Camille a encore frappé : en proposant de combler un vide, de parler tout haut de ce que beaucoup pensent tout bas. Fidèle à son style qui a fait le succès de son compte Insta @jemenbatsleclito, Camille nous a amené.e.s à parler vrai. Nous avons parlé de ce qu’est être une femme surtout (mais aussi être un homme) dans une société sexualisée, mais où on parle encore trop peu de sexe en 2021. En combinant talk, forum et musique, Camille crée l’agora des sexualités. 

L’agora des sexualités attire surtout des femmes

Avant même d’entrer dans la salle, j’entends depuis l’escalier de la salle de spectacle un bruit inhabituel : un bourdonnement de voix féminines. Il y a du monde, beaucoup de monde, l’Européen et ses 350 sièges est quasi plein. Ces voix sont impatientes, les discussions sont animées en attendant que ça commence. Je me dis que c’est ce que doivent ressentir les hommes lorsqu’ils remplissent les stades de foot avant que le match démarre : beaucoup d’excitation et zéro inquiétude parce qu’après tout, on est entre nous. 

Dans la semi pénombre et en attendant moi aussi que Camille arrive, j’observe le public : caucasien pour la très grande majorité et une petite vingtaine d’hommes, la quasi totalité ayant accompagné leur compagne, ça se voit. Ca se sait aussi, Camille va les charier d’entrée de jeu : Alors… les hommes ? Avouez, qui est venu sous la menace de sa +1 “si tu viens pas, je te quitte”. Certes, ils sont en minorité, mais leurs témoignages vont illustrer le courage qu’il faut pour être un homme engagé pour d’autres sexualités en 2021. Big up aux hommes JMBLC ! 

Et du courage, les personnes présentes ce soir-là en ont montré pour venir, pour exprimer leur accord avec les propos très décomplexés de Camille, pour raconter leurs expériences tout à fait personnelles et touchantes (parfois des trémolos dans la voix).

Un show hors catégorie et “feel good”, à l’image de Camille

Depuis 2018, année où elle crée le compte @jemenbatsleclito presque sur un coup de tête, la vie de Camille a changé. Elle sait que son compte est devenu, comme elle le dit elle-même, “un compte d’éducation sexuelle, malgré lui”. Camille est là pour les personnes qu’elle éduque “malgré elle” et l’affiche ouvertement : lorsqu’elle prend le micro et commence son intervention, les lumières sont encore éteintes et avant même d’arriver sur scène, elle nous encourage à nous applaudir. La vraie vedette de ce soir, c’est le public de Camille.

Camille Aumont Carnel

La soirée s’organise en trois temps : l’entrée sera un talk (30 min) sur son parcours et sa vision, le plat de résistance sera un débat où la salle prend le micro (100 min) et le dessert consistera en une initiation au twerk ! 

La première demi-heure ressemble beaucoup à Camille : le discours est franc, précis, drôle et “unapologetic” (pas de traduction satisfaisante en français, mais en gros “qui ne s’excuse pas, ne présente aucun remord ni regret”), tout comme la flamboyante robe rouge que porte Camille ! 

“Je suis en train de tomber amoureuse de moi-même et c’est merveilleux” “plus jamais, je ne m’excuserai d’être moi.” Le ton est donné et résonne particulièrement auprès des femmes qui grandissent dans une société qui les prédestine à devenir des créatures intelligentes mais pas trop, sexy mais pas trop, brillantes mais pas trop. “Non, je ne suis pas trop” nous dit Camille.

Pour mettre tout le monde à l’aise, Camille nous réexplique les multiples manières de décrire (et catégoriser par la même occasion) les personnes : d’une manière biologique en se référant aux organes génitaux, ou sociale (et vestimentaire) en privilégiant le genre, ou sexuelle en explicitant ce qui suscite notre désir (ou absence de désir pour les personnes asexuelles). Chaque individu étant un mix de tous ces composants. Ensuite, une méthode simple est proposée pour que chaque personne qui prendra la parole puisse se présenter de manière à ce que les interactions soient respectueuses : le prénom, le pronom privilégié (il, elle, ielle) et le choix du tutoiement vs. vouvoiement. Et c’est parti pour quasi 2h d’agora sur les sexualités !

On passe en 100 min du “feel good” au “feel woman” 

Parce qu’encore aujourd’hui le sexe n’est pas suffisamment évoqué, expliqué, enseigné, Camille propose de tout mettre sur la table. Sans autre consigne que d’avoir envie de partager (une expérience, un avis, un coming-out, un coup de gueule, un compte insta éducatif, etc.), le public se lance dans l’agora et très rapidement tout le monde se parle, rebondit sur les interventions des autres, se donne des conseils. Les personnes sont toutes très précises dans leur intervention, dans le don et le partage, jamais dans la dénonciation. Je m’étonne du niveau de sophistication générale des prises de parole (devant 350 personnes, rappelons-le).

Pari tenu puisque les échanges vont bon train et on parle des multiples facettes de nos vies : contraception (je découvre la symptothermie) notamment masculine, formations à la sexualité, podcasts utiles pour comprendre et expérimenter, projets associatifs pour développer l’éducation, coming-out très émouvant d’une jeune fille de 19 ans, maltraitances gynécologiques et recommandations de “bons médecins”, témoignages de harcèlements et de violences, surtout en cuisine (Camille a travaillé 4 ans pour différents restaurants après avoir fait l’école Ferrandi). La dernière demi-heure est quasi tragique bien que très réaliste : les témoignages de femmes harcelées se succèdent et j’ai l’impression d’être immergée dans le chat du compte JMBLC que Camille gère au quotidien. 

La soirée se termine par un moment très jovial et positif (bien pensé !). Camille nous explique comment twerker et trois morceaux de musique plus tard, le public repart reboosté à bloc. C’est ça aussi le talent de Camille : pouvoir recueillir avec beaucoup d’humanisme et de générosité les tristes témoignages des personnes qui lui font confiance, mais en réussissant à nous détourner de cette intensité, avec élégance et espièglerie. Un équilibre compliqué mais ô combien essentiel ! 


Camille c’est aussi une marque, avec le coffret réalisé en collaboration avec Passage du Désir que l’on aime beaucoup chez Desculottées.

De Despentes à Liv Stromquist, mes influences me poussent à ne rien prendre pour acquis et à toujours remettre en question ce qui est considéré comme beau, excitant et source de plaisir.