La découverte de la sexualité à l’adolescence est un moment particulier et qui crée beaucoup de questionnements, comme tout durant cette période. Le roman “Le Goût du baiser”, de l’écrivaine Camille Emmanuelle, nous (re)plonge dans ces émotions et sensations des premières fois. Entre roman d’apprentissage et roman érotique, on suit les aventures d’une jeune lycéenne qui découvre sa sexualité, tout en apprenant à vivre avec un handicap. Une histoire qui permet de transmettre différents messages et de déculpabiliser sur la sexualité des adolescent-es.

Récit d’une adolescence en quête des sens

“Le Goût du baiser”, c’est l’histoire d’Aurore, qui a un accident de vélo peu avant la rentrée des classes. Cet événement malheureux provoque chez elle une anosmie / agueusie, à savoir qu’elle perd les sens de l’odorat et du goût. Ces sens, comme l’ensemble de nos cinq sens jouent un rôle important dans notre quotidien, mais aussi dans notre sexualité, ce qui n’est pas sans inquiéter Aurore sur son avenir. Quelle odeur a son corps et celui des autres ? Quels goûts ont les baisers ? Comment peut-elle explorer pleinement sa sexualité avec ce nouvel handicap soudain ? À partir de cette intrigue initiale, Camille Emmanuelle dresse un tableau bienveillant de ce que peuvent être les doutes des ados d’aujourd’hui vis-à-vis de leur sexualité, qui ne sont pas forcément si différents de ceux d’hier : l’envie de plaire au mec le plus populaire du lycée, les premières teufs un peu trop alcoolisées, la question du consentement sexuel, les premières caresses, ou encore la crainte du revenge porn sur Snapchat.

L’auteure se met dans la peau d’une adolescente, en replongeant elle-même dans l’ado qu’elle était : “j’ai repensé à l’adolescence, ce moment où la question de l’odeur – la sienne, celle des autres- est assez centrale. Je me souviens que pendant ces années j’avais méga peur de sentir mauvais, coucou le budget déo. Plus tard, au début de ma vie sexuelle, y’avait toujours ce vieux doute à la con: est-ce que je sens bon “d’en bas”? De là, raconter l’histoire d’une ado qui ne peut plus sentir ni goûter, alors qu’elle est en pleine exploration de sa sensualité, de sa sexualité, m’est apparue comme une évidence. Elle allait devoir inventer d’autres choses pour être bien dans son corps et dans sa tête. “, me confie Camille Emmanuelle. Au fil de la lecture, on ressent une envie de l’auteure de partager ses conseils comme une grande sœur qui tenterait subtilement d’aider sa petite sœur à appréhender le mieux possible sa sexualité. Cette sororité s’incarne plus explicitement dans le personnage de Bintou, la meilleure amie d’Aurore.

“N’empêche, tu me promets que la prochaine fois qu’il te lèche, et que tu t’apprêtes à jouir, tu ne lui dis pas stop. Le cunni, c’est la vie, meuf.”

Parole de Bintou dans “Le Goût Du baiser”

Grâce à elle, des messages positifs et des enseignements sur la sexualité vont être transmis, abordant différents aspects : slut shaming, cunnilingus, lesbophobie, racisme, grossophobie, sexisme ou encore l’égoïsme et le phallocentrisme néfastes pendant le sexe. Camille Emmanuelle précise néanmoins qu’elle ne souhaite pas donner de leçons : “je raconte simplement des parcours, incarnés, individuels, auxquels je l’espère on peut s’identifier, fille ou garçon.”

Aimer, c’est ce qu’il y a de plus excitant

“Le Goût du baiser” est un roman adolescent, qui peut également plaire aux adultes, car il rappelle des fondamentaux de la sexualité qui ne sont pas toujours évidents même chez les plus grands : être à l’écoute de soi, de son corps, de l’autre, des sensations, réaliser le pouvoir érotique de l’amour, du respect et du consentement. Le roman nous rappelle qu’il ne sert à rien de courir en matière de sexualité et qu’il vaut mieux prendre le temps de découvrir de nouvelles choses au bon moment.

Le langage du roman est proche de celui des ados, mais pas trop, car l’auteure trouve “toujours gênant ces adultes qui tentent de parler “jeune”.” C’est donc une lecture accessible à tous.tes. En mettant en avant une héroïne qui perd le goût et l’odorat, elle revalorise l’importance de l’ensemble des sens dans le plaisir, qu’on réduit souvent trop au sens de la vue ou à celui du toucher uniquement. “Le Goût du baiser” est aussi l’histoire d’une belle rencontre amoureuse, qui rappelle que l’amour est un aphrodisiaque naturel puissant pour avoir une sexualité épanouie et goûter au plaisir.

“Le Goût du baiser” est publié aux Editions Thierry Magnier, dans la collection L’Ardeur. Camille Emmanuelle est également l’auteure de l’excellent essai féministe et sexe-positif Sexpowerment.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.