J’ai découvert le travail de Yulli Nakamura via sa page Instagram, qui m’a tout de suite frappée par la beauté et la sérénité, émanant de ses photos. J’y ai tout de suite vu une invitation à renouer avec sa spiritualité, son essence féminine. Après une prise de contact par email, j’ai rencontré Yulli dans un café, au coeur d’un quartier jeune et populaire de Rio de Janeiro, au Brésil. C’était parti pour plusieurs heures à échanger sans fin sur la philosophie de son travail photographique, le besoin de faire renouer corps et âmes avec la nature, le pouvoir du féminin, le sacré de la vie, l’harmonie à retrouver entre femmes, avec les hommes et la nature.

“La photographie éternise un moment”

Yulli Nakamura a 27 ans et cela fait déjà 10 ans qu’elle exerce la photographie, passion qu’elle découvre en empruntant un jour l’appareil photo de sa grand-mère artiste.

Yulli Nakamura
Portrait de Yulli Nakamura, le jour de notre interview dans un café de Rio

Après des expériences dans le marketing pour le cinéma et la photographie de mode et de mariages, c’est l’appel d’une amie qui va changer sa vie et lui faire trouver sa voie professionnelle et spirituelle : “Mon amie m’a demandé de la remplacer en temps que photographe, lors d’une retraite spirituelle sur le “Sacré Féminin”. Cela a tout changé. J’ai compris que mon travail pouvait me faire évoluer intérieurement, ainsi que les autres femmes. J’ai appris la sororité, l’effet thérapeutique de partager ses joies et souffrances ensemble, et adoré photographier les femmes.”

Photographie Féminin Sacré Yulli Nakamura
Photo prise lors de ma “vivência” avec Yulli Nakamura

À partir de cette expérience, Yulli se demande comment elle peut créer des sessions photographiques qui transmettent une connexion .

“Pour moi, ça n’a aucun sens de prendre juste des photos pour le principe de la photo. Je veux que la personne s’ouvre à moi, qu’on vive un vrai moment spirituel ensemble.”

Ses séances photo sont des “Vivência” en portugais, qu’on peut traduire par “Vivre l’expérience”. Créer un temps et un espace pour les femmes avant de les photographier est ainsi essentiel pour Yulli. Plusieurs jours avant le rendez-vous, la photographe envoie au modèle une présentation de sa philosophie de travail, ainsi que des questions auxquelles elle invite à répondre au calme et en prenant le temps. L’objectif de ces questions étant de comprendre comment se sent la personne dans sa vie actuellement, qui elle est, et comment Yulli peut matérialiser ensuite cela en images.

Reconnecter les femmes à la spiritualité et la Nature

Le travail photographique de Yulli Nakamura s’inscrit dans la lignée féministe de Clarissa Pinkola Estés, cette conteuse et psychanalyste mexicaine, dont le livre Femmes qui courent avec les loups (1992) est une référence pour de nombreuses femmes et féministes de ce monde. Nous vous l’avions déjà cité comme un livre à lire à tout prix dans l’article 15 livres sur le féminisme et la sexualité à offrir. C’est un courant de pensée qui tend à conscientiser et guérir le féminin, plutôt que de le revendiquer. Il invite les femmes à renouer avec leur nature intérieure, leur énergie créatrice commune, à embrasser les connexions avec la Nature, pour mieux comprendre leur force intérieure et ainsi aller de l’avant.

Photographie Féminin Sacré Yulli Nakamura
Photo prise lors de ma “vivência” avec Yulli Nakamura

“Pour moi, les corps sont des canaux et j’ai désormais appris à honorer mon féminin, mes ancêtres féminines (mère, grand-mère), moi qui ai surtout grandi avec des femmes”, explique Yulli Nakamura. Cette connexion avec le féminin se ressent ainsi dans son travail photographique : “Je photographie les femmes dans la nature, dans une recherche également de ma propre nature. Je leur demande de la profondeur, comme pour trouver aussi la mienne”, ajoute-t-elle.

Photographie Féminin Sacré Yulli Nakamura
Photo prise lors de ma “vivência” avec Yulli Nakamura

Ce courant de pensée peut être mis en relation avec l’éco féminisme, mouvement qui voit une relation entre l’exploitation à outrance des ressources de la terre du capitalisme et l’exploitation des femmes dans le patriarcat. D’ailleurs, Yulli Nakamura admet être aussi dans un désir de s’engager plus fortement en matière d’écologie, ainsi elle a appris à s’occuper de la terre et se forme sur les solutions de développement durable.

Parmi les photographies de Yulli Nakamura, certaines ont tout de suite attiré mon regard. Il s’agit des photos de femmes enceintes ou en train de vivre un accouchement naturel (voir des photos ici). Ce travail photographique a commencé lorsqu’une amie très proche lui a demandé de filmer son accouchement naturel. Yulli témoigne de son ressenti :

“L’accouchement est le moment le plus sauvage de la femme. C’est d’une beauté, d’une force, ça me donne des frissons rien que d’en parler ! C’est comme renaître en donnant la vie. Si tu n’as pas d’accompagnement c’est dur, ça fait forcément peur, il y a des moments où la femme pense qu’elle ne va jamais y arriver. Un monde s’est ouvert à moi en étant témoin de cela.”

L’accouchement naturel est le fait de vouloir donner naissance à son enfant, de la manière la plus saine possible, hors du milieu médical et dans un environnement le plus calme et intime possible, dans une atmosphère de confiance.

Photo d'un accouchement naturel par Yulli Nakamura
Photo d’un accouchement naturel par Yulli Nakamura, disponible sur sa page Instagram

Pour mieux comprendre le processus d’accouchement des femmes qu’elle photographie, Yulli a même suivi un cours de doula, nom qu’on donne à la femme qui soutient et accompagne la femme et/ou le couple, avant, pendant et après l’accouchement. La doula représente cette femme, qui dans de nombreuses pratiques et cultures était systématiquement aux côtés de la sage-femme. En France, en 2018, environ 70 doulas sont reconnues par l’Association des Doulas de France en 2018 1 https://doulas.info/annuaire/ . Pour Yulli, cette formation est un choc, car elle y découvre “à quel point la grossesse aussi fonctionne sur un modèle capitaliste et les violences obstétricales”. Les photos de Yulli tentent alors de revaloriser la formation émotionnelle qui existe lors d’une grossesse, le processus de création au cœur même de la vie sur Terre.

Prôner un féminisme d’harmonie entre hommes, femmes et nature

Durant tout notre échange, Yulli Nakamura insistera sur la démarche spirituelle de son travail et de sa vision de la vie. Elle se sent reconnaissante envers le monde, qui pour elle se construit grâce à sa diversité, tout comme la nature elle-même est diverse. J’ai voulu en savoir plus sur sa vision du patriarcat aujourd’hui et du féminisme :

“Nous sommes tous égaux et à mes yeux, il faut un équilibre entre féminin et masculin (nous possédons chacun en nous). Notre société ne fait pas attention, ne s’aime pas, et trop de personnes survivent plutôt que de vivre. Je crois pourtant que chaque jour s’améliore, qu’on se déconstruit ensemble, et que nous avançons.”

Photographie Féminin Sacré Yulli Nakamura
Photo prise lors de ma “vivência” avec Yulli Nakamura

En ce qui concerne précisément les femmes, Yulli nous invite à “honorer notre corps, le sang menstruel, à observer et comprendre nos cycles. Les femmes doivent se redécouvrir, faire preuve d’introspection mais sans ego, s’aider entre elles à voir, et ainsi guider à leur tour les hommes dans cette voie.”

Retrouvez le travail de Yulli Nakamura sur sa page Instagram et son site Internet. Et si vous souhaitez vivre une séance photo avec elle, il ne vous reste plus qu’à prendre votre billet pour Rio de Janeiro !