Après avoir fêté la naissance de Jésus, je me dis qu’il est tout à propos de vous encourager à aller célébrer la maternité féministe avec Julia Palombe dans son spectacle En attendant l’accouchement, le premier stand-up prénatal de France (rien que ça).

Prendre du re(cul) sur des clichés qui ont la peau dure

Alors, je l’avoue, j’y allais avec un certain a priori. Heureuse de pouvoir soutenir une femme, une artiste, qui a le courage de monter sur scène – enceinte qui plus est ! –, je l’étais oui, mais à l’écoute de la bande-annonce du spectacle, la peur de me prendre un sac de clichés en pleine face m’a prise. Essayant moi-même de déconstruire les poncifs de genre au sein desquels j’ai grandi, j’appréhendai un autre de ces sketchs de femme qui raconte le fait d’être une femme tout en incarnant et partageant totalement les stéréotypes essentalisants contre lesquels je me bats (de type « nous les femmes, on est comme ça… » ou encore « moi en fait, en grandissant j’étais un mec » etc). Bref, en me construisant une nouvelle grille de lecture sociologique, je deviens de plus en plus exigeante et, même si je sais me détendre, j’ai du mal à apprécier pleinement une performance qui banalise des comportements archétypaux qui, à mon sens, freinent une évolution des mœurs bénéfique à tou.te.s.

Ceci étant dit, j’ai beaucoup aimé En attendant l’accouchement, écrit et interprété brillamment par Julia Palombe. Agréablement surprise, je fais face à une femme exaltée, charismatique, qui ose regarder son public dans les yeux. On sent qu’elle est libre et qu’elle a choisi d’être ce qu’elle est. Habillée en Vierge Marie de la tête aux fesses, elle laisse couler ses sublimes jambes sur la scène, qui, de résilles, se déplacent avec précision malgré de hauts talons. Habitée par son personnage, qui est grandement inspiré par son expérience personnelle, elle nous raconte son épopée maternelle sans manquer de force ni de malice. Pendant une heure qu’on ne sent pas passer, elle nous parle avec originalité de sexualité libre, d’amour sain, mais aussi de glandes sébacées, de Sicile et de poils pubiens. Julia Palombe nous emmène avec elle dans ses réflexions sur la figure publique sacro-sainte de la Mère, qu’elle décortique avec amusement tout en dansant une valse avec son némésis : la Putain. La Mère aura le droit de jouir sans culpabilité, ou ne sera pas. D’ailleurs, on vous le confirme ici.

Un show pour toi, plus moi, plus elle, plus tou.te.s celleux qui le veulent

Multi-talentueuse, Julia Palombe dépasse son statut de comédienne : elle chante ses propres textes, danse, et envahit la scène. En ces temps de grève et de creux dans les théâtres parisiens, elle arrive à remuer son public et à me faire sourire du début à la fin. Je suis sortie de là avec l’envie de partager ce spectacle avec ma propre mère, et toutes les femmes qui m’entourent. J’ajouterai même que ce spectacle est d’utilité publique pour les messages de bienveillance et de lucidité qu’il transmet. Rares sont les occurrences sur la scène publique de femmes enceintes dont la personnalité dépasse le simple fait d’attendre un enfant. Vous êtes enceinte ou désirez l’être dans un futur proche ? Allez voir Julia, vous trouverez en elle une vraie pote, vous aurez le sentiment d’être comprise, soutenue et entendue en plus de bien rigoler. Et n’hésitez pas à y emmener un homme – c’est ce que j’ai fait et le mec en question a beaucoup aimé !

Au-delà de la qualité du spectacle en lui-même, Julia Palombe est la première française à faire du stand-up sur la grossesse tout en étant enceinte : un acte de courage profondément féministe. Aller la voir c’est aussi soutenir la visibilité des femmes sur scène, la liberté des femmes à raconter leur corps, la multiplicité des discours. Chroniqueuse pour Brigitte Lahaie chez Sud Radio, voici un exemple de l’une de ses prises de parole, que j’ai trouvée sur le même ton que son spectacle :

Son accouchement est prévu pour début mars mais d’ici là, vous avez le temps de passer la voir jusqu’au 15 Février 2020 à 20h au Théâtre Montmartre Galabru. Go go go !

Toute déviance est relative.