Lectures culottées

Projet Berlingot : concentré érotique fluide

Photo Berlingot

Un petit berlingot, c’est quelque chose qui met en bouche, que l’on suce et dont on se délecte lentement. Un peu comme le livre d’art Berlingot, concentré érotique fluide qui rassemble poèmes, textes, photos et suggestions musicales, en français et en anglais. Un ouvrage qui enjoint à prendre son temps, autours de thèmes plus sensuels les uns que les autres.

Un projet collectif autour de la sexualité 

Marie Savage Slit évolue dans le milieu artistique et érotique depuis 2015, à travers ses illustrations et performances. Graphiste de formation, elle a créé en 2016 le projet éditorial Berlingot / Concentré érotique fluide qui met en lumière le travail d’artistes explorant le large spectre des sexualités et du genre. Intimement convaincue du pouvoir de l’image et de l’art, l’objet a été conçu pour décloisonner et permettre la réflexion et l’évolution de nos regards sur le corps.

Berlingot_Presentation from B E R L I N G O T on Vimeo.

Rien qu’en feuilletant ce bel ouvrage d’art, on apprécie déjà la variété des formats et des artistes. Je ne suis pas particulièrement sensible aux références musicales, mais je peux témoigner que des personnes à qui j’ai laissé feuilleter Berlingot se sont empressées d’écouter les morceaux suggérés. En lisant, on se rend compte de toutes les énergies qui ont participées à l’avènement de cet ouvrage. Car ce projet qui a vu le jour grâce entre autres au crowdfunding, est bien le bébé le nombreux contributeurs. J’ai demandé à Marie Savage Slit ce qui l’avait motivée pour se lancer dans ce projet : “Au départ ce sont mes illustrations érotiques, puis l’envie de montrer des images érotiques et de créer une exposition collective autour du thème de la sexualité. Nous avions monté un petit groupe d’artistes pour une exposition, mais la recherche d’un lieu adéquat à Toulouse et assez grand a été compliquée. L’été est passé et mon envie d’aller plus loin qu’une expo a fait son chemin. Etant graphiste, l’envie de créer un objet imprimé a rapidement été présente, et ce qui au départ devait être un fanzine fait maison a vite évolué vers l’envie d’un bel objet qui mette en valeur les réalisations des artistes qui avaient répondu et soutenu mon initiative. Toutes les énergies motivées autours de ce projet m’ont porté pour aller au bout et pouvoir financer l’impression. J’y ai passé énormément de temps pendant des mois et il y a eu un réel soutien et engouement autour de Berlingot, ce qui m’a boosté et convaincu de la pertinence de cet objet imprimé.”

gauthier genet berlingot
Photo by Gauthier Genet, Berlingot

Berlingot au delà de nos frontières

Pratiquement tous les textes de l’ouvrage ont été traduits en français et en anglais. L’une des raisons pour laquelle Lady Shagass m’a confié la revue de Berlingot, c’est qu’en tant que traductrice, ce bilinguisme risquait fort de titiller ma curiosité. J’ai demandé à Marie Savage Slit le pourquoi du comment de ce choix : “Étant donné que le choix des artistes est international, il m’a semblé cohérent de produire un ouvrage qui soit traduit en anglais afin d’ouvrir le projet à d’autres pays. Cela permet de faire voyager le projet et en effet il y a une belle part du lectorat qui ne vit pas en France. Berlingot a ainsi pu être exporté et l’idée de voir cet objet intime franchir les frontières et se confronter à d’autres cultures est motivante. Aussi, le crowdfunding qui a permis de financer l’impression a été hébergé sur We Make It, qui est basé en Suisse, donc la version bilingue était nécessaire. Il n’y a que le texte qui cite des paroles de Serge Gainsbourg qui n’a pas été traduit, et je ne me voyais pas traduire du Gainsbourg, cela n’avait pas de sens, c’est la petite touche  frenchie ;)”

Bien que je respecte les choix de Marie Savage Slit, j’aurais quand même apprécié que soit clairement indiquée la langue du texte d’origine, afin de savoir si je suis en train de lire l’oeuvre, ou la traduction (bon même si c’était assez évident). Ces paroles sont peut-être dictées par ma conscience professionnelle, mais c’est aussi une preuve d’honnêteté pour son lecteur qui me semble indispensable. Traducteur c’est aussi un art et un vrai métier, peut-être serait-il intéressant de faire appel à un professionnel pour les prochains ouvrages pour éviter les erreurs lexicales et lourdeurs grammaticales ? Je pense que l’ouvrage ne pourra qu’y gagner en qualité – et les lecteurs en saveur.

Un projet qui souhaite décloisonner les genres et les sexualités

Les oeuvres, quant à elles, sont réparties suivant différentes catégories, Anatomie – Animal – Bota/nique – Energie – Fétiche – Genderfuck – Rectum Versum  – Up&Down – Cordes – Playlist, qui ne m’ont pas toujours parues pertinentes quant à leur contenu. J’ai donc posé la question à Marie Savage Slit, qui m’a expliqué que “Le rubriquage a été conçu afin d’avoir une structure organique et fluide qui puisse à la fois ‘organiser’ les travaux artistiques, et à la fois être perméable et que des passerelles et des liens soient sous-jacents. Le coeur du projet est justement de ne pas cloisonner les genres et les sexualités, donc cette répartition en rubriques est à voir plutôt comme des portes d’entrées qui laissent le regard choisir celle(s) qui parle le plus au lecteur.”

Berlingot
Photo de Denis Lucas, Berlingot.

Mon esprit pragmatique était déjà convaincu par cette explicite volonté de décloisonner les genres à laquelle j’adhère pleinement, mais Marie a continué : “Le fait que ce soit avant tout un ouvrage artistique est justement aussi une porte d’entrée pour entamer une réflexion sur le sujet de la sexualité et de l’intimité. Chaque rubrique comprend au début une liste non exhaustive de mots qui peuvent être à l’intérieur. Leur ordre en revanche est fixe et on progresse avec une logique d’exploration (Anatomie en premier par exemple). Pour les numéros suivants, ces rubriques sont envisagées comme organiques, c’est à dire qu’il n’y a pas de nombre de pages mini ou maxi.”

Sur le choix des artistes, Marie Savage Slit enchaîne : “Au tout départ du projet il y a l’idée de monter une exposition collective, donc j’avais contacté des artistes qui étaient prêt.e.s à me suivre dans cette aventure. L’idée a ensuite évolué vers un objet imprimé, donc j’ai gardé la première sélection d’artistes qui m’avaient donné leur soutien, puis j’ai choisi au coup de coeur et au gré des rencontres les autres participant.e.s. J’avais contacté beaucoup de monde en pensant que peu répondraient positivement, et je me suis retrouvé avec quasiment que des réponses motivées, il a donc fallu sélectionner aussi dans un but de cohérence esthétique et avoir une diversité pertinente. Etant donné que c’était le premier numéro, il était important pour moi que la sélection finale soit proche de mon intimité et de la genèse de Berlingot. Bien sûr une attention particulière a été portée sur le fait de ne pas montrer des rôles stéréotypés, des images normées. Le numéro 2 qui sortira bientôt aura une autre saveur, et la sélection est très différente et complémentaire.”

Berlingot
Photo de Laurent Benaim, Berlingot

Je ne sais pas vous, mais personnellement je retiens qu’il y aura d’autres numéros. Plus que ça même, le projet Berlingot est un projet total ! Marie Savage Slit nous explique : “Ensuite il était important qu’un pont entre l’objet papier et le réel soit fait, donc les soirées et workshops organisés sont une part entière du projet. Ce qui est intéressant c’est de se confronter à l’image et aux mots, mais ensuite d’explorer et vivre des situations érotiques qui impliquent le corps en entier.” Une petite virée à Toulouse, ça vous tente ?

Retrouvez tous les workshops de Marie Savage Slit sur son site, où vous pourrez également vous procurer le premier tome de Berlingot, concentré érotique fluide, pour 20€ : http://cargocollective.com/berlingot

Carole
Un doigt de sarcasme, une pincée d’humour, et surtout, beaucoup de cul(ot). Vous l’aurez deviné, mon créneau ce n’est pas la cuisine.

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Projet Berlingot : concentré érotique fluide

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