Les illustrations de Rita Renoir vous emportent dans un univers plein de féminité, d’érotisme et de tendresse. Son coup de crayon est fin, telle une caresse sur papier, à l’image de la sexualité délicate mais assumée des personnages féminins qu’elle représente. Le rouge et le noir de ses dessins s’accordent avec le blanc, pour nous offrir des illustrations érotiques empreintes de métaphores et de sensualité. Interview de Rita Renoir pour en savoir plus sur son univers et ses aspirations.

Qui es-tu Rita Renoir ?

Quarantenaire quelque peu vagabonde, “montmartroise” et discrète noctambule, j’aime raconter des histoires pas si sages pour les grands enfants. J’ai toujours plus ou moins travaillé dans un contexte artistique.

Illustration de Rita Renoir
Illustration “Le nectar” de Rita Renoir

Mais depuis fort longtemps je rêvais de faire de l’illustration sans réellement oser me l’avouer. Beaucoup de temps devant moi, un énorme besoin d’évasion et je me suis finalement lancée dans cette passionnante aventure depuis 2015 sous le pseudo de Rita Renoir. Depuis je navigue dans le milieu un peu underground des artistes qu’on dit émergents entre expositions érotiques et ou féministes et publications dans des fanzines et livres d’arts.

Comment est née ta rencontre avec le monde du dessin ?

Le dessin a toujours été présent dans ma vie en réalité. J’ai d’abord été la petite fille sage qui n’aime rien tant que dessiner tranquillement dans son coin en se racontant des histoires. J’ai, par la suite, suivi des études de communication visuelle à l’école Boulle, une école d’Arts Appliqués renommée à Paris. Et je suis finalement devenue un joyeux mélange de conceptrice et infographiste touche à tout, me baladant entre dessin industriel, architecture, design de communication et graphisme. Après une bifurcation de quelques années dans le monde de l’édition, je suis revenue au dessin, mais de manière plus artistique, fin 2014. Et j’ai exposé mes premières illustrations courant 2015.

“Arabesques” de Rita Renoir

Comment décrirais-tu ton univers d’illustratrice ?

Sensuel, intime, poétique, doucement provoquant.  Je navigue entre clarté et obscurité au gré de mes observations et interrogations du moment.

Les femmes sont au centre de mon travail, au départ ce fut de manière inconsciente, puis progressivement un choix pleinement assumé. J’aime me définir comme illustratrice d’intimités féminines plus que d’érotisme, même si je le frôle régulièrement du doigt.

Je travaille souvent par série de dessins dans le but de mieux explorer mes sujets. J’ai ainsi beaucoup dessiné autour de la solitude et de la résilience, mais également dans des univers plus fétichistes avec beaucoup d’illustrations de pieds, une recherche autour de la lumière rouge que j’ai appelée “Redlight district”, en référence au célèbre quartier d’Amsterdam.

"Odeur Canaille" par Rita Renoir
Illsutration érotique “Odeur Canaille” par Rita Renoir

Et enfin une série assez provocatrice sur les rituels féminins où j’invite le spectateur à observer comme par le trou d’une serrure les petits gestes quotidiens féminins réels ou fantasmés. Je crois que dessiner a d’abord été pour moi une manière de m’expliquer le monde afin de mieux l’appréhender.

Tes illustrations sont très sensuelles avec un univers reconnaissable à son jeu de couleurs noir, blanc et rouge. Pourquoi ce choix de couleurs et quelle symbolique leur donnes-tu ?

Le noir et blanc s’est rapidement imposé à moi. Quand j’ai repris le dessin, j’avais l’impression d’entrer en territoire inconnu. Je voulais faire quelque chose de totalement différent de ce que j’avais pu produire avant. Travailler volontairement dans un univers très dépouillé en jouant avec lignes et contrastes a été une manière de réapprendre à dessiner en allant à l’essentiel. Ensuite, très vite, j’ai ajouté de petites touches de rouge pour souligner certains détails, les mettre en valeur.

Illustration érotique "Bouche Gourmande" de Rita Renoir
“Bouche gourmande”, Rita Renoir

Historiquement ces trois couleurs ont été les toutes premières à être maîtrisées et utilisées. Elles renvoient à des sentiments d’ordre primaire : obscurité et clarté pour le noir et le blanc, le feu ou le sang pour le rouge. C’est pour cette raison que je les trouve si intéressantes symboliquement en matière d’érotisme. Bien utilisées elles sont d’une efficacité redoutable pour titiller l’imaginaire fantasmatique des spectateurs.

Où puises-tu ton inspiration ?

 Il y a d’une part la dimension personnelle que j’insuffle, mais également ce que je puise ailleurs, souvent par association d’idées. Je suis assez attentive à mon environnement, que ce soit sur les réseaux sociaux, à travers les expos que je fréquente ou les recherches que je mène sur des thématiques qui m’intriguent. Parfois juste une bribe de conversation, un article,  peuvent déclencher l’amorce de l’idée. Je prends des notes, je me raconte des histoires, je tire doucement sur le fil pour ne pas effaroucher l’inspiration. Depuis quelques temps, je me suis également mise à la lecture de poèmes.

J’aime particulièrement l’emploi des figures de style comme les métaphores. J’y trouve une forme de liberté. En s’appuyant sur des textes poétiques on peut transformer un phallus en sucre d’orge, parler du sexe féminin  comme d’un nectar qu’on déguste, d’un coquillage, ou d’une fleur à butiner.

Je trouve ça merveilleux et j’aime beaucoup l’idée de dessiner l’érotisme sous ce prisme, surprenant et loufoque et pourtant si évocateur.

illustration érotique Rita Renoir
“Une friandise”, Rita Renoir

Pour toi, qu’est-ce qui est le plus dur et le plus beau dans le métier d’illustratrice ?

Le plus beau c’est toujours d’arriver à transmettre des messages, des questionnements, des sentiments. C’est à la fois extrêmement gratifiant et parfois même un peu vertigineux de sentir qu’on a réussi à toucher un point sensible. Je me dis alors que je n’ai pas totalement perdu mon temps.

Illustration érotique de Rita Renoir
“Ouvrage de dames”, Rita Renoir

Le plus dur quand on s’oriente vers une carrière artistique c’est de parvenir à faire comprendre qu’il s’agit bien d’un vrai travail. Beaucoup de personnes ont du mal à accepter l’idée de “métier-passion”. Elles imaginent du coup que le salaire est quelque chose de totalement superflu. Le fait de dessiner de l’érotisme en rajoute dans la vision totalement biaisée qu’il puisse s’agir d’un vrai travail sérieux et exigeant.

Au quotidien montrer des dessins érotiques en tant que femme c’est être confrontée en permanence à certains préjugés. Il faut apprendre à rester très ferme devant les réactions inappropriées qui vont de la drague lourdingue jusqu’aux insultes, parfois, quand on ne répond pas aux avances. Je ne compte plus les questions totalement indiscrètes à propos de ma sexualité, de mes pratiques, de mon orientation.

Je montre de l’intimité, du désir féminin, une forme de liberté assumée dans mes illustrations, mais ce n’est pas pour autant que je me sens obligée de répondre aux avances de n’importe qui.

Illustration Lady Bird par Rita Renoir
“Lady Bird” de Rita Renoir

Quand je présente mon travail sur les réseaux sociaux ou lors des expositions, je suis là avant tout en tant que professionnelle : je vends mes dessins. Je ne suis pas dans un contexte de séduction. J’ai tout de même la chance d’avoir un public bienveillant, un entourage qui me soutient. Mais depuis quelques mois on signale également de plus en plus mes publications sur les réseaux sociaux, rendant mes conditions de travail de plus en plus précaires. Et je suis loin d’être la seule confrontée à ce genre de problèmes !

Cela me conforte dans l’idée qu’il est très important de continuer à éduquer les gens à la sexualité et l’érotisme, ainsi que de raconter le quotidien des femmes dans toute la complexité de leurs choix pour toujours dépasser les à priori.

Un sort est jeté, tu n’as le droit garder qu’un seul de tes dessins, lequel serait-il et pourquoi ?

Je choisirais probablement le dessin Sale, parce que, malgré les défauts que je lui trouve maintenant, il a été libérateur et formateur sur plusieurs plans. Aujourd’hui même si cela reste toujours un sujet tabou, il devient de plus en plus courant d’aborder le sujet des menstruations dans le domaine de l’illustration et de l’art en général. Mais quand je l’ai réalisé, c’était encore assez compliqué. Du coup, j’ai vraiment pris le temps de tourner et retourner le sujet dans ma tête parce que je souhaitais en donner la vision la plus poétique et positive possible.

Illustration de Rita Renoir
Illustration érotique “Sale”, Rita Renoir

Cette illustration a sans doute été le point de départ pour moi d’une autre manière de travailler. Désormais pour les sujets importants, je m’oblige toujours à prendre le temps de la réflexion. Je prends des notes, je scénarise. C’est également à partir de cette série que je me suis mise de manière plus sérieuse à associer des textes poétiques à mes illustrations.  

Une anecdote que tu aimerais raconter sur ta profession d’illustratrice érotique ?

Quand une illustration semble rencontrer son public, en particulier sur Instagram,  il y a toujours ce moment où les gens vont se mettre à papoter entre eux en oubliant totalement que l’artiste est toujours là. Cela me fait toujours un peu bizarre, mais ça me fait également bien rire quand je surprends malgré moi des conversations un peu osées d’amoureux émoustillés, qui se chauffent dans les commentaires.

Si ta sexualité était une oeuvre d’art, comment la nommerais-tu ?

La Mourre. C’est un jeu de hasard, une variante du chifoumi.  Il consiste à deviner la somme du nombre de doigts dressés quand les deux joueurs présentent simultanément leur main. La victoire, en réalité, ne tient pas tant au hasard qu’à la capacité de deviner son adversaire. Dans la sexualité, pour moi, c’est un peu pareil : c’est ce savoir être à l’écoute de son partenaire qui détermine souvent les jeux les plus enflammés… 

Des projets à venir ?

Je vais participer à une Soirée de l’Étrange le 31 octobre organisée au Bus Palladium par la photographe Vanda Spengler. Outre mes recherches personnelles, je travaille à l’illustration de la pochette du premier EP de Versinthë99, un groupe queer-punk. Je reste donc dans cet univers un peu décalé de culture alternative qui me plaît le plus.

Vous pouvez retrouver Rita Renoir et l’ensemble de ses illustrations sur les suites suivants :

Instagram : https://instagram.com/ritarenoir
Facebook: https://www.facebook.com/RitaRenoirIllustre/
Twitter : https://twitter.com/RitaRenoir
Boutique Etsy:  https://etsy.me/329MezV

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.