Mars 2020, premier confinement et le dating en ligne explose ! On peut se raconter des histoires, se convaincre que l’on est différent.e, qu’on a besoin de personne pour être heureux.se, la Covid-19 balaie nos certitudes. Avant ce fichu virus, on s’accommode de la solitude, le célibat est un choix assumé. Avec la pandémie, la solitude est subie, c’est l’angoisse. Pour en sortir, les applis comme les sites de rencontres redoublent d’inventivité. Les offres et les fonctionnalités poussent comme des champignons. Se profile alors une ère nouvelle de la rencontre 2.0 et des usages… Pour le meilleur et pour le pire ?

La rencontre vidéo, un virus qui gagne du terrain

Dans les années 80, Chagrin d’amour chantait déjà : « J’suis tout seul, tout seul, tout seul ! » Sauf que là, pas de petit bar pour rencontrer la blonde platine qui propose une passe, pas d’hôtel, rien de rien. Juste une phrase au pochoir sur le bitume parisien : « Je ne pense Covid qui nous sépare. @La Dactylo ». Alors comment affronter cet enfer solitaire ? Avec une série, une partie d’Animal Crossing ? Un apéro visio ou peut-être une rencontre 2.0 ? Le dernier plan semble le plus attrayant. En effet, selon une étude Ifop pour Facebook 1 https://about.fb.com/fr/news/2020/12/etude-facebook-ifop-sondent-le-coeur-des-francais-es-a-lheure-des-confinements-et-a-lapproche-de-noel/ , depuis le premier confinement, en mars 2020, un peu plus d’un Français sur trois est inscrit sur un site de rencontres. Match Group (OKCupid, Meetic, Tinder, Hinge, Plenty of Fish) observe une augmentation de ses abonnements et du nombre de messages envoyés.

C’est qu’il y a une urgence, un besoin vital de cul et/ou de cupidon, un besoin de vivre et de vibrer, d’être moins seul.e. Et ça, les sites comme les applis de rencontres l’ont bien compris.

En juillet 2020, Tinder sort son « Face to Face », une fonctionnalité de chat vidéo (déjà testée sur Plenty of Fish). Rien de nouveau sous le soleil, été 2019, Bumble proposait déjà l’appel vidéo. En mars 2020, c’est Once (trois millions d’utilisateurs en France), l’inventeur du slow-dating (un seul match par jour), qui lance son « Live-Video ». En mai, Meetic suit la mouvance avec son appel vidéo. La consigne « salutaire » est donc claire : « Restez chez vous, d’accord, mais connectez-vous ! » Et ça marche, les utilisateurs se déchaînent, les conversations vidéo se multiplient.

L’amour est dans le blé

Du pain béni pour Tinder qui enregistre 6,6 millions de comptes payants dans le monde au troisième trimestre 2020 (contre 6,2 millions au trimestre précédent) et joue à l’entremetteur qui casse les distances. En mars 2020, l’appli avait rendu gratuite sa fonction premium « Passeport » qui permet de consulter des profils dans d’autres villes que la sienne. L’ouverture des possibles, jusqu’alors limitée, s’élargit et c’est la porte ouverte aux plans culs à distance !

match tinder

Happn (6 millions d’utilisateurs) se met aussi à la vidéo et agrandit le périmètre des recherches de ses utilisateurs à 90 kilomètres. Pour vos amours, la proposition du jour est donc : plus et toujours plus de profils à scroller… Joyeux défilé qui n’est pas sans rappeler une certaine chanson signée Stromae : « L’amour est comme l’oiseau Twitter (…) Il voudra toujours, toujours, toujours plus de choix (…) L’offre et la demande pour seule et unique loi. » Et bien sûr, la demande est là ! Elle est même pressante, car physiologiquement comme psychiquement, on a besoin de l’autre, encore plus en période de crise. C’est une évidence, la maladie, la mort, l’angoisse, le chômage… personne n’a envie de les affronter en solo. Rien que sur le mois d’avril 2020, Match Group a relevé une hausse de 27 % des messages envoyés. Ce chiffre a même atteint jusqu’à 35 % chez les utilisateurs de moins de 30 ans. Et si parmi eux, il y a toujours celles et ceux qui cherchent l’amour ou le coup d’un soir, il y a désormais les nouveaux inscrits. Des célibataires ou pas, dont la vie sociale s’est arrêtée à la porte d’une saloperie menaçante et dangereuse appelée Covid-19.

Une « foule sentimentale » se bouscule au portillon virtuel

Pendant que les uns se remplissent les poches et affichent un juteux bilan financier (131,1 millions de dollars de bénéfices nets pour Match Group en 2020), les autres sont en quête de combler un vide, de répondre à un manque. Sur Meetic, la moyenne d’un appel vidéo est de 37 minutes. Plutôt pas mal pour des individus qui ne se connaissent pas. Les échanges prennent d’ailleurs davantage de sens, sont plus sincères et plus profonds. Si certain.e.s saturaient des rencontres à la chaîne, la Covid-19 leur a permis de prendre le temps, de s’arrêter sur un profil, voire même de modifier et d’améliorer leur propre présentation ! Le slow-dating s’installe pour devenir une tendance affichée, les comportements changent. Selon une étude Meetic, datant d’avril 2020, 63 % veulent vivre une relation sérieuse et 23 % prétendent même avoir pris conscience de leur besoin d’engagement pendant la crise sanitaire. Évidemment, cela reste à relativiser, car c’est bien connu : chassez le naturel, il revient au galop. Comme toujours, le bonheur des uns n’est pas nécessairement celui des autres.

Cette période de disette sociale fragilise et donne naissance à des rapprochements improbables et précipités. Preuve du « corona cuffing », une nouvelle pratique amoureuse qui consiste à trouver un.e partenaire de confinement. Certain.e.s s’engouffrent rapidement dans une relation pour se rassurer, tant leur crainte de solitude est exacerbée par un éventuel reconfinement.

Après un premier rendez-vous vidéo, il n’est pas non plus facile de se retrouver car les lieux de socialisation sont toujours fermés. Il faut improviser et les parcs, squares, bancs publics, trottoirs et autres endroits plus insolites deviennent les témoins des amours naissants. Quand le froid de l’hiver ne pousse pas les plus hardi.e.s à foncer directement au domicile de l’autre. La suite, à chacun.e de se l’imaginer !

Les rapports humains, bien que distants (virtuels), s’intensifient sur les sites et les applications de rencontres. Il semblerait que leurs utilisateurs échangent plus, plus longtemps et mieux. Les codes de la rencontre envoient ces derniers temps des messages contradictoires : rapprochement ou distanciation, il faut choisir ! Le rapprochement reste le choix d’une majorité, même si le premier rendez-vous est désormais vidéo. Cela va-t-il favoriser les belles rencontres ? On en reparle en 2022 !

Céline Roman

Amoureuse des mots, féministe de cœur, dévoreuse de bouquins et de chocolat, miam, je suis une plume de caractère 😉