Bertoulle Beaurebec a 24 ans et exerce les professions d’escort et d’actrice pornographique. Artiste queer noire, elle revendique son droit à disposer de son propre corps, qu’elle emploie pour différents exploits, comme celui d’avaler des épées. Dans son premier livre Balance ton corps, Manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur corps; elle partage avec nous sa vision idéale d’un monde qui ne considèrerait plus le sexe tabou, en ferait un réel sujet d’éducation auprès des jeunes et cesserait de juger les femmes pour leurs comportements sexuels, quels qu’ils soient. C’est aussi un livre pour défendre et revendiquer sa fierté et son bien-être en tant que femme travailleuse du sexe assumée.

Pamphlet contre une société “coincée du cul”

Si vous lisez régulièrement notre site Desculottées, vous savez que nous défendons avec vigueur la liberté de chacun-e de vivre sa sexualité comme il-elle l’entend, l’éducation sexuelle, l’égalité des genres, que nous promouvons une sexualité positive et que nous sommes contre les attitudes masculines toxiques, entre autres. Le livre Balance ton corps aborde globalement tous ces sujets avec une vision proche de la nôtre, ce qui est donc positif et rend à mes yeux la lecture intéressante. Voici quelques citations extraites du livre qui m’ont bien plu :

Au sein de notre société, la satisfaction sexuelle des hommes est la norme et le plaisir des femmes semble être facultatif.

Aujourd’hui, le patriarcat est tellement enraciné dans notre culture que certaines femmes s’y complaisent en ayant le sentiment de vivre dans un monde qui est d’ores et déjà juste pour tou-te-s.

Si certains hommes ne peuvent pas contempler un corps féminin nu sans y apposer leur désir sexuel, ce n’est pas la faute du corps en question, mais bien du regard posé sur lui.

Bertoulle Beaurebec pointe aussi du doigt dans son ouvrage la facilité de la société à se plaindre que la pornographie soit une matière de désinformation sexuelle auprès des jeunes, alors que le principal problème est un manque de volonté politique et sociale pour réellement mettre en place une éducation sexuelle.

L’objectif de la pornographie n’est pas d’éduquer les enfants , car il s’agit de contenu fictionnel à destination des adultes uniquement.

Elle regrette le manque d’initiatives des parents de parler sainement et ouvertement de pornographie et sexualité avec leurs enfants, pour justement leur donner les clés pour comprendre que la fiction pornographique ne représente pas un outil d’éducation sexuelle. Pour elle, c’est simple , c’est “nous” les “réels responsables du manque d’éducation et de désinformation sexuelles des enfants et adolescents”.

Parmi les éléments qui limitent mon enthousiasme envers le livre Balance ton corps, il y a la tonalité très subjective, mais qui semble se poser comme réflexion universaliste. C’est une tendance que je trouve très actuelle, influencée probablement par nos habitudes de s’exprimer ainsi sur les réseaux sociaux, mais qui me gêne régulièrement lorsque je lis un livre. À titre d’exemple, lorsque Bertoulle Beaurebec affirme “J’ai mon premier aperçu de ce que mener une vie libre sexuellement en étant une femme noire signifie dans notre société”, je ne me reconnais pas dans cette expérience de femme noire que je suis également et je suis gênée par l’assertion posée sans nuances.

Cependant, on ne peut pas reprocher à l’autrice un manque de clarté sur ses intentions dans le livre, car dès le départ, le ton est donné et Bertoulle Beaurebec explique bien que ce livre est là pour parler d’elle avant tout :

Balance ton corps” est l’expression de ma personne sexuelle dans sa version la plus critique, philosophie, spirituelle et politique.

Le livre d’une “salope” qui ose prendre la parole librement

Si on devait retenir un mot du livre, je pense que ce serait le mot “Salope”, qui revient régulièrement et renferme en lui le féminisme défendu par Bertoulle Beaurebec. Deux chapitres sur trois dans le livre contiennent d’ailleurs le mot, “L’art d’être une salope en 5 principes” et “Le monde perçu, vécu et fantasmé par une salope”. C’est le mot qui est utilisé par les haters pour la qualifier du fait de sa sexualité – ainsi que pour qualifier toutes les femmes qui ont cette “audace” de vivre leur sexualité librement quelle qu’elle soit – et c’est le mot qu’on associe par ailleurs facilement aux travailleuses du sexe. C’est aussi le mot qu’elle se réapproprie pour justement rendre caduque l’insulte en la portant comme étendard et revendication féministe.

Etant donné qu’il n’y a absolument rien de répréhensible à être la maîtresse de mon propre corps, j’ai décidé de revendiquer ouvertement mon statut de salope.

Pourtant, contre vents et marées, je me revendique salope, je respire salope et je vis salope.

Le livre de Bertoulle Beaurebec veut proposer un regard et une parole alternative sur les questions de sexualité, de féminisme, et de sexualité féministe, depuis sa lucarne de femme travailleuse du sexe (TDS), noire, afropéenne et queer. On comprend à la lecture qu’il y a une forte volonté de dé-stigmatiser les personnes TDS et de ne pas considérer qu’elle puissent uniquement être des victimes de leur sort à prendre en pitié ou qui “desservent la cause”. Selon l’autrice, il y a un travail énorme de déconstruction à opérer sur la sexualité des femmes, depuis le mythe d’Adam, Eve et Lilith, qui impacte aussi le regard que la société va porter sur le travail du sexe.

On peut ne pas être d’accord avec tout, cela n’empêche que le livre Balance ton corps, se lit très facilement, mentionne quelques références culturelles intéressantes et pertinentes, est bien écrit et structuré. Il prête à réflexion, se veut bienveillant envers tous-tes et promeut de toute évidence un respect du droit des femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent.

Merci aux éditions La Musardine, pour la découverte de Balance ton corps, disponible au prix de 17€.

Vous pouvez suivre Bertoulle Beaurebec sur sa page Instagram : https://www.instagram.com/thepainproofpriestess/

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.