Impossible de tomber sur le compte Instagram “L’avis de Zeli” et de ne pas avoir un sourire au coin des lèvres ou d’avoir envie de dire “han mais j’adoooore !” devant une de ses vignettes. Chacune des BD de cette illustratrice française nous invite à réfléchir sur les travers de notre société. Les relations hétérosexuelles, le patriarcat, la sexualité sont dépeints avec satire et derrière l’humour, un engagement féministe bien présent. Zeli est à découvrir et à suivre !

Peux-tu te présenter à nous Zeli ?

Tout comme mon personnage, je suis une jeune trentenaire, écolo et féministe. Je vis à Lyon où je travaille en tant que juriste et illustratrice freelance. Ma ville de cœur reste toutefois Barcelone, où j’ai vécu quelques temps, je m’y rends dès que j’en ai l’occasion.

Illustration de Zeli ©

Quand et comment as-tu commencé à dessiner ?

Je dessine depuis toujours. Mon rêve de petite fille était de devenir peintre, puis illustratrice jeunesse…à l’adolescence, j’ai finalement opté pour une carrière juridique !

Depuis quelques années, je développe mon activité d’illustratrice en autodidacte. Je travaille actuellement avec des start-ups sur des projets de facilitation graphique (vulgarisation par le dessin) et de communication dessinée. Je propose également des illustrations personnalisées (portraits, faire-parts etc.)

En parallèle, j’ai créé un personnage à mon image via Instagram, Zeli, qui s’exprime sur des thématiques sociétales, souvent en lien avec la cause féministe, un projet engagé qui me tient particulièrement à cœur. J’espère pouvoir, un jour, vivre de ma passion.

Ton personnage est féministe, impertinent, s’interroge sur elle et le monde qui l’entoure avec beaucoup d’humour. Qu’essaies-tu de dire à travers ce compte ? 

J’ai toujours été sensible aux causes féministes et environnementales. À mon sens, les deux sont liées.

Je m’interroge sur le modèle de société dans lequel nous vivons dans sa globalité et il me semble que le patriarcat est aussi nocif pour les êtres humains que pour la planète.

Le rapport au soin et à la sensibilité ayant été assigné aux femmes depuis des milliers d’années, la déconstruction du patriarcat permettrait alors de mettre à l’ordre du jour la protection de notre maison : la planète.

Illustration de Zeli ©

C’est en grandissant que j’ai, petit à petit, pris conscience des injonctions auxquelles étaient soumises les femmes. Je me suis rendue compte que, sans le savoir, je véhiculais moi aussi les normes et valeurs du patriarcat : en utilisant certains mots ou en acceptant certaines situations. Et c’est souvent grâce à des articles, des livres ou des discussions entre amis que j’ai réalisé le conditionnement dans lequel nous baignons toutes et tous.

La bande-dessinée m’est alors paru être le média idéal pour faire passer mes idées.

Avec mon compte, j’essaie de remettre en question des situations établies depuis des années, de dénoncer les agissements sexistes.

Avec humour, je souhaite faire prendre conscience de certains de nos (mes) paradoxes. En effet, il me semble que pour déconstruire le patriarcat, il est avant tout nécessaire de comprendre quels en sont les véhicules au quotidien. Il va sans dire que je m’adresse tout aussi bien aux femmes qu’aux hommes.

Justement, tes BD représentent souvent le quotidien de la relation hommes-femmes avec beaucoup de sarcasme. Qu’est-ce qui t’inspire le plus dans ces rapports ?

Mes plus grandes sources d’inspiration sont les petits moments du quotidien qui paraissent anodins, dans lesquels nous nous reconnaissons a priori tous et toutes, qui sont pourtant emprunts de sexisme. J’essaie de souligner les mots et situations qui contribuent au maintien du patriarcat afin d’éveiller les consciences.

Qu’aimes-tu le plus dans ton métier d’illustratrice et qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi ? 

Ce que j’adore, ce sont les messages de mes followers qui me disent se retrouver dans mes illustrations et qui m’encouragent à continuer.

Le plus dur ce sont les commentaires de personnes qui perçoivent à l’envers le message que je voulais transmettre. Mais c’est normal, je touche à des sujets qui poussent à la discussion. Je suis ouverte au débat, j’adore ça et c’est ce qui nous permet à tous d’avancer !

Un sort est jeté, tu n’as le droit de garder qu’un seul de tes dessins, lequel serait-il et pourquoi ?

J’ai choisi cette illustration :

Car l’angle de vue que j’ai choisi est, me semble-t-il, rarement adopté, à savoir une femme qui sans s’en rendre compte véhicule des idées sexistes. Je trouve intéressant de montrer que nous les femmes avons aussi un rôle à jouer dans la déconstruction du mâle alpha.

Je trouve tes dessins super empowering pour les femmes, notamment sur la sexualité. Pourquoi est-ce important pour toi de traiter les questions de sexualité féminine ?

Les questions liées à la sexualité féminine sont à mon sens au cœur de la lutte féministe.

En effet, les fantasmes mis en scène au cinéma, dans les publicités, les romans ou encore dans le porno mainstream représentent, la grande majorité du temps, les femmes comme des objets de désir, se laissant dominer par les hommes. Tant et si bien que nos propres désirs en ont été influencés. Nécessairement, cette ascendance de l’homme sur la femme au lit a des conséquences plus larges sur les relations homme-femme.

Il me semble donc nécessaire que les femmes reprennent possession de leur sexualité et de leurs désirs pour, plus largement, rétablir l’égalité entre les sexes.

Toujours sur la sexualité, quel est le sujet que tu n’as pas encore abordé, que tu aimerais dessiner dans le futur ? 

Ce n’est pas les sujets qui manquent, j’en ai toute une liste ! J’aimerais notamment aborder les sujets suivants : que veut dire « être un bon coup », la tromperie, le sexe à plusieurs.

Des projets à venir ?

J’ai plusieurs projets en cours dont un projet un peu plus artistique. Je suis en train de réaliser une série de portraits et corps de femmes avec un mélange de crayon à papier ou crayons de couleurs et de numérique.

Retrouvez les BD de Zeli sur le compte Instagram L’Avis de Zeli.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.