Comme bon nombre de sujets touchant à la sexualité des personnes à vulves, l’orgasme multiple reste encore largement méconnu par une grande partie de la population. Et pourtant, il existe bel et bien et sa découverte suscite une intensité de sensations.

L’orgasme multiple, c’est quoi ?

L’orgasme multiple, également appelé “multiorgasmie”, désigne la capacité à avoir plusieurs orgasmes d’affilés ou semi continus lors d’une stimulation des parties génitales uniquement. L’orgasme mammaire (orgasme qui survient essentiellement via la stimulation des tétons) n’est pas pris en compte dans la multiorgasmie.

La période réfractaire, c’est-à-dire, le temps nécessaire avant de ressentir à nouveau un désir remonter, est très courte chez les personnes à vulves, elle peut aller de quelques secondes à quelques minutes seulement ; contrairement aux personnes à pénis qui ont une période réfractaire plus ou moins longue pouvant aller de quelques minutes à plusieurs heures. Ainsi, les personnes à vulves ne sont donc pas limitées à un orgasme unique ! 

“Photo by Deon Black on LetsTalkSex“

Selon certaines études, 62 % des français.e.s l’auraient déjà expérimentée (“Les femmes, le sexe et l’amour” de Philippe Brenot, éditions Arènes). Néanmoins, il n’existe pas réellement de chiffres ou d’études approfondies sur l’orgasme multiple… reflet d’un problème structurel : une panoplie de sujets concernant le bien être sexuel des personnes à vulves demeurent encore très peu étudiées.

Nous avons donc interrogé Camille Bataillon, une sexologue clinicienne, connue pour son compte Instagram @camilleparlesexe afin d’avoir plus d’éléments de réponses. Selon elle, peu de patientes parlent de l’orgasme multiple car “bien avant ça, il y a la question d’avoir un orgasme”. En effet, des études ont démontré les inégalités face à l’orgasme. La docteure Laurie Mintz développe l’idée d’orgasm gap (ou fossé orgasmique en français). Il a été prouvé que les femmes cisgenres hétérosexuelles avaient moins d’orgasmes que leurs partenaires masculins. Pour les personnes bisexuelles ou lesbiennes, le nombre d’orgasme est ainsi supérieur aux personnes cis hétéro. Il existe également une disparité entre les personnes célibataires et celles en couple, les personnes auraient significativement plus d’orgasme en se masturbant qu’en ayant des relations sexuelles. La question de l’orgasme multiple est donc secondaire face aux difficultés des femmes cis hétéro à atteindre un orgasme. Toutefois, Camille Bataillon part du principe “qu’à partir du moment où on peut ressentir des sensations plaisantes; c’est déjà des sensations orgasmiques donc tout le monde pourrait avoir des orgasmes multiples”.

Nous sommes allées à la rencontre de ces personnes ayant déjà ressenties un orgasme multiple. Plusieurs témoignages ont été partagés, environ une vingtaine de personnes allant de 20 à 38 ans ont répondu à nos questions.

couple de lesbiennes qui s'embrassent au lit

La découverte de l’orgasme multiple

La majorité des personnes interrogées expliquent qu’iels ont découvert l’orgasme multiple via l’exploration de leurs corps en solitaire. L’importance de connaître ses désirs est souligné par Pêche, 21 ans. Cette dernière a découvert l’orgasme multiple grâce à la plateforme voxxx  qui lui a permis de trouver un podcast correspondant à ses désirs. Certaines, plus rares, expliquent avoir découvert l’orgasme multiple “lors de rapports sexuels avec une personne” Lili, 21 ans.  Pour Laura, 26 ans, c’est lorsque son partenaire mettait plus longtemps qu’elle à atteindre le premier orgasme, qu’elle s’est aperçue qu’elle arrivait à ressentir, à nouveau, des sensations quelques instants après son premier orgasme.

Ne pas se contenter du premier orgasme

Ainsi, pour plusieurs interviewé.e.s, c’est en souhaitant ressentir des sensations plus profondes après le premier orgasme que l’orgasme multiple s’est manifesté.  Hanna, 24 ans, témoigne :  “Je ressens après le premier orgasme que mon plaisir continue fortement et que je peux aller plus loin dans l’expérience et le deuxième arrive ensuite”.

Quant à Rose, 28 ans, elle arrive très rapidement et facilement à son premier orgasme et ne se sent “pas du tout satisfaite et rassasiée” car elle trouve cela “trop court et pas assez intense.” De même pour Laura qui explique avoir ressenti à plusieurs reprises la sensation d’inachevé après le premier orgasme ce qui l’a poussée à reprendre quelques minutes après. Elle a alors continué à stimuler son clitoris et a découvert des orgasmes de plus en plus intenses.

Loorah 28 ans, a choisi à présent de ne plus s’arrêter au premier orgasme : “Si jamais j’en fais seulement un, je le trouve pourri. C’est presque devenu une habitude d’ailleurs pour moi de les multiplier pour espérer avoir un truc sensationnel”.

Des orgasmes de plus en plus intenses

Dans tous les témoignages, l’intensité des orgasmes est soulignée. Pour Pénélope, 26 ans, “cela augmente en intensité orgasmes après orgasmes.” Elle ressent alors “ses muscles des jambes, fesses et pieds crispés.” 

Les autres témoignages s’en rapprochent beaucoup. A., 24 ans, l’explique “l’orgasme multiple lui va faire appel à d’autres parties du corps. L’orgasme multiple se ressent dans tout le corps, plus intensément. Les sensations se répètent et deviennent de plus en plus profondes.” 

Pour Laura, les orgasmes sont également de plus en plus longs : “C’est de plus en plus fort et de plus en plus long. Le dernier orgasme atteint peut même me faire trembler, je ne sens plus mes jambes, je lâche prise totalement.”Lola, 38 ans, a même “l’impression que le bas de mon corps va exploser de plaisir”. Et parfois cette intensité de sensations en va presque jusqu’à la douleur : “Très agréable au début mais douloureux ensuite” Rachel 23. Loorah poursuit “c’est de plus en plus fort. Le premier je sais qu’il est là mais je le ressens à peine. Au bout de cinq j’ai même des crampes”.

La douleur de l’orgasme multiple

Pour certaines, la limite entre la douleur et le plaisir s’amenuise durant un orgasme multiple. Pêche témoigne : “j’ai la tête qui tourne, la vision qui se trouble, c’est un mélange entre douleur et plaisir, mes jambes tremblent et l’intensité se multiplie tellement que ça me prend tout le corps, je transpire beaucoup plus.” De même pour Rose, elle explique que “même si l’orgasme est de plus en plus fort, il est aussi plus difficile/long à atteindre au fur et à mesure et le clitoris peut devenir douloureux à force de le manipuler”.

Les bienfaits de l’orgasme

Après avoir ressenti.e toutes les différentes sensations énoncées précédemment, plusieurs révèlent être “épuisées”, “avoir atteint un sentiment de plénitude”, être ”libérée”, “apaisée”, “détendue”… 

Comme le souligne Camille Bataillon, il existe pleins de bénéfices à ressentir des plaisirs : 

“On est plongé dans un bain hormonal avec de l’endorphine qui permet la relaxation. La sérotonine qui aide à la bonne humeur, c’est un anti dépresseur. Avec l’ocytocine relâchée, on se sent juste bien, remplie, satisfaite pleine d’amour. La dopamine, elle, est importante pour l’énergie. Mais c’est aussi un moment de qualité pour se connecter à soi, c’est donc bon pour notre santé physique, mentale et cardiaque.” Et comment atteindre cet état de relaxation et épuisement total ? Nous y venons !

femme détendue

Quelques conseils pour avoir un orgasme multiple

Les interviewé.e.s ont partagé leurs précieux conseils. Pour commencer, pour certaines et comme le souligne Camille Bataillon lors de notre entretien, l’orgasme n’est pas à “chercher à tout prix, si ça ne vient pas, c’est pas grave” Manon, 20 ans.  Laura complète “il faut se dire que l’orgasme multiple n’est pas systématique”

Ensuite, Laura parle de “lever les blocages psychologiques” qui peuvent parfois nous restreindre dans notre sexualité. Savoir que c’est possible est une première étape vers l’orgasme multiple selon elle. 

Pour de nombreuses personnes interrogées, découvrir l’orgasme multiple passe par la connaissance de son corps et de ses désirs. Pêche l’a bien exprimée plus haut, c’est lorsqu’elle a appris à connaître ses désirs qu’elle a découvert l’orgasme multiple. Pour A, cela passe aussi par “connaître son corps ». Savoir ce qu’on aime ce qu’on n’aime pas. Être bien dans son corps et dans son esprit.” 

L’importance du “lâcher prise” a été abordée dans les nombreux témoignages recueillis. Il s’agit de “lâcher prise et de laisser les choses venir” Laura. 

Faire des mini-pauses entre les orgasmes apparaît également important :  “Après le premier orgasme, y aller plus doucement, avec préliminaire si vous êtes avec un.e ou des partenaires, sinon ça risque d’être douloureux.” Frida, 31 ans. Rose rejoint le témoignage de Frida, “peut-être pas se toucher directement sur le clitoris pour éviter que ça fasse mal et pouvoir enchaîner.” Pour Pénélope, il s’agit de faire preuve de “persévérance, prendre des pauses et essayer de se détendre le plus possible.” 

Enfin, A. précise l’importance d’être en confiance avec son ou sa partenaire” 

Camille Bataillon résume très bien ces différents points, pour elle il s’agirait de se poser les questions suivantes :

“Comment on se sent dans son corps ? Comment on se sent avec la personne avec qui on relationne ? Est-ce qu’on connaît ce qui nous fait du bien ? Est-ce qu’on peut être vraiment dans les sensations corporelles et moins dans sa tête ? Est-ce qu’on se sent à l’aise avec la sexualité ? Est-ce qu’on a des croyances par rapport à la sexualité ?”

Donc, on en revient toujours à la même conclusion, en matière de sexualité, il faut savoir s’écouter, connaître son corps, s’informer et sortir des stéréotypes hétéro-normés qui limitent nos expériences sexuelles. 

Diplomée en sociologie, éternelle curieuse et en réflexion continuelle sur le monde, j'aime partager des contenus qui remettent en question les manières de penser.

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