Le livre Restons Fermes nous plonge dans le journal intime, mais scientifiquement documenté, d’un homme qui découvre puis surpasse des dysfonctionnements érectiles.

Avec son nouveau livre (co-rédigé avec Pascale Orfevre-Parachini), le Docteur Sylvain Mimoun nous fait prendre conscience du lien indissociable entre deux aspects de notre sexualité : le désir (qui relève du psychologique et du cérébral) et l’excitation (qui est physiologique et la conséquence corporelle habituelle du désir). A travers l’histoire de Marc, héros fictif mais inspiré de multitudes de témoignages bien réels, nous découvrons comment la sexualité d’un homme – et des personnes qui la partagent avec lui – est contrariée lorsque l’un de ces deux éléments vient à manquer et comment il va réussir à y remédier.

A la découverte d’un nouveau monde

Le héros de cette histoire s’appelle Marc et comme moi je m’appelle Sophie, j’ai tout de suite su que tout se terminerait bien ! Heureusement, Marc n’a rien à voir avec le brun un peu cruche de la série télé des années 80 : il a l’intelligence des personnes qui ont vécu des épreuves, seul et avec les autres, mais surtout… il a des problèmes d’érection.

Suite à une séparation douloureuse, Marc a pris des antidépresseurs (sur les recommandations de son médecin) et mangé comme une adolescente en perdition (gras et sucré) jusqu’au diabète, sans imaginer l’impact à long terme de ce cocktail.

Je pensais, avant la lecture de Restons Fermes, que les « pannes » se limitaient à des accidents ponctuels liés à une consommation excessive d’alcool, ou plus rarement à une problématique psychologique (stress, culpabilité, confusion autour de la préférence sexuelle). A travers un récit romancé et donc très facile à lire, j’ai découvert beaucoup sur ce sujet totalement absent du débat public :

– les érections dépendent d’un système cardio-vasculaire sain et fonctionnel, plus précisément de la capacité des corps caverneux à se gorger de sang,

– les causes physiologiques ou organiques aux dysfonctionnements érectiles sont avérées (comme pour le vaginisme chez la femme) : un nerf sectionné lors d’une opération chirurgicale de la prostate, ou à la suite d’un accident de moto, etc.,

– les médicaments chimiques, pris pour soulager d’autres pathologies (diabète, dépression, etc.), peuvent aussi avoir des effets néfastes sur les fonctions érectiles,

– les traitements pour y remédier sont aussi variés que les hommes qui y ont recours : de la pilule bleue (Viagra®), aux ondes de choc, en passant par la pose de prothèses actionnées par une pompe interne ou encore les micro injections directement dans la verge,

– absolument aucun traitement n’est pris en charge et ne fait donc l’objet d’un remboursement…

Pour ce sujet encore très mal (re)connu, les explications scientifiques sont détaillées en restant accessibles, illustrées lorsque c’est pertinent. On est tenté.e de rajouter des post-its pour retrouver plus rapidement les pages de référence, comme pour un manuel scolaire.

Restons fermes

Un bon livre de plage pas tout à fait comme les autres

Au delà de la véracité scientifique (qui ne fait pas vraiment de doute), le livre insiste beaucoup sur la nécessité de parler des dysfonctionnements (avec son médecin, avec ses pairs, avec ses partenaires) pour s’assurer une sexualité épanouie. Aussi, certaines parties sont très (trop ?) romancées, ce qui rend la lecture facile et accessible à tous.tes. On suit Marc, notre héros, qui part à la recherche de l’érection perdue : « Mais comment va-t-il s’en sortir ? Est-ce que ce traitement sera le bon ? Va-t-il finir heureux avec la femme qu’il aime ? ». On n’est pas loin du bon roman de plage qu’on a du mal à lâcher sans savoir la suite. J’ai lu dans le train, le métro, en terrasse.

Ce qui est tout à fait envisageable grâce à deux tours de génie des éditeurs : le titre Restons fermes, plein d’espièglerie pour le lecteur, reste discret aux yeux d’un spectateur externe (notamment parce que ce titre pourrait aussi bien faire référence à des sujets bien plus “innocents” : de l’éducation des enfants aux techniques sportives pour garder un cul de brésilienne après 40 ans) ; le bandeau qui révèle le vrai sujet des « problèmes d’érection » ainsi que le visage de Docteur Mimoun est très facile à recouvrir si besoin (bien plus discret que la couverture en papier craft des formats poche de « 50 shades of grey »).

restons fermes, sylvain mimoun
En mode lecture discrète !

Attention quand même. Les mêmes passages romancés, les digressions sentimentales et le suspense seront sûrement très agaçants pour les personnes directement et présentement concernées par des dysfonctionnements érectiles. Est-ce que les personnes contrariées dans leur sexualité peuvent garder « leur cool » et leur patience comme le fait si bien Marc ? Finalement, je recommanderais plutôt cette lecture en préventif, car les détails médico-anatomiques sont sûrement plus faciles à découvrir lorsqu’on ne doit pas faire face au problème.

Autre limite à une lecture sereine : les parties très « publi-rédactionnelles » sur le traitement par ondes de choc, qui ne semblent présenter que des avantages pour les hommes qui répondent positivement à cette option (ce n’est malheureusement pas le cas de tous). J’avais parfois l’impression d’être dans une émission américaine de téléshopping : « Britanny, cette serpillère triangulaire est tout simplement révolutionnaire, mais dites-nous où se cache la mauvaise nouvelle ? » « Mais je vous assure que j’ai bien regardé et il n’y en a pas ! »

Un sujet démystifié, une parole libérée

C’est une bonne chose que Restons fermes insiste sur les détails physiologiques à l’origine des dysfonctionnements érectiles, sur les différentes causes, sur les différents profils d’hommes qui en souffrent ou en ont souffert. C’est de cette manière, en rendant le sujet palpable (sans mauvais jeu de mot) et en l’humanisant qu’il devient acceptable et discutable.

L’érection masculine, avant de devenir le symbole d’une masculinité puissante et fertilisante dans nos représentations sociales, n’est autre que la manifestation physiologique d’une émotion (le désir) d’une personne pour une autre. Est-ce que l’on stigmatiserait autant une personne qui n’arrive physiquement pas à sourire ou à rire lorsqu’une blague lui suscite l’amusement ?

La solidarité qui prend forme au fur et à mesure que Marc échange sur le sujet avec ses amis, famille, collègues, est touchante et nous rappelle comment la parole reste la première étape incontournable dans un processus de soin.

Restons Fermes est disponible sur le site des éditions Eyrolles pour 14,90€ et chez vos libraires en ligne habituels (Fnac, Amazon, etc.)

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De Despentes à Liv Stromquist, mes influences me poussent à ne rien prendre pour acquis et à toujours remettre en question ce qui est considéré comme beau, excitant et source de plaisir.

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Restons fermes : plus besoin de jouer à cache-cache avec les problèmes d’érection

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