rêve, et que le pays n’était pas l’Eldorado escompté. Face à l’impossibilité de trouver un travail qualifié, je décide d’aller naviguer pour passer le temps. Après quelques régates, je sympathise de plus en plus avec le skipper, et de fil en aiguille voilà-t’y pas que je me retrouve à faire “la porte” à des soirées polyamoureuses.

Soirées polyamoureuses : tout est parti d’une discussion

Au fil de la discussion avec le skipper, je découvre que psychologue/hypnotiseur de jour, il organise des événements polyamoureux de nuit, pour répondre à un besoin peu abordé et très stigmatisé à Melbourne. Il a même créé une application de rencontre spécialement dédiée à la communauté polyamoureuse, Polyfinda, pour pallier aux déceptions vécues par la communauté sur les sites de rencontre classiques. J’étais absolument novice sur le sujet du polyamour et il fallait tout m’expliquer. Alors au lieu de partir dans de longs débats, il m’a proposé de faire d’une pierre deux coups : pourquoi ne pas venir faire “la porte” à ses soirées polyamoureuses ? Ça me permettrait de gagner un peu d’argent et de découvrir cet univers et ses problématiques en même temps.

Pour un australien, une française s‘y connaît forcément

française

La première chose qui m’a surpris, c’est l’aisance qu’il a eu à aborder le sujet “parce que j’étais française” et que “ça ferait bien d’avoir une française à la porte, ce sera dans le “thème”. Le pauvre est tombé des nues quand je lui ai annoncé que, malgré ma nationalité, je n’avais pas, ou peu, entendu parler de la situation polyamoureuse avant. C’est donc toujours l’image que nous avons à l’étranger : les français s’y connaissent en sexe, sont libertins, et tolérants sur toutes les pratiques. Alors que de mon point de vue, j’ai constaté beaucoup plus de tolérance et d’acceptation sans stigmatisation de l’univers LGBTQ+ en Nouvelle-Zélande. Preuve de leur ouverture d’esprit avec l’existence de projets comme Aotearotica ou Naked Girls Reading par exemple. J’ai remarqué bien plus tard qu’une fois sorti de mon petit quartier hipster/bobo de la banlieue nord, les mentalités en Australie restaient plutôt à tendance conservatrice, avec pour seul modèle viable la monogamie hétérosexuelle.

Des soirées qui brisent les clichés

soirées polyamoureuses

Je n’étais pas du tout sûre de ce que j’allais découvrir à ces soirées polyamoureuses, et pour être tout à fait honnête, je me méfiais beaucoup. Je m’attendais plus ou moins, et j’ai presque honte de le dire maintenant, à une partouze géante. Le premier soir, je prenais les entrées en bas d’un escalier, la soirée se déroulant au premier étage du bar qui avait été privatisé pour plus d’intimité. L’organisateur avait proposé de m’offrir un verre une fois que tout le monde serait rentré, pour que je puisse aussi profiter un peu de l’ambiance. J’ai donc vu défiler des personnes de tous âges, tous milieux, toutes nationalités. Célibataires hommes ou femmes, en couple hétéro ou homo, en trouple. Il y avait un nombre de place limité pour chacune de ces catégories, avec une limitation très stricte pour les hommes célibataires. L’organisateur m’a expliqué avoir eu des problèmes par le passé avec des jeunes hommes qui pensaient que les soirées polyamoureuses signifiaient open bar baise. ll avait donc trouvé ce système pour limiter la surpopulation mâle et garder un esprit ouvert d’échange et de rencontre. L’aspect rencontre amoureuse  devait rester secondaire, comme un bonus agréable, pour que tout le monde se sente en sécurité et à l’aise. Il voulait casser le stéréotype selon lequel être polyamoureux reviendrait forcément à avoir des mœurs légères.

Mot-clé de ces soirées polyamoureuses : la bienveillance

Dans tout ça, je ne savais toujours pas à quoi m’attendre en montant ces fameuses marches. Mais comme disaient mes amis fauchés, “if it’s free, it’s for me!”, je n’allais pas refuser un verre gratuit. J’ai donc pénétré dans l’antre si redoutée et ce que j’ai vu n’aurait même pas dû me surprendre : une soirée tout à fait sympathique et civilisée. Ambiance cosy de boudoir, rouge et molletonnée, “parce que ça fait français” selon l’organisateur (décidément, les clichés français ont la vie dure). On m’a beaucoup demandé depuis combien de temps j’étais polyamoureuse, pour casser la glace. Même si je répondais toujours que je me considérais plutôt comme monogame et que j’étais juste là pour “la porte”, je n’ai été confrontée à aucun jugement, ni aucune remarque désobligeante. Pas de tentative de me “convertir” non plus. J’ai demandé à chacun ce qu’il entendait par “polyamoureux” et les réponses ont été aussi variées que les participants : en couple libre, swingueurs, avec un partenaire principal et différents secondaires, en trouple… la liste est encore longue.

bienveillance aux soirées polyamoureuses

J’étais donc parmi des adultes respectueux, avertis et à l’aise vis-à-vis de leur sexualité. Le but était de se réunir sans être jugé et de pouvoir discuter de problématiques propres au polyamour : interactions avec différents partenaires, comment faire des rencontres poly-acceptantes, passage d’un genre à l’autre, gestion de la jalousie, etc. J’ai passé une excellente soirée, appris plein de choses, et mes préjugés se sont pris une belle droite en pleine poire. Ça m’a aussi permis de remettre en question mon propre rapport à la jalousie et aux relations exclusives. Une réussite !

Et c’est bien la première fois qu’on ne m’a pas fait la fameuse blague du “voulez-vous coucher avec moi ce soir” que se prennent systématiquement les français en soirée anglophone. Comme quoi.

Un doigt de sarcasme, une pincée d'humour, et surtout, beaucoup de cul(ot). Vous l'aurez deviné, mon créneau ce n'est pas la cuisine.