Dans la famille orgasmes, on parle toujours de l’orgasme clitoridien et de l’orgasme vaginal (qui en fait est aussi clitoridien en partie, car lié notamment à la stimulation de la partie interne du clitoris). Éventuellement, on aborde aussi timidement l’orgasme anal (et encore qu’il est rarement mentionné pour les femmes et sort doucement de l’ombre côté masculin, sous la dénomination orgasme prostatique). Mais, quid de l’orgasme mammaire ? Car oui, sachez qu’il est tout à fait possible d’avoir un orgasme des seins, via la stimulation des tétons, quel que soit votre sexe.

Les seins sont hyper-sexualisés… sauf au moment de faire l’amour

Les seins des femmes sont hyper-sexualisés dans nos société, dès la pousse de nos premiers tétons dans l’adolescence, comme le met en exergue Camille Froidevaux-Metterie dans son livre Seins, en quête d’une libération. Pourtant, la philosophe féministe remarque que la forte attraction érotique que ressentent les hommes hétérosexuels face aux seins semble s’évanouir une fois dans le lit, les seins étant ssez peu sollicités et leur érogénéité négligée, comme l’illustre un témoignage dans le livre : “J’ai l’impression que les mecs, ils ont pris mes seins pour eux-mêmes s’exciter sans penser que ça pouvait être très érogène”. Récemment, une de nos followers sur Instagram nous exprimait le même sentiment en message privé :

Capture d'écran de témoignage Instagram
Capture d’écran de message Instagram reçu sur @desculottees

On censure nos tétons de femmes sur Instagram car ils sont sexualisés quel que soit le contexte, contrairement aux tétons masculins qui ne sont jamais censurés, mais dans les moments où ils devraient être réellement sexualisés et où on cherche à en tirer du plaisir, ils se retrouvent quasiment désexualisés. Cherchez l’erreur.

Photo de défilé de Jean-Paul Gaultier "Free the Nipples"
Photo de défilé de Jean-Paul Gaultier “Free the Nipples”

Les tétons comme clef du plaisir

Sur les réseaux sociaux, nous avons recueilli des témoignages de personnes ayant déjà vécu un orgasme mammaire, dans le cadre de relations hétérosexuelles. Pour majorité d’entre elles, la première fois que c’est arrivé, elles avaient entre 17 et 28 ans. “Je pense que c’était avec le deuxième homme avec qui j’ai eu des rapports sexuels. J’avais 18 ans. C’était mon copain. J’avais fait l’amour qu’une fois auparavant, alors on prenait le temps de beaucoup de caresses et je pense que c’est arrivé comme ça.”, témoigne Pilar, 30 ans. Sur les 11 témoignages reçus, 7 femmes affirment avoir régulièrement des orgasmes avec leurs seins, 2 en ont déjà eu d’autres occasionnellement et les 2 autres n’en ont eu qu’une seule fois dans leur vie. Toutes ont déjà connu d’autres types d’orgasmes.

Pour toutes, les conditions nécessaires pour que survienne l’orgasme mammaire sont les suivantes : une attention particulière et longue du partenaire sur la stimulation des seins, un état d’esprit relax et de lâcher-prise où elles se sentent bien dans leur peau et dans leur tête, la confiance envers leur partenaire et un fort désir :

“L’état d esprit : bien dans ma tête, bien dans mon corps, un lâcher prise… mes seins ont toujours été le moteur incontournable. Par contre, je n’ai jamais joui de cette façon avec un autre homme que mon mari. L’abandon et le temps, il n’y a que lui qui prenne le temps de faire monter en moi le désir puis l’orgasme.”

Isabelle, 50 ans.

La plupart d’entre elles semblent également avoir une bonne connaissance de leur corps et savent détailler ce qu’elles aiment comme stimulation sur leurs seins et qui déclenche l’arrivée de l’orgasme, comme Andy, 45 ans :

“Je suis une fan de l’orgasme mammaire. Une caresse, comme par exemple celle du téton avec la paume qui forme de petits ronds, ou l’effleurement du téton du bout des doigts, ou bien malaxés avec une huile de massage au parfum enivrant. Mais mon kif absolu est avec la bouche, il y a toute une palette très efficace, dont la succion des tétons qui marche très fort chez moi. La bouche permet de varier les intensités: lorsqu’ils sont léchés c’est cool, mordillés ça devient top, sucés c’est vraiment enivrant.”

Tous les témoignages confirment une chose : la sensibilité et le plaisir proviennent avant tout et quasi exclusivement de la stimulation des tétons. Toucher l’ensemble de la poitrine apporte aussi des sensations, mais c’est réellement la manière dont les tétons vont être traités avec une réelle attention et écoute, qui est en mesure de procurer un orgasme. “Pétrir” les seins, c’est donc avant tout un fantasme d’homme, mais pas ce qu’il y a de plus satisfaisant en termes de sensations pour celle qui reçoit les caresses. “C’est uniquement la stimulation des tétons qui peut me mener à l’orgasme”, explique Cathy, 39 ans.

Un orgasme qui stimule l’excitation et s’atteint difficilement en auto-stimulation

L’orgasme mammaire est-il différent des autres orgasmes en termes de sensations ? Il semblerait que oui. Quasiment tous les témoignages s’accordent à dire que c’est un orgasme plus diffus, et plusieurs des femmes mentionnent une sensation “d’électricité entre les tétons et le clitoris”, comme si les deux zones se connectaient dans le plaisir, permettant alors des sensations qui parcourent réellement tout le corps. Elles sont aussi plusieurs à trouver que c’est un orgasme qui augmente l’excitation, plutôt que d’apaiser et donner envie de dormir, comme peut le faire un orgasme provenant du clitoris.

Pour moi, c’est comme un coup d’électricité partout, très intense et court. À la différence de l’orgasme clitoridien qui me laisse avec une envie de me reposer et dormir, l’orgasme mammaire me laisse avec l’envie de continuer !” Annie, 33 ans.

“Ça vaut mille fois un cunni, qui est plus localisé. Là, c’est une vague de plaisir de bien-être qui me traverse la peau pour descendre dans mon ventre, monter dans mon dos, ce plaisir incontrôlable dans lequel je me noie quand il frotte son pouce sur mon téton. Cet orgasme pourrait me combler mais ce n’est qu’un préliminaire.” Aline, 29 ans.

“Totalement différent, quand ça vient du clito, l’orgasme part de là, et reste très concentré sur la zone vulve/anus. L’orgasme mammaire est plus diffus, moins intense, mais prend plutôt le ventre, la poitrine, les cuisses. La même différence qu’entre un orgasme avec sextoy ou un orgasme par humping, pour ma part.”

couple sur le lit

Seules deux femmes ont affirmé réussir à se procurer des orgasmes mammaires en auto-stimulation. Pour les autres, c’est toujours la stimulation offerte par le partenaire qui permet de vivre l’expérience. Par ailleurs, hormis Augusta âgée de 26 ans, dont le prof de SVT avait abordé l’orgasme mammaire en cours d’éducation sexuelle (applaudissements pour ce prof qui a parlé de plaisir !), aucune des femmes n’avait entendu parler de l’orgasme des seins avant d’en vivre un.

Et les mecs, ont-ils aussi des orgasmes des tétons ?

Oui, car contrairement à ce que la censure sur les réseaux sociaux, et la société qui accepte les corps d’hommes torses-nus mais pas ceux des femmes, essaient de nous faire croire, les tétons masculins aussi sont des zones érogènes et comportent une dimension sexuelle. Nous avons reçu le témoignage de Nicolas âgé de 41 ans, qui a accepté de partager son expérience de l’orgasme mammaire. Une seule femme a su déclencher ce plaisir fort chez lui et tirer parti de sa sensibilité des tétons, c’était quand il avait 20 ans et sa partenaire de l’époque, 18 ans :

“Elle faisait un léger mélange de succion et de mordillement et léchouille avec sa langue, le timing était parfait, elle savait s’arrêter et repartir au bon moment. Elle était elle-même sensible des tétons, du coup elle me faisait ce qu’elle aimait qu’on lui fasse je pense. C’est la seule femme que j’ai rencontré, qui m’ait fait autant de bien à ce niveau.”

En termes de sensations par rapport à d’autres orgasmes, Nicolas aussi mentionne un effet de décharge électrique avec l’orgasme mammaire :

“Niveau sensations, ça me faisait contracter le torse, ça me lançait de petites décharges dans la poitrine et ma respiration s’accélérait. J’aurais pu passer des heures et des heures sous sa bouche. Pour connaître les deux autres formes d’orgasmes, c’est moins fort, l’orgasme prostatique reste pour moi le summum !”

Vingt ans plus tard, reste le souvenir de cette jeune femme et aucune autre n’a su explorer ce plaisir chez lui. Les femmes auraient-elles aussi du mal à s’intéresser en détail au corps d’un homme et à leurs zones érogènes insoupçonnées ? Pour Nicolas, la réponse est oui sans aucun doute : “Les femmes en général, et sans vouloir caricaturer, n’imaginent pas les endroits sensibles des hommes.”

On en revient donc toujours à la même conclusion, en matière de sexualité, nous y gagnerons tous-tes à sortir des stéréotypes hétéro-normés d’un acte sexuel qui se résumerait à bisous-pénétration-éjaculation. Comme le préconise, le philosophe espagnol Paul B Preciado dans son livre Manifeste contra-sexuel, nous devrions penser chaque parcelle de notre corps comme un dildo. Tout notre corps est en capacité de donner du plaisir et d’en recevoir. Osons donc bouger les lignes, écrire nos propres scripts sexuels, explorer nos envies et nous laisser porter par l’inspiration et notre imagination sexuelle avec le ou la partenaire du moment. Soyons à l’écoute et n’ayons pas peur de vivre nos fantasmes, tant que c’est dans le respect et le consentement de tous-tes, et que le désir est là. C’est en repartant sur ces bases, qu’il est possible de vivre de beaux orgasmes, même des seins !

*Chaque personne a donné librement le prénom à indiquer dans l’article pour partager son témoignage.