La question est rhétorique et la réponse est non. En matière de santé sexuelle, l’information n’est pas idéale de façon générale, et pour la sexualité des femmes entre elles on est proche du néant. Les campagnes d’information et de sensibilisation sur les risques sexuels mentionnent très peu les femmes lesbiennes et bisexuelles. Entre tabou, lesbophobie et stigmatisations dans le monde médical, le manque d’information règne, alors que le risque sanitaire existe également pour ce public et que le premier moyen de prévenir les IST est d’être bien informée.

“Le sexe entre femmes, ce n’est pas vraiment du sexe”. FAUX !

Cette phrase est un des préjugés négatifs sur la sexualité lesbienne pointé dans le Rapport sur l’Homophobie 2019 de l’association Sos Homophobie. Cette croyance erronée lesbophobe (combinaison d’homophobie et de sexisme envers les lesbiennes) a pour conséquence de limiter l’intérêt porté aux risques liés à la sexualité de ces femmes. Cela commence du côté des professionnels de la santé comme les gynécologues, qui comme le montre une étude de l’université de Genève, partent souvent du principe que leurs patientes sont forcément hétérosexuelles. Dans son enquête 2015, SOS Homophobie mentionnait que plus d’un tiers des cas de lesbophobie dans le domaine de la santé impliquait un-e gynécologue. Si l’hétéro-normativité (partir du postulat qu’une personne est forcément hétérosexuelle) des soignant-es peut être involontaire et ne pas forcément relever de l’homophobie, elle a des conséquences négatives, car ces femmes vont avoir un suivi gynécologique moins adapté et moins régulier que les femmes hétérosexuelles 1 https://paroledesagesfemmes.com/metier-sage-femme/suivi-gynecologique/suivi-gynecologique-et-sante-sexuelle-des-lesbiennes-non-limmunite-sexuelle-nexiste-pas .

Comment penser que c’est utile de consulter un-e gynécologue, quand toutes les campagnes de prévention, les paroles des soignant-es et les ressources à disposition semblent ne jamais accorder de l’importance aux particularités de sa sexualité ?

Il suffit de lire des témoignages de visites gynécologiques de femmes fréquentant d’autres femmes, pour comprendre les réticences à consulter, comme sur cet article de Komitid. Une étude canadienne de 2008 montrait que 80% des gynécologues/obstétricien-nes n’ont pas reçu d’enseignement concernant la sexualité des lesbiennes. 2 https://doc.rero.ch/record/259101/files/S.Berrut_lesbiennes_en_consultation_gynecologique_def.pdf .

couple de lesbiennes qui s'embrassent

Penser que la sexualité entre femmes n’est pas réellement du sexe est une pensée lesbophobe et met en lumière une pensée phallocentrique de la sexualité.

Le “vrai” sexe ne pourrait donc avoir lieu qu’en présence d’un pénis pénétrant. Le corps de la femme dans son ensemble et toute sa capacité érotique ne s’accompliraient qu’avec un pénis et dans une sexualité qui puisse être reproductive. Cette pensée erronée et peu brillante pousse à faire croire que les femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes ne nécessitent aucun soin gynécologique et sont “immunisées” contre les infections.

Quels risques d’IST et MST pour les lesbiennes et les bisexuelles ?

Les études affirment que 95% des lesbiennes ne se protègent jamais et qu’une sur trois ne s’est jamais faite dépister. Il est si difficile de trouver des informations, que les lesbiennes peuvent avoir tendance à ne pas se sentir concernées par les IST (Infections Sexuellement Transmissibles), dont les infos sont toujours orientées vers les hétéros ou les hommes gays. Pourtant, les sources s’accordent à dire que les lesbiennes entrent généralement plus tôt dans la vie sexuelle, ont des pratiques plus diversifiées, ont en moyenne plus de partenaires que les femmes hétérosexuelles au cours de leur vie 3 https://weekend.levif.be/lifestyle/news/gotogyneco-le-site-consacre-a-la-sante-sexuelle-des-lesbiennes/article-normal-1137251.html?utm_medium=social_viweekend&utm_source=Twitter#Echobox=1558003015 4 https://soirmag.lesoir.be/224835/article/2019-05-17/doubles-peines-pour-les-lesbiennes et auraient trois fois plus d’IST que les hétérosexuelles.5 https://paroledesagesfemmes.com/metier-sage-femme/suivi-gynecologique/suivi-gynecologique-et-sante-sexuelle-des-lesbiennes-non-limmunite-sexuelle-nexiste-pas Les stéréotypes sur la sexualité lesbienne les expose donc encore plus aux risques que les femmes hétérosexuelles.

couple de lesbiennes prennent le café dans un lit

Les vulves sont des muqueuses qui peuvent être sujettes à tous types d’infections pour les lesbiennes et bisexuelles :

  • des champignons (mycoses etc.) qui peuvent se soigner
  • des infections (chlamydia, syphilis etc.) qui peuvent se manifester par des brûlures et être soignées par des traitements. On peut s’en protéger également (voir la partie sur les moyens de protection ci-dessous).
  • le papillomavirus humain (PVH) qui se transmet sexuellement entre hommes et femmes et entre femmes. Il est responsable du cancer du col de l’utérus
  • l’herpès très contagieux
  • le VIH qui se transmet par le sang et les sécrétions (dans le cas où une des femmes a couché avec un homme et qu’il y a lésions buccales, ou qu’il y a eu injection avec une seringue, ou qu’il y a cunnilingus pendant les règles par exemple)
  • l’hépatite B qui se transmet par la salive (vaccin existant)
  • l’hépatite C qui se transmet par le sang

Quels sont les moyens de protection existants pour les lesbiennes et bisexuelles ?

  • la digue dentaire ou carré de latex ou préservatif féminin, qui se place sur la vulve ou l’anus en utilisant du lubrifiant. Elle peut se trouver en pharmacie, dans les assos LGBTQI+ et de santé sexuelle, sinon il est possible de la faire soi-même à la maison, avec l’aide d’un préservatif en latex par exemple. Ne pas l’utiliser d’un vagin à l’autre, chaque partenaire a sa digue qui est à usage unique
  • la capote, à utiliser avec ses sextoys et pour pénétrer le vagin et l’anus de sa partenaire. Il faut la changer à chaque partenaire ou changement d’orifice
  • gant en latex, polyuréthane ou caoutchouc, à utiliser avec un gel lubrifiant à base d’eau, pour masturber l’autre ou la doigter. Il faut le changer à chaque partenaire ou changement d’orifice
  • doigtier en latex, à changer entre chaque partenaire et orifice, idéalement utilisé avec du lubrifiant
Digue dentaire

Pour plus d’informations sur les risques, les moyens de protection et la santé sexuelle des lesbiennes et bisexuelles en général, on recommande grandement de visiter le site belge Gotogyneco.be. Ce site, destiné aux femmes ayant des relations sexuelles avec des femmes, met à disposition des informations fiables et les internautes peuvent recommander et trouver un-e professionel-le de santé lesbo-friendly. Le site s’adresse également aux sages-femmes, généralistes, gynécologues qui souhaitent améliorer leurs pratiques envers ce public de patientes.

On vous recommande aussi le site Flash Info Fouffes, qui se présente comme “un site de prévention féministe fait par et pour les lesbiennes et personnes à chatte”.

N’hésitez pas aussi à suivre la page Youtube Viens Voir Le Docteur spécialisée sur la santé des lesbiennes.

Dans notre article, nous employons essentiellement les dénominations lesbiennes et bisexuelles pour rendre le propos le plus lisible possible. Nous avons cependant bien conscience que les réalités de genre et orientations sont plus variées.