J’avais vu vaguement passer quelques tweets sur la série phénomène Sex/Life, faisant état d’une série “chaude”, mais rien qui ne pousse réellement ma curiosité. Puis, voyant passer la bande-annonce sur Netflix, je me laisse séduire et tente l’épisode 1… et me voici en un rien de temps en train de binge-watcher et de regarder toute la saison d’une traite. Sex/Life raconte le dilemme sans fin de Billie, femme mariée et mère de famille qui se retrouve obsédée par ses souvenirs de jouissance sexuelle avec son ex (toxique) Brad, et qui se demande où est passée la bitch en elle qu’elle aimait tant et qu’elle sent toujours présente au fond d’elle. Malgré plusieurs défauts, voici 6 raisons de trouver la série sex-positive et de l’aimer pour cela !

Qu’on se le dise, Sex/Life n’est pas la série de l’année, qu’on pourrait célébrer pour son jeu d’acteurs époustouflant, ni même une série à prendre au 1er degré. C’est plutôt une sex romance, que je qualifierais de mélange des genres entre Bridget Jones, 50 nuances de Grey et Toi, Moi & Elle. Il ne faut donc pas s’attendre à du grand cinéma, mais il faut s’attendre à quelques clichés un peu lourdingues. Cependant, la série Sex/Life n’est pas dénuée du tout d’intérêt quant aux aspects de la sexualité féminine, de la relation de couple, des difficultés de la vie femme/mère et des relations toxiques qu’elle aborde avec un regard inhabituel et finalement intéressant.

1 Billie est une B.I.T.C.H assumée

Billie veut retrouver son âme de BITCH, et par ce mot j’évoque effectivement le mot salope, mais surtout un acronyme que j’ai trouvé et affectionne particulièrement : “Baiseuse Indépendante Tout Comme les Hommes”. Billie a des envies de sexe plus fortes que son mari et sentir sa libido de couple en berne l’impacte négativement et la frustre de plus en plus. Elle devient obsédée par les souvenirs de sexualité fougueuse et de plans cul à profusion de sa jeunesse, et notamment de sa sexualité avec son ex Brad. Fait assez rare pour être souligné : on est face à une femme mariée et mère et pourtant pleine d’un désir bouillant, et qui assume publiquement son envie de wild sex. La mère et la putain sont donc enfin réunies à l’écran, plutôt que d’être opposées, hallelujah ! Montrer une femme actrice de sa sexualité, active dans ce domaine, exprimant clairement ses désirs et frustrations malgré son statut d’épouse et de mère est un move positif, qui va parfaitement à l’encontre des représentations féminines habituelles. En effet, le père de la psychanalyse Sigmund Freud avait théorisé l’idée de l’opposition entre la mère et la putain, comme étant un phénomène régulant le désir notamment des hommes envers les femmes. Pour résumer grossièrement, il y a la figure de la “putain” (la femme qui est désirée sexuellement mais rabaissée) et celle de la “mère” (la femme aimée et si respectée, voire sublimée, qu’il n’y a plus de désir sexuel pour elle, pour ne pas la “souiller” ). On aurait donc coutume de dire qu’un mari infidèle repart à la recherche de la putain tout en gardant la « mère » à la maison.  Partant de ce postulat, il devient transgressif de la part de Sex/Life de montrer les deux parts existantes et actives en une seule femme. La série permet aussi de se reposer l’éternelle question “est-ce que fantasmer c’est tromper ?”

2 Le cunnilingus, la masturbation féminine, et le cerveau sont au cœur du plaisir sexuel

Sex Life

Alors, oui il y a beaucoup de scènes de cul dans Sex/Life, il faut vous y attendre ! Différentes critiques de la série pointent le fait que « c’est trop facile de montrer du cul partout, on a compris que le sexe fait vendre ». Bon… certes, mais de toute manière la série s’appelle Sex/Life, encore heureux qu’avec un titre pareil, la promesse soit respectée de montrer le sexe et la vie et le sexe dans la vie. Bien sûr, si l’idée de regarder plusieurs scènes de sexe plutôt franches dans une série vous déplait, la série vous déplaira probablement. Néanmoins, il faut mentionner la volonté de montrer une sexualité féminine où le regard sur le plaisir est justement féminin ! La plupart des scènes de sexe où Billie prend son pied ne sont pas basées sur la pénétration, on lui administre des cunnilingus excitants, elle jouit en se masturbant ou en se faisant masturber, elle sent sa libido grimper rien qu’en regardant le corps de son mari nu déambuler devant elle dans la salle de bain, ses souvenirs avec Brad la chauffent… bref, son excitation et son plaisir fonctionnent sur des mécanismes féminins. La pénétration n’est évidemment pas absente des représentations, car la sexualité pénétrante procure aussi du plaisir, mais elle n’est pas montrée comme le seul et unique point central de son plaisir et de son accès à l’orgasme. Le pouvoir du fantasme et des souvenirs est un énorme turn-on, et je ne peux que féliciter la mise en avant de cette réalité trop souvent niée : le désir et l’orgasme ont beaucoup à voir avec le cérébral, encore plus qu’avec le corps ! Il faut rappeler ici que Sex/Life est réalisée par Stacy Rukeyser, adapté de l’autobiographie “44 chapters about 4 men” écrite par l’américaine B.B Easton, c’est donc une création issue de deux regards de femmes.

3 Le stéréotype mari ennuyeux / amant fougueux est présenté avec quelques subtilités intéressantes et pertinentes

La série a l’audace de montrer une réalité non binaire de la vie de couple et de la vie de parents. Billie n’est pas dans un « burn-out » total de sa vie d’épouse et mère de famille, contrairement au personnage principal de la série Mytho, qui est dans une dépression très profonde et un rejet total de sa vie de mère dans laquelle elle se sent emprisonnée. Elle n’a pas non plus totalement perdu son désir pour son mari, au contraire, on nous la montre plutôt comme ayant plus de désir sexuel que son mari et en demande active d’une sexualité plus vivante entre eux (spoiler : une des premières scènes de la série, montre Billie en train d’initier l’acte sexuel entre eux dans le lit, son mari a du mal à se concentrer sur elle et simule, car il essaie de continuer de regarder le match de foot en même temps).

Serie Sex Life netflix

Quand son mari tombe sur le journal intime de Billie et réalise qu’elle fantasme encore sur son ex, mais aussi qu’elle a eu une vie sexuelle plus dense que lui avec plusieurs plans cul par le passé, il se sent blessé, mais plutôt que d’entrer dans une colère noire et de penser à une séparation, il réfléchit à comment améliorer la situation de leur couple. Il va même aller jusqu’à tenter de « rejouer » un fantasme déjà vécu par Billie avec son ex, pour tenter de combler son manque. On aime ou on n’aime pas cette scène, il y a ici le beau geste de faire comprendre qu’un couple qui dure est un couple qui ose faire des compromis, des efforts, se questionner sur soi-même, communiquer, prendre en compte l’évolution de l’autre et sortir parfois de sa zone de confort pour sauver son couple. La jalousie, qui est souvent encensée dans les films et séries, prend finalement peu de place dans Sex/Life et la crise de couple ne mène pas automatiquement à des engueulades violentes et à des menaces de séparation, au contraire, la communication non violente et le désir de trouver des solutions sont au cœur du cheminement. Même si la série montre clairement que cela ne résout pas tout et n’est pas aussi simple.

4 La sexualité est montrée sous différentes facettes sans tabou

Sex/Life montre beaucoup de sexe c’est vrai, les scènes de cul abondent et s’enchaînent pas mal. Ce qui est intéressant là-dedans, c’est que la série tente un peu de sortir des images habituelles du sexe. Alors oui, il y a un passage où le sexe imposant de Brad est montré de façon super grossière, dans le but de montrer que la guéguerre de kékettes des hommes se joue à ce niveau, mais vu que la scène est très second degré, on va leur pardonner ce passage inutile au possible et stéréotypé. Cela mis à part, Billie a des relations sexuelles dans des escaliers de lieux publics, dans une voiture où elle s’en fiche d’être vue par des regards curieux, idem dans une ruelle en sortie de boîte, elle ose l’échangisme un soir avec sa meilleure pote et leurs deux mecs du moment, bref elle n’a pas peur de se laisser aller à faire l’amour dans des lieux insolites. Elle ira même jusqu’à se masturber dans une scène assez épique où sa meilleure amie est impliquée, même si cette scène est ultra problématique sur un point majeur : Brad filme sa relation sexuelle avec la meilleure amie sans son consentement et Billie n’y voit visiblement aucun problème, au contraire. On est en plein dans la caricature de la soumission de “la meilleure amie racisée”, comme l’explique très bien la page Instagram Sans Blanc De rien.

Les relations et soirées libertines sont aussi montrées brièvement dans la série, avec une certaine bienveillance bien que caricaturées malgré tout. Il est intéressant de noter que le passage en soirée libertine du couple Billie/Cooper, casse une croyance erronée sur les “bitch” : non, ce n’est pas parce qu’une femme a une forte libido et des envies sexuelles sans tabous, qu’elle est forcément ok pour tout faire, peu importe le contexte, peu importe la personne. La réalité est toujours plus complexe que cela et merci à Sex/Life de le montrer également.

5 Le schéma “idéal” du couple hétéro monogame “qui vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants” est questionné du point de vue féminin

Dans combien de films et séries ose-t-on réellement montrer que la vie parfaite du couple marié se vit avec des doutes et des questionnements ? Dans combien d’autres réalisations a-t-on l’opportunité de voir une femme qui se sent tiraillée entre la jeune femme fêtarde à la sexualité débordante qu’elle était, et la nouvelle mère/épouse qu’elle est à qui on demande de jouer la femme rangée parfaite ? J’ai coutume de dire qu’un schéma qui n’est jamais questionné est justement celui qui cache le mieux ses problématiques, c’est l’arbre qui cache la forêt. Il n’y a pas de raison de ne pas affronter de temps à autre le schéma idéal hétéro monogame. La situation de Billie permet d’aborder le post-partum, de questionner nos définitions de l’infidélité et de réfléchir sur le modèle monogame. Est-ce parce qu’une situation est présentée comme la norme dominante et l’idéal à poursuivre qu’elle correspond forcément à tout le monde ? Le conflit entre feu de la passion et la raison du mariage a déjà été magistralement abordé dans un film comme Sur la route de Madison ou le roman Madame Bovary, mais le cas de Sex/Life, ce qui est intéressant est que son sentiment n’est pas aussi binaire que pour Francesca et Emma dans les œuvres précédentes. Billie ne déteste pas son mari ou son mariage, elle n’est pas l’ombre d’elle-même dans sa vie de famille, elle craint de le devenir. Elle se questionne avant qu’il ne soit trop tard dans son couple. Et c’est cette tension interne, ce sentiment d’être au bord du précipice et ce désir brûlant de sauter, qui rend la série vraie, profondément féminine et éminemment transgressive.

Sex Life

6 La série Sex/Life n’est pas parfaite mais elle ose affronter les paradoxes du désir et poser la femme en sujet de son désir

Oui, le personnage de Brad est un pervers narcissique super toxique, montré avec un peu trop de romantisme. Il est clair que Sex/Life nécessite de prendre du recul sur ce qui est montré, de voir cela avec un esprit critique. Mais, il est intéressant de noter que les critiques négatives tapent sur la toxicité de la relation Brad-Billie, dont justement les travers sont montrés de façon assez crue et évidente, alors que 90% des histoires d’amour montrées au cinéma sont toxiques par essence, mais montrées plus subtilement, de façon plus normalisées. Il suffit de lire Le regard féminin d’Iris Brey, pour réaliser à quel point la majorité des productions nous vendent des schémas toxiques et une vision dégradante de la femme sans même qu’on s’en rende compte. Est-ce parce que Billie est active dans son envie de Brad et que la relation toxique n’est pas montrée comme uniquement subie mais co-construite, que cela dérange plus ? Est-ce parce que le sexe est au cœur de l’addiction relationnelle et non le sentiment amoureux “pur” que l’histoire choque plus ? Le sexe fait vendre à l’image c’est vrai, mais généralement on montre la femme comme objet de désir et non comme sujet de son désir et de sa sexualité. Si une personne est en manque de sexe dans le couple, c’est forcément l’homme qui vit une frustration, or là c’est l’inverse. C’est inhabituel de montrer une femme pour qui le sexe fait partie du ciment de son couple (plus que pour son mari) et du ciment de son bien-être personnel. Car oui, le sexe peut être un élément de bien-être personnel pour une femme mariée ! Billie sait que Brad est toxique, mais elle ne peut nier l’extrême jouissance qu’elle a vécu avec lui, qui reste un fantasme vivant en elle. Elle aimerait à la fois revivre ces sensations et le craint en même temps. Brad est manipulateur, Brad est cet ex qu’il faut à tout prix fuir et ghoster, mais…

L’important est que Billie assume sa sexualité de femme et prend les devants de cette sexualité, à l’image de cette dernière phrase prononcée pour clôturer la saison : “NOW FUCK ME”. La messe est dite.

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.