Après une campagne de financement participatif à succès, le nouveau film porno alternatif de la réalisatrice Olympe de G sort ce samedi 7 juin et sera diffusé sur Canal +. Une dernière fois nous rend spectateurs-trices du casting sexuel organisé par Salomé avec son amie Sandra. Femme âgée de 69 ans, Salomé décide de poster une annonce dans le journal, afin de trouver des inconnu-es pour l’aider à vivre sa dernière nuit de sexe. Un scénario hors-normes, pour un film qui casse les codes habituels et prouve qu’un film porno peut être cru et empli de sensibilité érotique.

Un film porno réaliste qui excite autrement

Je vous préviens tout de suite, Une dernière fois sera probablement une grande première pour vous. Toute personne ayant toujours vu des films pornos à la sauce Youporn, va se retrouver comme vierge devant cette nouvelle façon d’envisager le film pornographique. Comme lors d’une première fois sexuelle, on peut avoir des questionnements, des moments où on ne sait pas trop quoi penser ou faire, où on ne sait pas bien si on aime ce qui se passe ou si ça ne nous fait pas grand chose, sentir que le lâcher prise met du temps à venir… C’est cela, devant Une dernière fois , nous sommes like a virgin touched for the very first time. Mais, c’est ce genre de première fois qui se passe bien, où la surprise est agréable.

Brigitte Lahaie, dont le rôle principal de Salomé semble avoir été spécialement imaginé pour elle, est totalement crédible et touchante dans ce rôle de femme qui souhaite que “son corps lui appartienne jusqu’au bout”. Ses jeux de regards naturels et expressifs vers la caméra, sa relation amicale avec Sandra et la manière de filmer l’espace, nous font réellement prendre part à l’histoire. On aurait presque l’impression d’être une amie en plus, plongée au cœur de cette atmosphère intime et sensuelle.

Le réalisme des scènes est sûrement ce qui déroute le plus. Qui dit réalisme, dit un temps un peu plus long, un sexe plus slow, moins spectaculaire que dans les pornos de sites gratuits. Il ne s’agit pas de regarder des scènes de cul de façon boulimique avec des enchaînements de gros plans et d’acrobaties à la suite. Non, là, nous avons une vraie histoire du début à la fin, Olympe de G prend le temps de poser chaque situation, et même si le sexe arrive vite et les scènes sont crues, que des parties des corps apparaissent aussi en gros plan sans filtre, l’excitation est plus subtile, plus lente à arriver. Pour ma part, il m’aura fallu passer la première demi-heure, pour commencer à ressentir des frissons, à commencer à avoir vraiment chaud, à sentir l’excitation prendre petit à petit possession de l’ensemble de mon corps. Cette montée en puissance subtile de l’excitation est une grande force de ce film. Je n’ai pas ressenti le besoin de me masturber en le regardant, pour avoir la sensation d’avoir pris du plaisir. Le plaisir est présent, c’est tout, et on le sent en soi. C’est comme si le film semblait vouloir dire “le sexe n’est pas une compétition, tu n’es pas obligé-e d’avoir un orgasme à tout prix pour jouir” et que le corps le comprenait. Regarder un film porno et l’apprécier sans me masturber, je ne pensais même pas que c’était possible. Oui ça l’est et en plus j’ai aimé ça ! Pour autant, si un jour l’envie me vient de vouloir absolument me masturber devant un porno, aurai-je le réflexe de me tourner vers ce type de porno payant qui se veut plus éthique ? Ce sont sûrement des habitudes à changer progressivement.

Montrer le sexe, le vrai, dans sa beauté, ses doutes, ses subtilités et différences

La volonté de créer un porno qui montre des corps non stéréotypés de manière naturelle est tout de suite perceptible. Des personnes de plus de 60 ans, un acteur handicapé, un jeune couple mixte (blanche-noir), la configuration femme mature / jeune homme, un mec qui porte du vernis aux doigts ou encore une femme au corps bien en chair, Olympe de G a de toute évidence souhaité montrer la beauté du sexe dans différentes configurations. Ce travail pour proposer des personnages non stéréotypés confère au film beaucoup de réalisme et transmet plus d’émotions. Certains détails rappellent d’autant plus le sexe de la vraie vie, comme le fait de mettre une capote (eh oui, c’est fou comme ce geste banal est absent des écrans, alors que quand c’est bien filmé, ça ne casse absolument pas l’excitation).

Avec Une dernière fois, pas de hurlements d’actrices exagérés, mais des gémissements sourds, des murmures, des mots chuchotés, des “oui” à la venue de l’orgasme. Le point of view n’est pas celui de l’homme, mais celui de femmes, donc les hommes aussi existent mieux à l’écran. On voit leurs corps, leurs visages, leur plaisir et leurs pénis ne sont pas le centre de l’attention. Olympe de G montre que faire l’amour ne se résume pas à insérer un pénis dans un vagin. Des doigts et des pieds sont léchés, des mains caressent, des bouches s’embrassent et mordillent, des vibros sont utilisés pour se masturber, il y a des cunnilingus, des relations lesbiennes et hétéros. Bon, si je devais faire une critique négative, la scène lesbienne du film, j’ai eu du mal à y croire. La tentative est là et louable, mais il y a quelque chose dans la manière de se toucher des deux actrices qui m’a semblé peu convaincant et naturel.

Baiser, faire l’amour, avoir du sexe, c’est une beauté aux multiples visages, qui n’obéit pas à des règles précises. Voir cela transmis dans un porno, c’est rassurant car c’est la preuve que c’est possible de montrer le sexe autrement, avec des scènes qui valorisent le consentement, l’échange et le plaisir sans humiliation ni domination d’un sexe sur l’autre. Les femmes du film sont totalement maîtresses de leur sexualité, font ce qui leur donne du plaisir (se caresser, utiliser un gode jusqu’à éjaculer ou encore juste regarder d’autres faire l’amour), on voit aussi une réelle application des hommes de donner du plaisir à Salomé, car c’est pour cela qu’ils sont venus. Et j’ai envie de crier OUI, ENFIN DES FEMMES QUI VIVENT LE SEXE POUR ELLES ET LE MONTRENT ! Enfin. Pour cela, Une dernière fois, est pour moi un film porno féministe.

Merci à Olympe de G de m’avoir permis de voir ce film en avant-première, diffusé le 7 juin à 00h31 sur Canal, puis disponible en VOD sur CanalPlay après sa diffusion TV.

Olympe de G

Vous pouvez suivre le travail d’Olympe de G en la suivant sur Instagram. Olympe de G est autrice, réalisatrice de films pornos et des podcasts Voxxx et Coxxx. Elle indique se battre “pour une représentation de la sexualité féminine sensible, ambitieuse, éthique et créative.”