Sofia Doudine a un style reconnaissable immédiatement, avec son univers graphique coloré, aux contours élégants et fluides, qui reflètent une grâce et beaucoup de sensibilité. Ses illustrations éminemment féministes, représentent souvent des femmes qui dégageaient une assurance et une pleine conscience de leur féminité. Et fait encore trop rare dans le monde de l’illustration : ces femmes ne sont pas exclusivement blanches, mais privilégient les autres diversités ethniques, notamment du continent Africain.

Sofia Doudine a répondu à nos questions et vous propose de gagner 2 illustrations réalisées spécialement pour Desculottées. Rendez-vous aujourd’hui sur la page Instagram Desculottées pour participer au jeu-concours !

Sofia Doudine, qui es-tu ?

Je suis une graphiste et illustratrice de 33 ans basée à Paris. J’ai d’abord grandi dans les Vosges jusqu’à l’âge de 11 ans et ensuite en région parisienne. Petite dernière d’une famille de 8 filles, je n’ai jamais quitté – j’espère – mon âme d’enfant curieuse, joueuse, aventurière et rêveuse. De part ma curiosité et mon envie constante d’apprendre, j’ai du mal à me contenter d’une seule passion, alors pour ne citer que celles qui m’accompagnent vivement ces dernières années, les voici : la littérature, le graphisme, l’illustration, les langues, le voyage, le roller et les jeux vidéos !

Quand et comment as-tu commencé à dessiner ?

J’ai dessiné de manière sporadique durant toute mon enfance, et un peu plus quand je suis tombée dans l’univers des mangas et des animés durant mon adolescence. Puis, presque plus rien jusqu’en 2018, lorsque je me suis remise en question professionnellement. Je me suis -enfin- rendu compte que faire du webdesign et du web development ne me procurait plus aucun plaisir, je me suis donc recentrée sur mes points forts : la création graphique. Indépendante depuis 2009 et souhaitant désormais attirer des projets en accord avec mes aspirations, je décide – et non sans peine – de montrer ce que je sais faire sur mon compte Instagram.

Il m’a fallu un certain courage pour publier mon premier dessin, c’est ridicule parce que c’est sans danger et au contraire j’avais tout à y gagner. J’ai rapidement compris que je ne serai jamais totalement satisfaite et que je devais l’accepter pour avancer, donc j’ai publié une première série de dessins imparfaits mais néanmoins terminés ! Le fait même de les publier étant déjà un accomplissement en soi, cela m’a encouragé à poursuivre dans ce sens. J’ai été agréablement surprise et profondément touchée par l’accueil qu’ont reçu mes illustrations. Depuis, je ne me suis jamais arrêtée de dessiner. 

Tu dessines exclusivement des femmes, dans un univers “pop” ultra coloré. Ce que j’adore notamment, c’est que tu représentes des physiques de tous types ethniques, une diversité encore trop rare, même dans l’illustration féministe. Pourquoi as-tu fait ces choix artistiques et qu’essaies-tu de transmettre comme message via ton art ?

Grandir dans un milieu exclusivement féminin, de culture marocaine et dans une ville multiculturelle telle que les Mureaux (78) a indéniablement influencé mes créations. J’ai longtemps observé et admiré mes 7 grandes sœurs mais aussi les femmes que je rencontrais au quotidien, principalement originaires du continent Africain. Puis, la vie parisienne et les voyages m’ont permis d’élargir ce champ d’exploration, en gardant toujours un regard tendre sur les femmes.

Elles me fascinent par leurs originalités, leurs parcours de vie, leurs forces, leurs beautés, leurs personnalités complexes loin des clichés qu’on veut bien nous donner.

Le parti pris graphique coloré est venu naturellement. Quoi de mieux pour représenter la multiplicité des ethnies, des corps, des personnalités, des émotions que la couleur ? Quand on me pose cette question, la phrase de l’artiste peintre Pierre Soulages me revient toujours : “C’est ce que je fais qui me dit ce que je cherche”. Ainsi, je crois que j’essaie simplement de transmettre mon regard que je porte sur les femmes qui peuplent ma/nos vies.

Si tu devais choisir 3 adjectifs pour décrire ta vision des femmes, lesquels choisirais-tu ?

Puissantes, Courageuses et Sublimes !

Sur Desculottées, comme tu le sais, on parle de sexualité ! Pour toi, quels sont les éléments importants pour une sexualité positive ?

A mon sens, la sexualité – tout court – ne devrait être que positive car c’est un espace intime de bien-être, d’épanouissement, qui doit être fait dans la bienveillance, le respect de chacun et dans le consentement mutuel des partenaires. S’il en est autrement, il faut s’avoir se faire entendre, haut et fort. Peu importe le degré d’importance que l’on donne à la sexualité dans nos vies, il est primordial d’être en accord avec nos corps et nos pensées pour la vivre de manière positive et ce, malgré les injonctions multiples de la société qui polluent nos esprits. Prendre soin de soi, apprendre à s’aimer et se connaître à notre rythme en cessant de projeter des images, des opinions – souvent erronées – que l’on prête aux regards d’autrui sur nous-même. 

Un sort est jeté, tu n’as le droit de garder qu’un seul de tes dessins, lequel serait-il et pourquoi ?

Knowing yourself is the key, la femme devant son ombre.

C’est un des premiers dessins que j’ai publié sur Instagram, je me cherchais encore beaucoup graphiquement – c’est toujours le cas d’ailleurs – et j’avais envie d’exprimer la quête de soi. Une espèce de quête mystique qui personnellement m’habite constamment. Je suis très à l’aise avec mon “moi” intérieur ce qui me permet de passer beaucoup – trop – de temps seule. Je ne m’ennuie jamais. Cependant sur le chemin j’ai appris qu’interagir avec les gens que j’aime – mais pas que – était vital pour mon équilibre. Toutes ces énergies me nourrissent et font de moi la personne que je suis aujourd’hui. Tout ce blabla pour dire que pour être en harmonie avec son environnement, il faut l’être avec soi-même car pour la plupart de nos problèmes, la solution est en nous-même.

Des projets à venir ?

Une exposition à la Maison de la Tunisie à Paris ( Cité Universitaire ) dans le cadre de l’exposition Hors Écran de la galerie Art For Ness. J’y expose 3 de mes illustrations dont une nouvelle création créée spécialement pour l’occasion. Venez jeter un coup d’œil à partir du 2 février, ça dure un mois et il y aura également plein d’artistes d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à découvrir ! 

Les chiennes ne font pas les chattes. J'oscille entre les deux.