Claire Boe Cousins est une jeune illustratrice australienne, qui utilise l’art comme un moyen de transmettre des émotions et de décomplexer les personnes sur la sexualité, notamment les personnes rondes. Hommes, femmes, Noir-es ou Blanc-hes, minces ou gros-ses, Claire dessine au gré de ses rencontres, de ses amours et désirs, et se met régulièrement en scène dans ses illustrations. Interview avec cette dessinatrice engagée pour que chacun-e assume son corps tel qu’il est.

Qui es-tu Claire Boe Cousins ?

Claire Boe Cousins
Portrait de Claire Boe Cousins

Je suis une artiste forte, voluptueuse, passionnée, queer, qui s’identifie par le pronom “elle”. Après avoir vécu trois ans à Bristol au Royaume-Uni, je suis retournée dans ma ville natale de Newcastle, sur la côte Est de l’Australie, pour étudier le design en communication visuelle à l’Université de Newcastle.

Je vis dans un appartement en colocation à deux pas de la plage où je profite du soleil et de mes baignades quotidiennes ! Vous trouverez des plantes d’intérieur florissantes dans tous les coins et une multitude de pots en verre remplis de coupures de presse que je propage avec tout l’amour du monde. Je m’entoure de tentures murales d’un rose chaleureux tandis que ma garde-robe est pleine de vêtements aux couleurs vives et audacieuses qui ne sont pas sans rappeler les couleurs de mes illustrations.

Quand as-tu commencé à t’intéresser à l’illustration ?

J’ai toujours aimé dessiner, depuis toujours. Je suis la deuxième plus jeune de six enfants, qui ont fréquenté une école Steiner, où nous avons appris avec les arts, la musique et le théâtre. Mon père était artiste et professeur d’art, alors il nous a tous encouragés à être créatifs. Je me souviens d’avoir toujours reçu des peintures, des pinceaux ou des crayons et des pastels pour les cadeaux de Noël et d’anniversaire.

Illustration de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

Je suis une personne émotive et le dessin m’a aidé à gérer ces émotions. C’est presque comme une forme de méditation pour moi. Je me tourne vers le dessin, surtout quand je suis triste et que j’ai des sentiments de chagrin d’amour.
Mon dessin a pris un tout nouveau sens quand je suis passée au numérique et que j’ai commencé à le partager avec le monde via Instagram. Savoir que mes illustrations avaient un effet positif sur les gens était un moment si spécial.

On te reconnaît régulièrement dans tes illustrations. Pourquoi ce choix de se dessiner soi-même ?

Ce n’était pas un choix intentionnel au début ! Les gens me faisaient remarquer à quel point je ressemblais à tous mes dessins. Je ne sais pas pourquoi, mais presque chaque visage que je dessine commence à ressembler au mien, même si j’essaie de dessiner quelqu’un d’autre, il me ressemblera toujours. Alors plutôt que d’être gênée, ce qui a été ma première réaction, j’ai décidé de me l’approprier et de poursuivre ainsi ! J’ai commencé à incorporer des coupes de cheveux et des formes corporelles similaires aux miennes.

Illustration de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

Quand on descend le long de ta page Instagram, toutes ces couleurs pop et les mouvements des corps donnent l’impression d’assister à une danse sexuelle. Qu’est-ce que cela transmet de ta vision de la sexualité ?

A travers mes illustrations, j’aimerais que toutes les sexualités se sentent représentées. La visibilité est si importante ! Mon but est de créer un espace où les gens de toutes les sexualités sont encouragés à se sentir à l’aise dans ce qu’ils sont. Je veux aussi normaliser le sexe, je veux que plus de gens en parlent ouvertement. Ma vision est de faire en sorte que les gens s’ouvrent aux différents types de sexe qu’ils pratiquent et à ce qui fonctionne pour eux.

Illustration de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

Je remarque que tu dessines surtout des personnes noires et que tu aimes montrer les détails du corps (poils pubiens, rides, tous types de corps, vergetures…).

Je dessine mes amants passés et présents dans mes illustrations, qui sont Noirs, d’où cette impression que je dessine surtout des Noirs. Autrement, je dessine des gens de toutes les cultures et nationalités, en fait toute personne qui m’attire.

Illustration de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

En ce qui concerne les poils sur les corps des femmes, leurs vergetures et rides, ou les différents types de corps, je ressens le besoin de valoriser cette beauté. Ces soi-disant “imperfections” créent un sentiment d’insécurité pour beaucoup de personnes, alors qu’en fait elles sont juste une part de soi. C’est naturel et beau.

J’espère que mes illustrations aideront les gens à s’en rendre compte et à embrasser ces qualités en eux. Je ressens le besoin de normaliser ces choses. Plus les gens verront les poils de la femme dans toute leur splendeur, plus ils seront acceptés. Croisons les doigts !

Illustration érotique de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

Étant moi-même une personne au corps plus volumineux, qui n’a pas toujours été aussi à l’aise et confiante, j’espère que lorsque des personnes semblables voient mes illustrations, elles se rendent compte que les personnes au corps plus large ont une sexualité incroyable et trouvent l’amour.

Qu’est-ce qui t’inspire pour dessiner ?

Je m’inspire de mes sentiments, de mes expériences de vie, de photos qui me touchent et des gens que je rencontre sur Instagram.

Illustration de Claire Boe Cousins
Illustration de Claire Boe Cousins

Que trouves-tu le plus dur et le plus beau quand on est illustratrice érotique ?

Je dirais que le plus difficile est de savoir jusqu’où on peut aller avec le dessin érotique sans offenser personne. Je me retrouve parfois à l’adoucir, ce qui est difficile, et je ne devrais vraiment pas. J’apprends encore.
La plus belle partie sont les souvenirs que je revis en dessinant ces illustrations érotiques. La chaleur qui s’élève en moi et les picotements des souvenirs de la connexion avec un autre être humain. C’est le sentiment le plus incroyable au monde.

Un sort est jeté, tu ne peux garder qu’une seule de tes illustrations. Laquelle choisis-tu ?

Ohh c’est difficile ! Mais je pense qu’il faudrait que ce soit un de mes dessins d’avant mon passage au numérique. Il est dessiné à l’aide de stylos Copic, représentant deux femmes s’allongeant intimement côte-à-côte, avec des couleurs vives et tourbillonnantes autour d’elles.

Illustration de Claire Boe Cousins
L’illustration que Claire Boe Cousins garderait si le sort était jeté

C’est maintenant encadré et accroché dans mon appartement. C’est l’un de mes préférés car il marque un moment de ma vie où j’ai pu rouvrir mon cœur après avoir vécu une longue et douloureuse rupture. C’était aussi la première fois que je commençais à m’explorer avec d’autres femmes.

Une anecdote à partager sur ta profession d’illustratrice ?

Ce n’est pas encore vraiment ma profession. J’étudie encore à l’université et je continue d’illustrer par passion. J’aime cependant le fait que les gens ont des dessins de moi dansant nue sur leurs murs.

Si ta sexualité était une oeuvre d’art, comment la nommerais-tu ?

Brutalement douce.

As-tu des projets d’illustrations en cours ?

J’ai fait don de deux œuvres d’art à une exposition d’arrière-cour qui aura lieu en fin de semaine prochaine, intitulée RED HOUSE. Elle offre un espace sûr où les femmes de la région peuvent engager la conversation sur les abus quotidiens qu’elles subissent dans une société patriarcale. J’aimerais également travailler à ma première exposition personnelle sur le thème de la confiance corporelle et de la sexualité.

Retrouvez toutes les illustrations érotiques de Claire Boe Cousins sur sa page Instagram @claireboecousins.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.