Les dessins érotiques du compte Instagram Fanasmique attirent très vite l’attention. On y voit toujours un couple plutôt hétéro, qui semble se fondre l’un dans l’autre, dans différentes positions sexuelles, sans pudeur et qui prend visiblement un plaisir sexuel infini. Les traits à l’encre liquide bleue et rouge de cette artiste mettent en avant la fluidité de la sexualité, la complémentarité des énergies sexuelles et rappelle que notre sexualité est multiple. Interview avec Fanasmique, qui nous en dit plus sur son art, les messages qu’elle souhaite passer et sa propre vision de la sexualité.

Peux-tu te présenter à nous Fanasmique ?

Je suis une illustratrice qui a bien dépassé le quart de siècle. Je vis à Paris, ville que j’aime d’amour pur et sincère (même le soit-disant caractère de chien des parisiens, que personnellement j’estime être une légende urbaine). J’ai mis un petit peu de temps avant de me lancer vraiment dans le dessin malgré un DNAT (Diplôme National d’Arts et Techniques, à l’école de l’image d’Epinal) J’aime passer mon temps en dessinant, et raconter des histoires.

Quand et comment as-tu commencé le dessin érotique ?

J’avais fait quelques dessins érotiques quand j’étais en école d’art, mais j’ai vraiment commencé il y a 2 ans. Une fois mes études terminées j’ai eu un bon gros syndrôme de la page blanche qui aura duré presque deux ans, avec vraiment aucune envie de dessiner quoi que soit.

Illustration érotique de Fanasmique
“Last Time You Take My Breath Away” de Fanasmique ©

Puis j’ai rencontré quelqu’un qui écrivait des romans érotiques, je lui ai fait des couvertures. J’ai commencé à faire des petites bd érotiques, et finalement le dessin érotique m’a totalement débloqué : j’avais retrouvé quelque chose qui me donnait envie de dessiner : des corps qui s’aiment sans complexes. J’ai fini par les poster anonymement sur Instagram parce que j’avais un peu de mal à les montrer à mes amis, j’étais plutôt du genre à dessiner des choses très oniriques auparavant (même si j’en fais certains qui ont une grande part d’onirisme également). Mais je ne voulais pas les laisser croupir dans mes tiroirs. Maintenant je les assume totalement, la majorité de mes proches me soutiennent et ne jugent, finalement, absolument pas !

J’aime beaucoup ton style, avec les corps en transparence, qui donne l’impression que les corps coulent les uns sur les autres… peux-tu m’en dire plus sur la technique utilisée et les raisons de ce choix artistique ? 

Merci beaucoup ! Cela dépend des dessins que je fais : acrylique, crayon, dessin digital, en général pour les dessins qui sont plus “erotico-fantastiques”. Mais pour ceux qui sont plus simples et qu’on trouve le plus sur mon compte, j’utilise des encres liquides. Je fais d’abord un crayonné de mon dessin, puis je fais le tracé à la plume de la figure qui sera dans les tons rouges, puis les ombres. Une fois que c’est sec, je répète l’opération avec la figure bleue. Ainsi lorsque je fais le tracé de la figure plus foncée en superposition les couleurs ne se mélangent pas et ne se dégradent pas lorsque j’humidifie.

Illustration érotique de Fanasmique
“Caress” de Fanasmique ©

Pour ce qui est du rouge et du bleu, c’est un code couleur que j’ai depuis des années parce que je trouve qu’il représente bien la dualité. Le rouge est synonyme de passion, de dynamisme, de feu, mais également de la colère, la violence, le sang ect… quand au bleu, c’est le calme, la sagesse, la spiritualité, la nuit, mais également la tristesse, l’eau ect…

En réalité, bien que je dessine des corps tout à fait identifiables, je pense également que la sexualité est aussi un moyen de connecter des énergies parfois aux  polarités différentes et complémentaires. On possède tous une énergie masculine et féminine, du Yin et du Yang en nous.

C’est pourquoi je dessine des personnages incarnés mais pas totalement non plus, et qu’il y a ce phénomène de transparence. On peut aussi voir mes dessins comme des énergies qu’on porte en nous et qui s’allient dans leur entièreté plutôt que comme un homme et une femme qui font l’amour.

Je trouve ton univers érotique très libre, montrant une sexualité sans tabous ni limites, aussi bien hétéro, qu’homo, que plurielle. Il y a autant de sensualité douce que de rough sex qui sont montrés. Une sexualité positive en somme ! Qu’espères-tu transmettre comme vision de la sexualité à travers tes dessins ?

Je pars du principe que rien n’est dégradant ou sale dans la sexualité à partir du moment où tout le monde est consentant, et bien évidemment que le respect est présent. Ca me semble la base de la base.

Je dois avouer que si j’ai commencé le dessin érotique c’est aussi parce que j’ai dû faire face à des partenaires à l’esprit fermé et qui m’ont fait comprendre qu’il y avait la vierge (mère) et la putain. C’est-à-dire des femmes avec qui on pouvait se permettre toutes les excentricités parce qu’elles ne méritaient pas le respect, et les autres avec qui il fallait être “respectueux”, donc du sexe “soft”, romantique etc. Bien évidemment, c’est le genre de vision qui me met hors de moi, et je ne comprends pas comment certains mecs de notre génération peuvent encore avoir un raisonnement aussi arriéré, qui fait du mal à tout le monde.

Forever In Your Arms - Fanasmique
“Forever In Your Arms” – Fanasmique ©

Je dessine le même couple systématiquement, parce que j’ai envie de montrer qu’on peut avoir une sexualité avec différentes facettes, et que cela n’a rien à voir avec quelque chose de dégradant ou non, qui fait qu’on est une personne respectable ou non. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise sexualité à partir du moment où on est en accord avec ses envies et ses limites et qu’on respecte celles de son/sa/ses partenaire(s).

Donc, le dessin érotique était aussi un peu mon moyen de protester contre cette vision qui enferme malheureusement encore beaucoup de gens. Est ce que c’est ce que j’arrive à transmettre ? Est ce que c’est innovant ? Je ne sais pas, mais c’est ma façon de l’exprimer et la façon dont j’aime m’exprimer. Je me disais également que c’était un autre moyen de communiquer ses envies avec un/une partenaire lorsqu’on est un peu trop timide pour utiliser les mots, et que les visuels du porno ne nous parlent pas. Et quand je reçois des messages de personnes me disant qu’elles échangent mes dessins avec leur partenaire, je suis plus que ravie et touchée.   

Les personnages de tes dessins, et les femmes notamment, semblent prendre beaucoup de plaisir et se laisser aller totalement à ce plaisir, sans honte, le corps ouvert à nos yeux voyeurs, avec même parfois un côté dominatrices. Considères-tu que tes dessins sont féministes ?

Je suis féministe, est ce que cela est suffisant pour dire que mes dessins sont féministes ?

Je revendique le fait que les femmes ont autant le droit de prendre du plaisir et que leur orgasme n’est pas une option par rapport à leur partenaire masculin (bien que l’orgasme ne soit pas une finalité en soi, mais il est tout de même reconnu que le gap orgasmique existe entre les hommes et les femmes dans le cas des couples hétéro).

J’essaye de montrer que la stimulation du clitoris est à prendre en considération aussi bien par l’homme que par la femme (je sais qu’il est parfois très difficile pour une personne ayant une vulve de se toucher devant un partenaire, et qu’il est parfois compliqué de dire qu’on est l’artisan de notre plaisir quand on doit faire face à des blocages). Je revendique le fait que les femmes ont le droit d’avoir du plaisir, de jouer avec leur corps et leur(s) partenaire(s). Je revendique aussi le fait que les hommes n’ont pas toujours envie d’être des dominateurs bourrins contrairement à ce que montre bon nombre de pornos.

"Finger Dance" - Fanasmique©
“Finger Dance” – Fanasmique©

La sexualité est un mélange subtil de différentes envies qui peuvent naître et s’exprimer selon les partenaires, une part de nous qu’il faut savoir accueillir sans honte. Après, est-ce que tout cela se voit dans mes dessins ? Je ne sais pas trop, je suis aussi partisane du fait que c’est celui qui regarde le dessin qui donne son sens au dessin. Pour ma part, j’ai toujours différents niveaux de lectures de mes illustrations, je ne sais pas lequel touche le plus les gens.

Certaines de tes illustrations sont accompagnées d’échanges de sextos, d’autres sont sous forme de mini vidéos. Pourquoi ce choix d’ajouter des mots et du mouvement à tes dessins ?

J’avais demandé à mes followers de me partager des sextos qu’ils avaient eu avec leurs partenaires. C’était un moyen de faire participer ma communauté tout en maintenant l’anonymat, ainsi qu’un moyen de tester ma créativité : quelle image ressortirait d’un échange. C’est un format que je ne fais plus, parce que j’en reçois trop et je culpabilise de ne pas pouvoir “honorer” cette petite fenêtre de leur intimité que les gens me donnent avec confiance. Egalement parce que cela a été le prétexte à des envois de dickpic (envoi de photos de pénis non sollicitées) absolument non désirés.

Quand aux animations, j’ai parfois la motivation pour mettre en image une microseconde de ce que j’imagine. De même que pour l’illustration, cela peut être un peu moins violent à regarder que des pornos, et la vérité crue des corps. Je n’’ai rien contre le porno, je tiens à préciser, mais je peux comprendre qu’on ait du mal à l’utiliser comme support à fantasme.

Il faut savoir qu’en réalité, il y a toujours un texte qui accompagne mes illustrations, c’est juste que je ne le publie pas. Peut être qu’il sortira un jour !

Qu’aimes-tu le plus dans ton métier d’illustratrice et qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi ? 

Ce que j’aime c’est pouvoir matérialiser une idée abstraite, et ce que j’aime encore plus c’est quand l’illustration est là pour servir une histoire ou l’inverse. Réussir à trouver l’image qu’il faut sans qu’elle soit redondante avec le texte mais qu’elle apporte vraiment quelque chose. Quand c’est une commande privée, un couple par exemple, je ressens toujours un immense honneur face au fait que des personnes me font suffisamment confiance pour les représenter dans leur plus pure intimité. C’est très gratifiant. 

"Call out my name" de Fanasmique
“Call out my name” de Fanasmique ©

Ce qui est le plus compliqué c’est la peur de la page blanche, et de voir que la demande d’un client ne m’inspire absolument rien. Également, le fait que les clients, et les revenus peuvent être très aléatoires d’un mois sur l’autre.

Un sort est jeté, tu n’as le droit de garder qu’un seul de tes dessins, lequel serait-il et pourquoi ?   

Ah ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, je ne fais pas partie des gens qui sont attachés à leur dessins. Une fois qu’il est sorti de moi et qu’il vit sur papier, c’est un peu comme une mère qui a mis au monde un adulte : il peut maintenant s’envoler hors du nid familial pour vivre sa propre vie. Je n’ai donc pas de dessin dont je ne puisse absolument pas me séparer. On va dire que c’est celui que j’ai très sobrement appelé “Fleurs”.

"Fleurs" de Fanasmique
“Fleurs” de Fanasmique ©

C’est l’un de mes premiers dessins érotiques quand j’ai vraiment commencé à m’y mettre, avec une technique que je n’aimais pas, qui m’a pris beaucoup de temps, et je déteste travailler longtemps sur un dessin. J’aime bien l’impression que la femme s’abandonne à elle-même pour laisser fleurir ses sensations, son imaginaire et être maîtresse de son royaume. Je trouve aussi que je lui ai donné une expression un peu vulnérable. Je ne sais pas trop pourquoi je l’aime bien.

Peut-être l’idée que la sexualité, aimer son corps et lui faire du bien c’est accepter aussi bien les parts d’ombres (si on suppose que certains fantasmes résultent de ce qu’on n’ose pas exprimer en société, car peu acceptables socialement) que la lumière qu’on porte en nous (le sexe est ce qui donne la vie et c’est une source de connexion à soi et à l’autre, intense, pleine de plaisir et de surprise). C’est peut-être pour cela que je l’ai choisi pour le moment comme photo de profil de mon compte Instagram.

As-tu des projets à venir que tu aimerais partager ? 

J’ai toujours trois tonnes d’idées et de projets en tête. Mon problème étant que je suis impatiente, et que lorsque j’en démarre un, j’en ai un autre qui naît dans ma tête, ce qui fait que j’ai envie de commencer la nouvelle idée tout de suite plutôt que de finir “l’ancienne”. Alors, j’ai pleins de projets ! Et je préfère ne pas les partager parce que j’ai peur qu’ils finissent au cimetière des projets pas finis si j’en parle trop. Je suis un peu superstitieuse aussi !

Retrouvez toutes les illustrations érotiques de Fanasmique sur son compte Instagram !

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.