Pas plus tard que tout de suite, je suis tombée sur une interview de la super youtubeuse archéologie Charlie Danger qui parlait du fait qu’elle avait souffert de la démonétisation de certaines de ses vidéos, notamment une portant sur le sujet des règles à travers l’histoire. Déjà, je vous conseille fortement de la regarder (ci-dessous), et d’autre part je m’en suis retournée sur mon siège de toilettes (oui, je regarde des interviews aux toilettes) : comment est-ce encore possible que des vidéos tout à fait légitimes soient démonétisées juste parce qu’elles parlent… de règles ?

Les règles (trololol) de monétisation de YouTube

Alors oui, il est vrai, YouTube a eu une année 2017 difficile avec des annonceurs pas très ravis de voir leurs produits mis en avant sur des vidéos faisant l’apologie du terrorisme, tenant des propos pédophiles, ou montrant des cadavres… Et ça peut se comprendre.

Pour rappel, les youtubeurs sont en grande partie payés par les petits spots publicitaires chiants que l’on doit se taper avant une vidéo, ou pire, qui entre-coupent le programme. En même temps, c’est du contenu gratuit, qui demande souvent beaucoup de travail, alors de mon point de vue, rien de plus normal que de les voir être rémunérés d’une façon ou d’une autre.

Mais du coup, pour parer aux contenus abusifs, et ce depuis le début de l’année, YouTube a durci les règles de monétisation. Deux conditions à présent à la monétisation d’une vidéo : cumuler au moins 1000 abonnés et totaliser plus de 4000 heures de visionnage sur les douze derniers mois. Si encore ça s’arrêtait là, pourquoi pas. Mais YouTube a également décidé de procéder à une petite censure en règle de certains sujets. Parmi eux, je vous le donne en mille, les règles, et autres contenus éducatifs sur l’appareil reproducteur et le plaisir féminins. Ainsi, la vidéo sur le clitoris de l’excellent Julien Méniel qui tient une chaîne santé appelée Dans ton corps (que je vous recommande itou de visionner : https://www.youtube.com/watch?v=1wWxxyQRjzk) a également été démonétisée – alors que sa vidéo parlant de pénis, bizarrement, ça passe – c’est même rangé dans la catégorie “Tendances” (soupir).

#MonCorpsSurYouTube pour dénoncer les débordements (trololol bis)

Face à la multiplication des exemples du genre, les Internettes (https://www.lesinternettes.com/), association de valorisation des contenus vidéos créés par des femmes, lance le hashtag #MonCorpsSurYouTube. Le constat est accablant : d’après Marie Camier Théron, cofondatrice et trésorière des Internettes, les vidéos évoquant le corps ou la sexualité des femmes seraient « systématiquement démonétisées ». Ainsi la vidéo de Cali, de la chaîne d’information curieuse et de qualité Calidoscope – Les Topovaures, sur l’avortement dans le monde (https://www.youtube.com/channel/UCToaRM06haIUw4uxvaGQCnA/about) a été réservée aux plus de 18 ans et, je vous le donne en mille, démonétisée.

Alors oui, les conditions de monétisations précisent que ne seront pas monétisées les vidéos à contenu sexuel, présentant de la nudité, ou faisant la démonstration de sextoys (et là, c’est encore une fois discutable à mon avis), mais on parle ici de vidéos parlant d’histoire ou d’éducation sexuelle féminine ! La journaliste Marine Perrin va même jusqu’à dire que YouTube “ne censure pas seulement le corps des femmes, mais TOUT ce qui concerne LEURS DROITS.” (https://twitter.com/MarinePerin/status/999974680890150912)

Le fin mot de l’histoire, c’est que Charlie Danger a quand même défendu bec et ongles son bout de gras sur Twitter (et elle a bien raison, le thread pour les curieux : https://twitter.com/revuesdumonde/status/999331678563766278) et la vidéo a fini par être re-monétisée après trois jours. C’est bien mais quand on sait que la plupart des vues se font sur les trois premiers jours, c’est rageant pour elle.

On vous le dit nous YouTube : la cup est pleine !

Un doigt de sarcasme, une pincée d'humour, et surtout, beaucoup de cul(ot). Vous l'aurez deviné, mon créneau ce n'est pas la cuisine.