Je suis allée voir le spectacle érotique proposé par Sweet Paradise, le bar à fantasmes du quartier Montorgueil à Paris. Entre théâtre, cabaret, effeuillage et humour, un spectacle d’un nouveau genre pour faire monter le public en excitation.

Un genre nouveau pour éveiller nos sens et notre désir

Je ne connaissais pas le concept du bar à fantasmes, mais le lieu a plutôt la tête de l’emploi : pignon sur rue très discret, escalier étroit pour descendre vers les salles de plaisir. La première pièce fait office de bar, accueil, salon où est exposé un échantillonnage de produits sexys : sextoys, huiles de massage, quelques dessins érotiques et un mur de culottes ! le ton est donné, clairement le sexe est LE sujet mais avec une bonne dose d’auto-dérision. On s’y retrouve en couple (j’en compte 2), en groupe d’amis (5 personnes sont venues ensemble, 2 autres potes aussi), en solo (que des hommes… et moi). Un verre à la main, tout le monde est mis à l’aise grâce à l’accueil chaleureux de l’hôtesse. Le dress code est chic : les hommes portent des costumes ou des pulls à col roulé très moulants, les femmes portent des robes noires ou imprimées léopard.

L’immersion débute très rapidement, l’une des 4 comédiennes nous assène (en nous offrant un macaron à l’amaretto) de rentrer dans la deuxième salle qui fait office de petit théâtre : fauteuils de différentes tailles et formes, tous en velours, tous très confortables. Les convives choisissent leur niveau d’immersion, avant de s’installer : bleu, je ne veux que regarder ; jaune, je peux être interpellé.e ; rouge, je veux participer activement. Sur les 20 personnes le soir où j’y étais, j’ai compté 10 jaunes, 4 timides bleus et 5 rouges (tous masculins, pour rester un peu dans les clichés).

Mur de culottes Sweet Paradise

Je me suis installée au premier rang pour ne rien louper, comme toutes les personnes qui sont venues seules d’ailleurs : c’est-à-dire 4 hommes et moi, ce qui n’a pas manqué de surprendre certains convives qui me l’ont fait remarquer par la suite. La soirée se termine en effet dans la salle d’accueil et les discussions sont très faciles à lancer. Aucun doute, les personnes sont là pour découvrir de nouvelles choses : des sorties hors des sentiers battus, des discussions avec des inconnu.e.s (tout le monde m’a répondu avec la plus grande bienveillance), des moyens de s’émoustiller (en couple ou en solo). Une expérience réussie pour les personnes curieuses ! 

Les danses ne ciblent pas tous les publics mais sont efficaces

Le pitch du spectacle auquel j’ai assisté est assez simple, comme dans un bon porno 90’s du dimanche soir sur M6 : Rose-Marie, qui est sur le point de se marier, avoue à sa mère, sa sœur et au public (qui fait partie de la famille) qu’elle n’a jamais eu d’orgasme de toute sa vie

S’ensuit une série de saynètes, qui sont des numéros solos de chaque danseuse (sauf pour un duo), où l’on découvre des univers très différents, correspondant à chaque personnage et… il faut se le dire à un archétype des fantasmes masculins : une milf très vamp, une débutante très dévergondée, une intello dominatrice, une androgyne et le “girl on girl” pour final. Même si toutes les comédiennes sont caucasiennes, une certaine diversité arrive à faire son chemin : longue et courte, blonde, brune, rousse, tous les types de chevelure sont représentés. 

Effeuillage de danseuse Sweet Paradise

Je salue : les danses très bien exécutées, l’intensité des regards soutenus et personnalisés pour les convives, l’écriture fine et efficace des textes (on rigole franchement et souvent), les choix musicaux qui nous mettent très vite dans les différentes ambiances… mais je suis une femme cisgenre hétérosexuelle et je ne me suis pas reconnue dans la cible du spectacle. Ce qui est probablement lié aux activités historiques de My Sweet Paradise, service de réalisation de vos fantasmes, où j’imagine facilement que la clientèle soit majoritairement masculine. Là aussi, des danses privatives peuvent être commandées par qui le souhaite et il serait assez compréhensible que les danseuses soient particulièrement attentives aux convives qui pourraient vouloir continuer la soirée. 

C’est indéniablement le corps des femmes qui est mis en scène, ce qui permet aussi à un public lesbien de profiter du spectacle (l’hôtesse me racontait que la veille de ma visite, le public était majoritairement constitué de couples de femmes). J’ai noté un certain effort pour les femmes hétérosexuelles comme moi : quelques photos d’hommes dénudés en érection ont été partagées sur un écran d’ordinateur lors d’une des saynètes. Et j’ai bon espoir que cela continue à évoluer pour érotiser encore un peu le corps des hommes et proposer aux femmes hétéro de s’abandonner au fantasme. En plus le spectacle change tous les 6 mois si j’ai bien compris. 

Alors, est-ce que l’offre cible peu les femmes hétérosexuelles parce qu’elles fréquentent moins des lieux ? Ou bien, est-ce que les femmes y sont rares parce que l’offre ne s’adresse pas directement à elles ? Est-ce qu’une soirée thématique, une fois par mois, pour un public féminin hétéro, ne serait pas une idée à explorer ? Je serais partante pour tester ! 

Site officiel du bar à fantasmes Sweet Paradise : https://www.sweetparadiseparis.com/

De Despentes à Liv Stromquist, mes influences me poussent à ne rien prendre pour acquis et à toujours remettre en question ce qui est considéré comme beau, excitant et source de plaisir.