Le clitoris, organe sensible de l’appareil génital féminin, comporte environ 8 000 terminaisons nerveuses et joue un rôle important dans le plaisir sexuel ressenti chez les personnes qui en ont un, comme le gland sur un pénis. Malheureusement, certaines femmes* souffrent d’une hypersensibilité du clitoris, appelée clitorodynie, qui rend sa stimulation douloureuse. À quoi est due cette hypersensibilité ? Est-il possible d’avoir du plaisir sexuel malgré cette gêne ? Comment peut-on soigner la clitorodynie ? Des expert-es ont accepté de répondre à nos questions.

Qu’est-ce que la clitorodynie et quels sont ses effets ?

Le médecin militant féministe et écrivain Martin Winckler explique que “la clitorodynie est, comme la vulvodynie, une douleur de type neuropathique. C’est le système nerveux du clitoris qui produit spontanément ces douleurs.” Si de nombreuses publications médicales existent sur la vulvodynie (douleurs de la vulve), les douleurs liées précisément au clitoris sont peu étudiées. Pour la sexothérapeute Nathalie Giraud-Desforges, ce manque d’intérêt peut être notamment dû au fait que le clitoris n’a pas de fonction vitale pour la reproduction.

L’étude sur la clitorodynie la plus référencée sur Google est une étude canadienne datant de 2015, réalisée par l’université McGill de Montréal, auprès de 126 femmes souffrant de douleurs clitoridiennes1 https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jsm.12934 . Les chercheurs y affirment qu’il y a deux types de douleurs : la douleur localisée uniquement sur le clitoris et la douleur combinée avec d’autres douleurs génitales. Selon les résultats de cette étude, sur une échelle de 1 à 10, les femmes positionnent à 6 l’intensité des douleurs ressenties. Cela a des impacts négatifs sur la sexualité de ces femmes, qui se retrouvent en difficulté pour se masturber, avoir des relations sexuelles satisfaisantes.

La clitorodynie ne doit pas être confondue avec la très forte sensibilité du clitoris qui peut survenir juste après un orgasme et qui est liée à l’activité sexuelle. D’ailleurs des hommes cisgenres décrivent une sensation similaire au niveau du gland après un rapport sexuel. “La clitorodynie en revanche, est une douleur qui survient spontanément, à n’importe quel moment (pas forcément après un rapport sexuel) et qui a les caractéristiques d’une douleur de type neuropathique : brûlures, choc électrique, etc.” explique Martin Winckler.

Quelles sont les causes de la clitorodynie ?

Les éléments déclencheurs d’une hypersensibilité du clitoris semblent encore assez difficiles à comprendre, comme le révèlent ces propos de Martin Winckler : “Dans la mesure où ce type de trouble survient souvent plusieurs semaines, mois ou années après un traumatisme, il est difficile de savoir ce qui l’a provoquée. Ça peut tout à fait être un traumatisme accidentel oublié : j’ai vu des vulvodynies et clitorodynies chez des femmes qui étaient tombées à cheval sur un objet dur (barre de balançoire, bicyclette) en jouant… et pas forcément une agression sexuelle.

Dans l’étude canadienne de l’université McGill, des femmes indiquent que leurs douleurs se déclenchent en portant des vêtements serrés, en se masturbant ou encore quand elles se sentent excitées sexuellement. C’est une douleur handicapante, qui peut aussi commencer par exemple à cause d’une mycose. Nathalie Giraud-Desforges précise que “la clitorodynie n’est pas psychosomatique, c’est une vraie douleur physique. Cependant, une fois que tu as vécu la douleur, tu anticipes cette douleur, ce qui réveille cette douleur.”

Ne pas se masturber ou être mal à l’aise avec son corps peut-il rendre le clitoris hypersensible ?

Pour Martin Winckler, “il faut sûrement bannir ce genre d’association d’idées, car les douleurs de type neuropathique sont des douleurs réelles et non psychologiques; le freudisme a fait beaucoup de dégâts, n’en rajoutons pas. Les douleurs sont produites par le cerveau, mais ne sont pas imaginaires ou « liées à des désirs réprimés ». Ensuite, le fait que ces femmes aient peu d’activité masturbatoire est peut être la conséquence de leur sensibilité clitoridienne, et non l’inverse. Quand on a mal quelque part, on évite d’y toucher pour ne pas réveiller la douleur”.

Photo du film d'animation sur le clitoris réalisé par Lori Malépart-Traversy
Photo du film d’animation sur le clitoris réalisé par Lori Malépart-Traversy

Les deux femmes atteintes de clitorodynie que Nathalie Giraud-Desforges a déjà reçu dans son cabinet sont toutes deux venues à la suite d’un atelier de méditation orgasmique (une pratique à deux qui consiste à se laisser masser le clitoris pendant 15 minutes pour développer une pleine conscience de son corps). L’une d’elles a eu une mycose qui s’est enflammée et ayant eu une éducation très catholique, elle était persuadée d’être punie par là où elle avait pêché. “Elle a fait un lien d’association et un stress interne s’est accumulé à sa douleur. Une fois sa mycose guérie et le travail fait pour sortir de la culpabilité, elle a pu à nouveau se masturber. La psychologie peut cristalliser la douleur de la mycose, mais n’est aucunement la source d’une clitorodynie.”
Sa deuxième patiente a eu une inflammation du clitoris, due à une stimulation masturbatoire poussive qui a fini par l’irriter. La recherche de l’orgasme à tout prix, la masturbation vue comme une injonction, sans être bien informée et sans écouter réellement son corps peut finir par maltraiter le corps au lieu de lui faire du bien.”

Peut-on soigner la clitorodynie ?

L’hypersensibilité du clitoris est peu abordée, et même sous-diagnostiquée et sous-traitée par les professionnel-les de la santé. Comment expliquer cela ? “Pour la même raison qui fait que la douleur en général et les douleurs de type neuropathiques en particulier sont négligées et sous-traitées : elles ne s’accompagnent d’aucune lésion visible, ce sont des douleurs dont le seul signe est que la personne la ressent. Et donc, souvent, les médecins n’y croient pas ou quand il s’agit d’une douleur vulvaire ou clitoridienne, l’associent à un trauma ou des fantasmes sexuels, etc. La douleur est donc qualifiée de « psychologique », ce qui est inacceptable parce que ça la disqualifie”, explique Martin Winckler.

Alors, quelles solutions pour les femmes qui souffrent de clitorodynie ? Vers qui peuvent-elles se tourner pour trouver des solutions et soigner cette douleur ? Il est évidemment recommandé dans un premier temps de se tourner vers un-e spécialiste de santé (gynécologue, sage-femme, médecin généraliste) en qui vous avez confiance. Vous pouvez par exemple regarder sur le site Gynandco, qui met à disposition une liste collaborative de soignant-es pratiquant des actes gynécologiques avec une approche plutôt féministe. Il ne faut pas forcer son corps et écouter sa douleur. Mieux vaut ne pas insister à stimuler une zone qui est douloureuse et prendre le temps de soigner la douleur, au risque d’aggraver la souffrance.

Le médecin Martin Winckler se veut rassurant, il sera toujours possible d’avoir du plaisir avec le clitoris, si la douleur est soignée comme il faut, il existe des traitements spécifiques. Sur ses conseils, nous vous recommandons les lectures suivantes pour vous informer plus profondément : Tu comprendras ta douleur d’Alain Gahagnon et Martin Winckler et Le périnée féminin douloureux de Martine Grimaldi.

Pour en savoir plus et suivre les actualités des spécialistes interrogés :
– Le blog de Martin Winckler : http://martinwinckler.com/
– Le blog de Nathalie Giraud-Desforges : http://nathalie.pimentrose.net/

*Nous parlons ici de femmes cisgenres, mais les hommes transgenres ayant un clitoris peuvent aussi ressentir la douleur évoquée dans cet article.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.