Dans mes relations amoureuses, le sexe a toujours été pour moi un baromètre de l’affection et de l’attirance que l’autre avait pour moi. Ayant un réel manque de confiance en moi et en mon potentiel de désirabilité, je percevais le sexe comme une preuve concrète et tangible qu’on voulait de moi, que j’étais aimée et que notre relation se portait bien. Le sexe avait alors pris une place telle que si la fréquence ou la qualité des moments perdait en intensité, je voyais ce déclin comme un signe de la dégradation de l’amour et l’annonce d’une fin imminente. En échangeant sur le sujet autour de moi, je me suis rendue compte de la pression mise sur la sexualité dans le couple et à quel point elle pouvait être nocive et parfois destructrice. 

Nous vivons en effet dans une société hyper-sexualisée où on ne peut envisager une relation amoureuse sans sexe et où un couple qui ne fait plus ou peu l’amour, c’est un couple qui ne s’aime plus. Partout on conseille d’entretenir le désir, de raviver la flamme, si bien que la sexualité devient parfois plus une source d’angoisse qu’une envie profonde. Est-ce que notre désir vient véritablement de nous ou est-ce qu’il est conditionné par ce que l’on pense normal ?

couple de lesbiennes asiatiques

Récemment, j’ai eu la chance de rencontrer celle que j’appelle « mon amour », « mon ange » ou alors « tu peux me prêter une culotte ? ». Cette relation naissante et cet amour déjà bien installé ont fait voler en éclats toutes mes certitudes sur le couple et le sexe. Je m’étais toujours envisagée comme une personne très sexuelle, avec une grande libido difficile à satisfaire. Dans mes relations passées je me percevais comme celle qui désirait plus que l’autre, celle qu’on surnommait affectueusement la « nymphomane ». Ce petit nom n’avait rien de doux à mes oreilles puisqu’il renvoyait à un déséquilibre ; j’aimais plus que l’autre, plus fort et j’utilisais le sexe comme un outil de manipulation, je faisais en sorte qu’on m’aime un peu à coups d’endorphine.

J’étais devenue maîtresse dans l’art de faire plaisir à l’autre, de donner sans vraiment vouloir recevoir puisque ce n’était plus tant un moment de partage mais bien une façon de garantir l’affection de l’autre. Mon désir s’apparentait plus à la peur d’être abandonnée qu’à une réelle envie de faire l’amour. Sauf que je suis tombée amoureuse et qu’elle est tombée amoureuse de moi. Je la désire et elle me désire tout autant. Cet amour intense et réciproque a fait disparaître la pression que je mettais sur le sexe. J’aime toujours autant faire l’amour, surtout parce que c’est avec elle, mais désormais je ne le fais que quand j’en ai envie. Ma sexualité n’est plus teintée de peur et d’angoisse mais seulement de beaucoup de respect et de tendresse (pas toujours). Je ne suis pas nymphomane (puisque rappelons que ça n’existe pas), je n’ai pas une libido impossible à satisfaire, non je n’ai pas toujours envie de faire l’amour, je suis quelquefois trop fatiguée, je préfère parfois regarder une série dans ses bras.

Sauf que quand on fait l’amour, c’est parce qu’on en a réellement envie, pas parce que j’ai peur de la perdre ou parce que je m’imagine que c’est le seul moyen pour qu’elle m’aime. En amour on peut parfois s’oublier à force d’avoir peur de perdre l’autre mais tomber amoureuse m’a permis de me réapproprier mon désir et de le vivre pleinement, avec ses variations et ses multiples façons de l’expérimenter. Le désir n’est pas une donnée fixe, il évolue et fluctue en fonction des moments, de l’état mental et physique… Mon désir, c’est en acceptant qu’on peut m’aimer autant que j’aime que j’ai appris à l’embrasser, à en faire une mélodie douce et versatile et plus un vacarme assourdissant et destructeur.

Goudou en expérimentation capillaire. Aimerait être la fille spirituelle de Virginie Despentes et de Béatrice Dalle. Sait faire des noeuds dans sa bouche avec les queues de cerise.