À l’occasion du 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes, il est crucial de s’interroger sur la question de l’inégalité de genre. C’est un enjeu vaste et qui reste malheureusement d’actualité depuis le premier statut officiel de cette Journée en France en 1982. La crise du Covid-19 a un impact sévère sur la condition des femmes, creusant les inégalités de genre. Le thème de la Journée des Droits des Femmes décrété par l’Organisation des Nations Unies (ONU) est ainsi “Leadership féminin : pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19.” Mettons donc en lumière des femmes cheffes d’Etat qui permettent aux sociétés d’avancer vers un monde plus égalitaire entre hommes et femmes en cette année 2021.

Crise du Covid-19 : facteur aggravant de l’inégalité entre femmes et hommes

Tout d’abord, il est important de souligner que la pandémie a un impact majeur sur le déséquilibre entre les sexes, qui pourrait être durable. Si les hommes sont ceux qui meurent le plus du Covid-19, de nombreux aspects de la pandémie défavorisent largement les femmes :

  • 70% du personnel soignant est constitué par des femmes (essentiellement infirmières, sages-femmes…) qui se retrouvent donc en première ligne dans l’exposition au virus (source ONU)
  • Dans les pays en développement, 70% des femmes employées travaillent dans le secteur informel, ce qui implique peu (ou pas) de protection du travail, de possibilité de congés maladie rémunérés, de protection sociale (source ONU) et donc un accroissement des inégalités économiques
  • Une grave intensification des violences faites contre les femmes a été observée dans le monde, suite aux mesures de confinement. En France, on estime à 30% le pourcentage d’augmentation des violences contre les femmes depuis le début du confinement en mars 2020. (Source ONU Femmes) Ces femmes se retrouvent donc confinées avec leur agresseur, tout en étant limitées pour accéder à des services de santé, également dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive (ex : IVG) ou des services comme les centres de refuge ou de l’aide juridique. Des centres eux-mêmes souvent saturés et dans l’incapacité d’accueillir tout le monde durant cette période.
  • Les violences envers les femmes, mais aussi envers les filles ont également augmenté, comme les mariages forcés ou les mutilations génitales féminines (ex : excision), pouvant être effectués plus facilement hors des regards extérieurs et des contrôles
  • La charge mentale des femmes, déjà bien plus élevée que celle des hommes, s’est accentuée, car les tâches ménagères restent supportées majoritairement par les femmes, malgré la présence quotidienne du partenaire à la maison. Avant la pandémie, une femme faisait 3X plus d’heures de travail domestique non rémunéré que l’homme, cela est désormais bien plus élevé, selon Anita Bhatia, directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes. 1 https://www.bbc.com/afrique/monde-55089131

La pandémie a un tel impact négatif sur les avancées des droits des femmes, que l’ONU considère que l’augmentation alarmante des violences contre les femmes est une “pandémie de l’ombre” ! 2 https://www.un.org/fr/chronique-onu/la-pand%C3%A9mie-de-covid-19-et-la-violence-%C3%A0-l%E2%80%99%C3%A9gard-des-femmes-et-des-filles

Il est important de tenir compte de cette situation dans les mesures d’urgence qui sont prises par les gouvernements, car les droits des femmes sont des droits humains et il n’y a rien de normal ou naturel à violenter les femmes. Ainsi, il est crucial d’avoir plus de femmes dirigeantes, car comme le souligne ThinkGlobalHealth « les questions d’égalité ne sont véritablement intégrées dans les réponses d’urgence que lorsque les femmes et les groupes marginalisés sont en mesure de participer à la prise de décision » 3 https://www.thinkglobalhealth.org/article/gender-and-coronavirus-outbreak {/mfn]

Inégalités de genre : le top 3 des pays les plus égaux sont dirigés par des femmes et ont des congés parentaux égalitaires

Selon le Forum Economique Mondial, qui sort tous les ans un Index mondial de l’Inégalité de Genre, voici les 10 meilleurs pays dans le monde sur la parité en 2020 :

Classement des 10 meilleurs pays  pour l'égalité de genre, par le Forum Economique Mondial
L’Islande est en première position depuis 11 ans, tandis que la France est absente du top 10 ! L’élégance à la française ne se soucie visiblement pas beaucoup de réduire les inégalités de genre. Cependant, soyons optimistes et soulignons que la France fait partie des seuls 10 pays qui donnent des droits égaux entre femmes et hommes d’un point de vue légal. 3https://www.statista.com/chart/17290/countries-with-most-equal-rights-for-women/

On remarque que dans ce top 10, cinq pays ont des femmes à leur tête (Islande, Norvège, Finlande, Nouvelle-Zélande et Allemagne), dont les trois premiers. En se concentrant sur les trois premiers, il est intéressant de faire un parallèle avec les mesures de congé parental mises en place dans ces pays. La grossesse et la maternité sont des moments de vie qui creusent le fossé inégalitaire entre hommes et femmes, avec notamment des conséquences sur l’emploi et l’employabilité des femmes, ce qui implique des conséquences économiques et sociales. Notons qu’1 famille sur 4 est monoparentale et que dans 83% des cas, c’est une femme seule qui assure les charges de la famille.4 https://www.mr.be/wp-content/uploads/2019/09/CJG-Etude-Famille-monoparentale.pdf Ainsi, s’intéresser aux mesures de congé parental est crucial pour réduire les inégalités. Un enfant conçu dans un couple, c’est une responsabilité partagée, il n’y a pas de raison objective pour que la femme subisse quasiment toute la charge mentale, notamment durant la période de congés maternité. Soyons logiques : une femme vient d’accoucher, elle a besoin de congés pour se reposer et faire connaissance avec son enfant, elle a donc aussi besoin que son partenaire soit présent pour partager les tâches et le partenaire devrait aussi prendre le temps de connaître son enfant. Ce n’est pas un sujet anodin, c’est un sujet important de proposer des congés parentaux décents et égalitaires !

Le gouvernement Macron annonçait en Septembre 2020 que le congés paternité durerait désormais 28 jours à partir de juillet 2021 (au lieu des 11 jours actuels + 3 jours de congés de naissance), avec 7 jours obligatoires au moment de la naissance de l’enfant. C’est une avancée, mais cela reste trop maigre en face des 16 semaines de la mère.

D’autant plus quand on voit les mesures en place chez nos trois voisins nordiques en tête du classement sur l’égalité de genre :

  • En Islande, le congé parental se découpe de la manière suivante :

– 3 mois pour la mère
– 3 mois pour le père
– 3 mois à se partager.
Si le père ne prend pas les 3 mois de son congé paternité, aucun des deux parents ne peut prendre les 3 derniers mois.

Katrín Jakobsdóttir — Wikipédia

L’islande est dirigée par Katrín Jakobsdóttir, Cheffe d’Etat de l’Islande depuis 2017, écologiste, féministe et anti-militariste.

  • Lors d’une naissance en Norvège, les parents bénéficient d’un total d’un an de congé payé pour rester tour à tour avec leur enfant :

– 3 semaines à la naissance pour le couple
– 15 semaines pour la mère
– 15 semaines pour le père
– 16 semaines à se répartir comme bon leur semble.
Si le père n’utilise pas ses congés les 16 semaines sont perdues pour tout le monde.

Erna Solberg - Contributeur de l'Agenda | Forum Économique Mondial

Erna Solbeg est la Première Ministre norvégienne depuis 2013, faisant donc partie des 20 femmes cheffes d’Etats dans le monde actuellement.

  • Depuis 2021 en Finlande :

Les pères comme les mères ont le droit à près de 7 mois de congé parental indemnisé après la naissance : les 2 parents reçoivent 164 jours chacun et un des parents peut donner jusqu’à 69 jours à l’autre s’il le souhaite.

Sanna Marin, cheffe d'état de la Finlande

Sanna Marin est Cheffe d’Etat de la Finlande depuis 2019, son gouvernement est majoritairement féminin, elle est fille d’un couple de femmes. À 35 ans, elle est la plus jeune dirigeante du monde actuellement.

Ces trois pays ont des congés parentaux égalitaires et confirment l’idée que les questions d’égalité de genre sont généralement mieux traitées et priorisées quand les femmes sont décisionnaires. Il faut donc continuer de défendre les droits des femmes, de prendre notre place dans la société, d’élever la voix et ouvrir la voie, pour que nos existences de femmes soient autant valorisées, respectées, considérées que celles des hommes, car nous ne valons pas moins.

Je vous souhaite à toutes un excellent 8 mars, Journée Internationale des Droits des Femmes !

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.