Attacher quelqu’un ou se faire attacher avec des cordes fait-il partie de votre répertoire de fantasmes ? Vous pourriez bien être un-e futur-e adepte du shibari ! Cette pratique née au Japon consiste à ligoter une personne avec des cordes spécifiques et selon des techniques précises, pour la contraindre et faire en sorte que sa souffrance soit accompagnée de plaisir extrême et d’un total sentiment d’abandon, voire de plénitude. Ceci en ayant toujours un sens de l’esthétique important, car attacher doit être beau à regarder ! Sans oublier la connexion entre personne attachée et personne attacheuse et le consentement qui sont au cœur de la pratique, telles que la promeuvent Steph Doe et Alex Dirty Von P. Ce couple de professionnels du shibari sont à l’origine de deux livres pour apprendre toutes les bases et comprendre l’état d’esprit de cet art des cordes, L’art du Shibari et Kinbaku Beauties, édités chez Libertine Editions.

Livre 1 : L’Art du shibari

Le Livre L’Art du shibari est un manuel pédagogique très intéressant, adapté pour les passionné-es qui souhaitent débuter leur apprentissage des cordes, aussi bien que pour une personne qui veut perfectionner son savoir ou une néophyte simplement curieuse de découvrir cet univers érotique.

Le livre reprend d’abord les bases en nous racontant les origines du shibari – ou kinbaku pour les puristes du style traditionnel japonais. On apprend notamment que le kinbaku tire ses origines d’un art martial japonais qui servait à capturer et torturer les prisonniers sous l’ère Edo. Le shibari-kinbaku érotise donc la souffrance, car au Japon “la beauté de la souffrance est profondément ancrée dans l’esthétisme japonais” comme le souligne le livre. Cela inclut donc naturellement cette pratique dans le registre du BDSM (bondage – discipline – domination – soumission – sado-masochisme).

Photo du livre "L'art du shibari"
Photo du livre “L’art du shibari”

L’Art du shibari est un livre de qualité sur le shibari, qui propose vraiment une vision complète des basiques essentiels à maîtriser. En plus de revenir sur l’histoire de la pratique, le livre explique en détail les cordes à utiliser ou à éviter et pourquoi, ainsi que l’entretien nécessaire. Il y a aussi des tutoriels illustrés des nœuds et attaches basiques détaillés étape par étape. Par ailleurs, les deux auteurs ne lésinent pas sur les mesures de sécurité et donnent des conseils à suivre pour qu’une séance de shibari soit une expérience réussie et positive pour les deux personnes.

Photo d'une page de tutoriel dans l'Art du shibari
Photo d’une page de tutoriel dans le livre “L’Art du shibari”

À noter que le consentement est central et présenté comme indispensable à la bonne pratique du shibari. Il est d’ailleurs l’un des 4C des Cordes détaillés en fin d’ouvrage : Confiance, Consentement, Conscience, Communication. Il est même indiqué la phrase suivante :

“Le respect du consentement est la règle absolue de la pratique du Shibari”.

Le livre met également à disposition un “guide de négociation du cadre”, afin de s’assurer de poser toutes les questions nécessaires à la personne qui va se faire attacher avant de démarrer, ainsi que des grilles d’auto-évaluation pour la personne qui attache et celle qui se fait attacher.

Page qui explique les 4C du shibari
Page qui explique les 4C du shibari

Il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est un livre écrit par deux pros du shibari consciencieux ! Ce dont je ne doutais pas, car une de nos rédactrices avait testé le kinbaku avec Alex Dirty Von P à l’Ecole des Cordes, une expérience qui fut extrêmement positive. Allez lire son témoignage complet avec une vidéo récap’ de la session. Par ailleurs, après avoir vu en avant-première le documentaire Planète Kinbaku, j’avais déjà témoigné qu’Alex Dirty Von P et Steph Doe étaient les seuls professionnels mis en avant dans le film, qui semblaient avoir une pratique très encadrée et spirituelle du kinbaku.

Livre 2 : Kinbaku Beauties

Livre Kinbaku Beauties
Kinbaku Beauties

Le deuxième livre Kinbaku Beauties est constitué exclusivement de photographies et se présente comme “une sorte de documentaire souvenir des séances” qui reprend des sessions de kinbaku effectuées entre 2016 et 2019 par Alex Dirty Von P et Steph Doe. L’idée est avant tout de faire ressortir les émotions des modèles, sachant qu’aucune modèle ne pose, il s’agit de photos prises naturellement lors de la séance. C’est un très beau livre en papier glacé où les photos sont en pleine page. Esthétiques et prises en lumière naturelle, elles donnent la sensation de plonger complètement dans l’univers de l’Ecole des Cordes (nom de l’école de shibari créée par Alex Dirty Von P).

Photo du livre "Kinbaku Beauties"
Photo du livre “Kinbaku Beauties”

Regret cependant en terminant le livre : les modèles ne sont que des femmes, quasi exclusivement blanches. Cela eut été d’autant plus satisfaisant aussi de voir des hommes dans l’ouvrage, car je sais qu’ils en attachent aussi et je trouve que l’érotisation du corps masculin manque cruellement dans notre société, hors imagerie gay. Idem pour le corps de femmes noires notamment, souvent ultra objétisé, et qui là pourrait aussi être montré dans une forme d’érotisme différent. Je me suis permise de faire la remarque à Steph Doe, qui m’a indiqué qu’ils “assument ne pas être “actifs et engagés” dans le combat de certaines minorités” et qu’ils “choisissent de ne pas politiser leur pratique”, qui est dans tous les cas “ouverte à tous et à toutes”, rappelant aussi qu’ils attachent ” des hommes, des femmes, des personnes de couleurs et des morphologies différentes”. Cependant pour ce livre, elle m’a aussi expliqué que l’éditeur n’a pas voulu d’hommes et que quand ce livre est sorti, ils n’avaient pas encore attachés de personnes aux couleurs et morphologies variées, c’étaient encore leurs débuts. Et n’oublions pas que les photos disponibles dépendent aussi des personnes qui les contactent pour réaliser des sessions, ce ne sont pas eux qui vont chercher des modèles, c’est vraiment le désir des personnes de se faire attacher qui donne naissance à un projet shibari.

Evidemment, il ne faut pas oublier non plus que tout le monde n’accepte pas forcément que sa séance de shibari soit diffusée publiquement sur les réseaux sociaux ou dans un livre. Sans politiser le sujet, chaque création que nous faisons, qu’il s’agisse d’un livre, d’un blog, d’une affiche de publicité, contribue à développer les imaginaires et joue un rôle dans les représentations que nous avons tous-tes. Les photos que l’on choisit offrent un regard sur une société et en l’occurrence sur la pratique, et transmettent un message, même si on ne souhaite pas nécessairement “faire de la politique”, et c’est bien pour chacun-e de nous dans nos métiers respectifs de l’avoir en tête.

Il est évident qu’il serait totalement absurde de qualifier les auteurs de grossophobes, racistes, sexistes, ou autre qualificatifs péjoratifs, sachant qu’ils ne font aucune discrimination dans leur pratique au quotidien, on peut juste regretter que cela n’ait pas eu plus de visibilité dans ce livre. Peut-être dans un prochain ? Cependant, Kinbaky Beauties est un très bel ouvrage à ajouter à sa bibliothèque ou à offrir si l’esthétique shibari vous plaît !

Ces deux livres sur le shibari – kinbaku sont disponibles à la vente chez Libertine Editions et sur le site des deux auteurs Kinbakulovers.

Pour en savoir plus sur les deux auteurs et sur leur pratique du shibari, n’hésitez pas à les suivre sur leurs pages Instagram :
– Page officielle de l’Ecole des Cordes : @lecoledescordes
– Page de Steph Doe : @steph_doe_mlle
– Page de Dirty Von P : @dirtyvonp

Vous pouvez également assister au replay Instagram de mon live avec Steph Doe sur le sujet “BDSM et féminisme sont-ils incompatibles ?”

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.